Diagnostic et prise en charge d’une rupture de ligament croisé cranial chez le chien - Le Point Vétérinaire expert canin n° 396 du 01/06/2019
Le Point Vétérinaire expert canin n° 396 du 01/06/2019

CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE

Analyse d’article

Auteur(s) : Mélanie Olive

Fonctions : CHV Atlantia
22, rue René Viviani
44200 Nantes
melanieolive@hotmail.fr

La rupture du ligament croisé antérieur (RLCA) est la principale cause de boiterie du membre pelvien chez le chien [4]. Cette affection touche toutes les races. L’origine dégénérative est le cas de figure le plus fréquent. Le ligament croisé antérieur est attaché sur la partie antérieure du tibia et sur la partie postérieure du fémur. Il stabilise le tibia par rapport au fémur lorsque le chien se met en appui. Il prévient la rotation interne et l’hyperextension du membre [2].

DIAGNOSTIC

1. Examens clinique et orthopédique

L’animal atteint d’une RLCA doit être examiné au repos et en mouvement, à distance et de près. à l’arrêt, le chien a tendance à reporter le poids sur le membre controlatéral sain. En mouvement, il présente généralement une boiterie sans suppression d’appui. La réalisation d’un examen orthopédique complet est nécessaire. Une amyotrophie peut être constatée en cas de RLCA ancienne. Une tuméfaction du grasset, plus importante en face médiale, est liée à l’inflammation de l’articulation [1, 2, 4, 8].

La stabilité cranio-caudale du grasset, ou « signe du tiroir », est testée. Le signe du tiroir direct consiste à évaluer directement le mouvement de tiroir entre le tibia et le fémur en réalisant un mouvement de translation. Il est pathognomonique d’une RLCA. Le test de compression tibiale, ou signe du tiroir indirect, complète le test de stabilité. Chez les chiens de grande taille, anxieux ou musclés, il peut être nécessaire de réaliser ces tests sous sédation [3, 4].

2. Examens complémentaires

Les examens complémentaires présentent l’intérêt d’établir un bilan des atteintes potentiellement associées à la RLCA, comme des lésions d’arthrose ou méniscales.

L’examen radiographique des grassets, de face et de profil, est réalisé pour les deux membres. Sur la radiographie de profil, le grasset et le tarse sont fléchis à 90° afin de mettre en évidence une subluxation associée à une distension de la capsule articulaire.

L’imagerie par résonance magnétique offre une bonne visualisation des éléments non calcifiés de l’articulation (ligaments, capsule articulaire, ménisques, etc.), mais elle est peu utilisée dans le cadre du diagnostic de RLCA pour des raisons de disponibilité et de coût.

L’arthroscopie du grasset permet d’établir le diagnostic de RLCA et de réaliser un examen de l’articulation de manière mini-invasive. Des lésions cartilagineuses, arthrosiques ou méniscales sont mises en évidence [1, 2, 5, 8]. Une fois le diagnostic confirmé, le traitement est chirurgical.

TRAITEMENT CHIRURGICAL

Plusieurs techniques chirurgicales sont décrites pour la prise en charge d’une RLCA. Elles diffèrent selon le gabarit et la conformation anatomique du chien. Cette intervention a pour objectif de stabiliser l’articulation, de supprimer l’inflammation concomitante et de limiter la progression de l’arthrose [3, 4].

1. Techniques extracapsulaires

Les techniques extracapsulaires visent à neutraliser le mouvement de tiroir en modifiant et/ou en resserrant les structures extracapsulaires. Le mouvement de tiroir est neutralisé, à court terme par les prothèses, à long terme par la fibrose périarticulaire.

L’utilisation d’une prothèse synthétique pour le traitement d’une RLCA concerne principalement les chiens de petite taille. Le ligament croisé cranial rompu n’est pas réparé, mais il est remplacé par une prothèse latérale qui a la même orientation que le ligament d’origine. Plusieurs techniques et variantes sont décrites. L’une des plus connues est la technique de FLO, décrite en 1975. Une boucle prend appui sur l’os sésamoïde latéral du muscle gastrocnémien et passe par un forage réalisé dans la crête tibiale [3, 6, 7]. Les variantes concernent le type de prothèse utilisée, la méthode de fixation des sutures ou encore les points d’ancrage des prothèses.

Selon cette étude, le polyéthylène confère une meilleure résistance que le nylon, un matériau largement employé auparavant. Les trois cas les plus résistants sont : les deux brins de polyéthylène autour de la fabella sécurisés par des nœuds (double CTP [circumfabellar polyethylene tape]), les deux brins de polyéthylène passés dans le toggle placé dans le tunnel préforé dans le fémur (double BTPT [bone tunnel with polyethylene tape secured via a toggle]) et les deux brins de polyéthylène passés dans le fémur et sécurisés par une ancre (BAPT [bone anchor with polyethylene tape]) [1].

