La protéine C-réactive, un marqueur pronostique de la leptospirose canine - Le Point Vétérinaire expert canin n° 400 du 01/11/2019
Le Point Vétérinaire expert canin n° 400 du 01/11/2019

MALADIE INFECTIEUSE

Analyse d’article

Auteur(s) : Laetitia Lucarelli

Fonctions : Clinique vétérinaire VetHorizon
16 A, rue Jules Ferry
13220 Châteauneuf-lès-Martigues
laetitia.lucarelli@laposte.net

La leptospirose est une zoonose à l’origine d’une réaction inflammatoire multi-organique [1]. Chez l’homme, après l’infection, la concentration de la protéine C-réactive (CRP) augmente de façon importante. Sa normalisation est obtenue plus rapidement chez les personnes qui en guérissent [5]. Chez le chien, des études montrent que la CRP est augmentée lors de leptospirose [8]. En revanche, durant la maladie, sa cinétique n’a jamais été évaluée.

LEPTOSPIROSE CANINE

1. Signes cliniques

La leptospirose est une zoonose bactérienne en forte recrudescence [11]. L’infection canine engendre une insuffisance rénale aiguë (IRA) – observée chez 100 % des chiens du groupe leptospirose de cette étude – qui s’accompagne de polyuro-polydipsie, de déshydratation, de vomissements, de diarrhée, de dysorexie et d’abattement [11]. Certains chiens (24 % dans le groupe leptospirose) présentent aussi une atteinte hépatique à l’origine d’un ictère (photo). Des hémorragies pulmonaires et des coagulations intravasculaires disséminées sont également décrites (respectivement 83 % et 17 % des chiens) [11].

2. Diagnostic

Le test par micro-agglutination est la technique sérologique de référence pour le diagnostic de la leptospirose. Son interprétation est toutefois délicate. Aussi, le test doit être répété à 7 ou 14 jours d’intervalle pour observer une séroconversion [11]. Cette méthode diagnostique est réalisée chez 30 chiens sur les 41 de l’étude (73 %). Pour 7 chiens (17 %), le diagnostic repose sur une forte suspicion clinique et un test sérologique unique. Or, la réalisation d’un seul test ne permet pas de confirmer la maladie, en particulier chez les chiens vaccinés [11]. Pour 2 chiens (5 %), seule une suspicion clinique est retenue pour établir le diagnostic. L’inclusion de ces chiens dans le groupe leptospirose est donc discutable.

La recherche via une réaction de polymérisation en chaîne (PCR) sur du sang et des urines est un outil diagnostique pertinent en début d’évolution, avant l’initiation du traitement [11]. Elle est réalisée chez un seul chien de l’étude.

3. Traitement

Le traitement mis en place dans cette étude, pendant l’hospitalisation, est standardisé pour les deux groupes (IRA secondaire à une leptospirose, IRA secondaire à d’autres causes). Il comprend une fluidothérapie, une antibiothérapie (amoxicilline-acide clavulanique), des antiémétiques (citrate de maropitant, métoclopramide), des antiacides (oméprazole, ranitidine) et des opioïdes. Le consensus international sur la leptospirose canine, daté de 2010, recommande l’usage de la doxycycline à la dose de 5 mg/kg par voie orale ou intraveineuse deux fois par jour, pendant deux semaines. La prescription des pénicillines demeure un bon choix [11].

Le consensus incite les vétérinaires à référer les chiens qui présentent une diurèse insuffisante, malgré la fluidothérapie, dans des centres équipés d’hémodialyse [11].

4. Pronostic

Dans la littérature, les taux de survie associés à la leptospirose canine sont bons (80 % environ) [11]. Dans cette étude, 68 % des chiens survivent. En revanche, le pronostic est sombre pour ceux qui développent des atteintes pulmonaires (8 chiens de l’étude) [7].

INTÉRÊT DE LA CRP COMME MARQUEUR PRONOSTIQUE

1. Une protéine majeure de l’inflammation

Toutes les lésions tissulaires entraînent une augmentation des cytokines pro-inflammatoires, qui à leur tour déclenchent la production hépatique des protéines de la phase aiguë de l’inflammation comme la CRP. Sa hausse est non spécifique, mais elle constitue un marqueur précoce et sa concentration peut s’accroître avant l’apparition des signes cliniques [3]. Chez le chien, des études soulignent son augmentation lors de différentes affections (infections, maladies dysimmunitaires, processus néoplasiques) [4, 6, 9]. Sa concentration est également utilisée comme outil pour évaluer la réponse au traitement et le pronostic [1, 9].

2. Dosage de la CRP le premier jour

Entre le groupe leptospirose et le groupe contrôle, il n’y a pas de différence significative concernant la valeur initiale de la CRP. Cependant, cette absence de différence doit être interprétée avec précaution, eu égard au faible nombre d’animaux dans le groupe contrôle et à l’hétérogénéité des causes d’IRA (intoxication, utilisation d’AINS, lymphome, traumatisme). De surcroît, pour 10 chiens du groupe contrôle, l’étiologie n’est pas identifiée.

3. Cinétique de la CRP durant l’hospitalisation

Une étude précédente a montré que la réussite du traitement s’accompagne d’une normalisation relativement tardive de l’urémie et de la créatininémie (10 à 14 jours) [11]. Dans l’étude présentée ici, la décroissance de la CRP est plus rapide et se produit entre le 1er et le 4e jour d’hospitalisation. Ainsi, Sa concentration moyenne, sur les trois premiers jours, est très fortement corrélée à la survie des animaux.

Enfin, un retard de la normalisation de la CRP peut indiquer l’existence d’une complication. Ici, 2 chiens ont présenté un épisode fébrile associé à une nouvelle augmentation de la CRP. Une hémoculture a permis de mettre en évidence une infection à Klebsiella pneumoniae.

Conclusion

Le jour de leur présentation, les chiens atteints d’IRA secondaire à la leptospirose présentent une concentration sanguine en CRP augmentée. La valeur à l’admission est corrélée aux marqueurs de l’inflammation, mais pas au degré d’azotémie. Elle ne permet pas de prédire le taux de survie des chiens. La CRP diminue au cours des jours qui suivent l’initiation du traitement. Aussi, des mesures répétées de la CRP, durant les trois premiers jours, constituent un bon outil pronostique. Un retard de la normalisation de la CRP doit pousser le praticien à réévaluer l’animal et à rechercher d’éventuelles complications.

Références

  • 1. Bathen-Noethen A, Carlson R, Menzel D et coll. Concentrations of acute-phase proteins in dogs with steroid responsive meningitis-arteritis. J. Vet. Intern. Med. 2008;22 (5):1149-1156.
  • 2. Cerqueira TB, Athanazio DA, Spichler AS et coll. Renal involvement in leptospirosis: new insights into pathophysiology and treatment. Braz. J. Infect. Dis. Off. Publ. Braz. Soc. Infect. Dis. 2008;12 (3):248-252.
  • 3. Ceron JJ, Eckersall PD, Martýnez-Subiela S. Acute phase proteins in dogs and cats: current knowledge and future perspectives. Vet. Clin. Pathol. 2005;34 (2):85-99.
  • 4. Chase D, McLauchlan G, Eckersall PD et coll. Acute phase protein levels in dogs with mast cell tumours and sarcomas. Vet. Rec. 2012;170 (25):648.
  • 5. Crouzet J, Faucher JF, Toubin M et coll. Serum C-reactive protein (CRP) and procalcitonin (PCT) levels and kinetics in patients with leptospirosis. Eur. J. Clin. Microbiol. Infect. Dis. Off. Publ. Eur. Soc. Clin. Microbiol. 2011;30 (2):299-302.
  • 6. Griebsch C, Arndt G, Raila J et coll. C-reactive protein concentration in dogs with primary immune-mediated hemolytic anemia. Vet. Clin. Pathol. 2009;38 (4):421-425.
  • 7. Kohn B, Steinicke K, Arndt G et coll. Pulmonary abnormalities in dogs with leptospirosis. J. Vet. Intern. Med. 2010;24 (6):1277-1282.
  • 8. Mastrorilli C, Dondi F, Agnoli C et coll. Clinicopathologic features and outcome predictors of Leptospira interrogans Australis serogroup infection in dogs: a retrospective study of 20 cases (2001-2004). J. Vet. Intern. Med. 2007;21 (1):3-10.
  • 9. McClure V, van Schoor M, Thompson PN et coll. Evaluation of the use of serum C-reactive protein concentration to predict outcome in puppies infected with canine parvovirus. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2013;243 (3):361-366.
  • 10. Nentwig A, Schweighauser A, Maissen-Villiger C et coll. Assessment of the expression of biomarkers of uremic inflammation in dogs with renal disease. Am. J. Vet. Res. 2016;77 (2):218-224.
  • 11. Sykes J, Hartmann K, Lunn K et coll. 2010 ACVIM Small animal consensus statement on leptospirosis: diagnosis, epidemiology, treatment, and prevention. J. Vet. Intern. Med. 2011;25 (1):1-13.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Suivre l’évolution de la concentration sanguine de la protéine C-réactive (CRP) lors de l’admission, puis pendant l’hospitalisation de chiens atteints d’insuffisance rénale aiguë (IRA) secondaire à une leptospirose. Comparer ces données à celles de chiens atteints d’IRA de différentes origines. Étudier le lien entre la CRP et le degré d’azotémie, les autres marqueurs de l’inflammation et le taux de survie.

MÉTHODE

Étude prospective menée entre 2012 et 2014 à la faculté vétérinaire de Berne (Suisse). Elle concerne deux groupes de chiens qui souffrent d’IRA : 41 cas secondaires à une leptospirose et 15 cas secondaires à d’autres causes. Lors de la présentation, la mesure de la CRP est effectuée chez les chiens des deux groupes, puis quotidiennement pour 28 chiens sur 41 du groupe leptospirose. L’analyse porte sur les relations entre d’une part la CRP, et d’autre part le comptage des neutrophiles, l’albuminémie, l’urémie, la créatininémie et la survie des chiens atteints de leptospirose.

RÉSULTATS

• Lors de la présentation, la concentration de la CRP est augmentée chez tous les chiens atteints de leptospirose, sans différence significative avec les chiens du groupe contrôle. Sa valeur (médiane de 74,4 mg/l ; intervalle de référence de 0 à 10,5) est corrélée aux marqueurs de l’inflammation (neutrophiles, albumine), mais pas au degré d’azotémie.

• La valeur de la CRP chez 28 des 41 chiens du groupe leptospirose diminue progressivement entre le premier et le quatrième jour d’hospitalisation, avec des concentrations significativement plus faibles chez les chiens survivants par rapport à ceux qui sont morts. La diminution absolue et relative de la CRP, entre J0 et J4, n’est pas associée à la survie.

• La concentration moyenne de la CRP entre la présentation et le deuxième jour d’hospitalisation est très fortement corrélée à la survie.

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