La technique « TightRope » (TR) utilise comme prothèse une bande de fibre synthétique placée de la façon la plus isométrique possible (photo). Cette technique est décrite chez des chiens de plus grands gabarits [2, 3, 7]. Toutefois, il est préférable d’utiliser une technique de stabilisation active pour les chiens de taille moyenne à grande.

2. Techniques de stabilisation active

Les techniques de stabilisation passive reposent sur un modèle biomécanique qui n’inclut que les forces passives (ligaments croisés et ménisques), tandis que les techniques de stabilisation active prennent également en compte les forces actives exercées sur l’articulation du grasset par les muscles environnants. Ces dernières ont pour but de neutraliser les effets délétères d’une poussée tibiale craniale incontrôlée [2, 3, 5]. De nos jours, elles peuvent être pratiquées sur tous les types de chiens, quel que soit leur gabarit.

Les techniques les plus connues sont la tibial plateau leveling osteotomy (TPLO) et la tibial tuberosity advancement (TTA).

Conclusion

La RLCA est une cause fréquente de boiterie chez le chien. Le traitement est chirurgical. Les techniques extracapsulaires sont davantage utilisées pour les chiens de petit gabarit. Dans cette étude, les prothèses en polyéthylène montrent une meilleure résistance que celles en nylon. En exercice référé, les techniques de stabilisation active sont plus souvent mises en œuvre que celles de stabilisation passive.

Références

  • 1. Choate C, Pozzi A, Lewis D, et coll. Mechanical properties of isolated loops of nylon leader material, polyethylene cord and polyethylene tape, and mechanical properties of those materials secured to cadaveric canine femurs via lateral femoral fabellae, toggles placed through bone tunnels, or bone anchors. Am. J. of Vet. Res. 2012;10:1519-1529.
  • 2. Comerford E, Forster K, Gorton K, et coll. Management of cranial cruciate ligament rupture in small dogs : a questionnaire study. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2013;26 (6):493-497.
  • 3. Cook JL, Luther JK, Beetem J, et coll. Clinical comparison of a novel extracapsular stabilization procedure and tibial plateau leveling osteotomy for treatment of cranial cruciate ligament deficiency in dogs. Vet. Surg. 2010;39:315-323.
  • 4. Guenego L, Zahra A, Madelenat A, et coll. Cranial cruciate ligament rupture in large and giant dogs. A retrospective evaluation of a modified lateral extracapsular stabilization. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2007;20:43-50.
  • 5. Korvick DL, Johnson AL, Schaeffer DJ. Surgeons’ preferences in treating cranial cruciate ligament ruptures in dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1994;205:1318-1324.
  • 6. Roe SC, Kue J, Gemma J. Isometry of potential suture attachment sites for the cranial cruciate ligament deficient canine stifle. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2008;21:215-220.
  • 7. Smith B. Extracapsular stabilisation. Aust. Vet. J. 2000;78 (6):382-383.
  • 8. Stork CK, Gibson NR, Owen MR, et coll. Radiographic features of a lateral extracapsular wire suture in the canine cranial cruciate deficient stifle. J. Small Animal Pract. 2001;42:487-490.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Evaluer les caractéristiques mécaniques de différents implants prothétiques utilisés lors du traitement chirurgical de la rupture du ligament croisé antérieur (RLCA) chez le chien à l’aide d’une technique extracapsulaire.

MÉTHODE

Il s’agit d’une étude cadavérique menée sur 80 fémurs de chiens adultes de grande taille. 10 fémurs ont été inclus dans chacun des 8 groupes définis comme suit :

– simple boucle circumfabellar nylon leader material (CNL),

– double boucle CNL,

– circumfabellar polyethylene cord (CPC),

– simple boucle circumfabellar polyethylene tape (CPT),

– double boucle CPT,

– simple boucle bone tunnel with polyethylene tape secured via a toggle (BTPT),

– double boucle BTPT,

– bone anchor with polyethylene tape (BAPT).

Chaque configuration est soumise à cinq types de contraintes : relaxation, allongement, glissement, charge avec 3 mm de déplacement, rigidité à la charge maximale de rupture.

RÉSULTATS

• 50 % des simples boucles CNL ont cassé avant la fin du test de mise en charge.

• Les doubles boucles CNL et les simples CPC supportent les charges les plus faibles lors d’un déplacement de 3 mm. Les doubles boucles BTPT et les CPT (simples et doubles) supportent les charges les plus élevées avant de rompre.

• Les doubles boucles BTPT, les doubles boucles CPT et les BAPT sont mécaniquement supérieures aux autres méthodes testées. Il est donc préférable d’utiliser un ruban de polyéthylène dans le cadre de la chirurgie extracapsulaire d’une RLCA.

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