Diarrhée et hyperthermie chez une chienne bouledogue - Le Point Vétérinaire expert canin n° 395 du 01/05/2019
Le Point Vétérinaire expert canin n° 395 du 01/05/2019

MEDECINE INTERNE

Cas clinique

Auteur(s) : Marion François*, François Serres**

Fonctions :
*Oncovet
Avenue Paul-Langevin
59650 Villeneuve-d’Ascq

Autrefois cantonnée au sud de l’Europe, la leishmaniose viscérale doit maintenant être incluse dans le diagnostic différentiel des affections inflammatoires à atteinte multi-organique chez le chien, sur tout le continent.

Une chienne bouledogue anglais non stérilisée, âgée de 11 mois, est présentée pour l’évaluation complémentaire d’une diarrhée marquée, associée à une hyperthermie, apparue plus de 1 mois auparavant. L’animal a été adopté à l’âge de 4 mois, ses antécédents sont inconnus (aucun voyage rapporté en dehors du nord de la France). Un bilan hématologique et biochimique réalisé par le vétérinaire traitant a identifié une anémie, une leucopénie et une hypoalbuminémie/hyperglobulinémie. Aucune réponse n’a été observée à un traitement de métronidazole, puis d’amoxicilline/acide-clavulanique.

L’examen clinique montre un animal modérément amaigri (avec une perte de 4 kg sur 1 mois), hypertherme (39,5 °C), très apathique, avec des muqueuses pâles, légèrement subictériques. L’auscultation est sans anomalie. La palpation abdominale est souple et non douloureuse et décèle une organomégalie craniale.

DIAGNOSTIC

Une numération et une formule sanguines révèlent une anémie stable, modérée (4 millions de GR/µl) et peu régénérative, une leucocytose neutrophilique nette. Un examen biochimique met en évidence une élévation majeure de la protéine C-réactive (70 mg/l).

L’examen échographique objective une splénomégalie modérée et homogène sans anomalie des autres viscères abdominaux (photo 1). Des ponctions de rate sont réalisées, elles identifient une hématopoïèse extra­médullaire marque e, toutes les lignées e tant représentées. De multiples organismes de type protozoaire, évoquant en première intention des phases amastigotes de Leishmania infantum, sont visualisés dans les cellules macrophagiques (photo 2). Un envahissement systémique sur une affection à protozoaire digestif (isosporose ou autre agent) associe a une immunodépression ne peut cependant être exclu.

La recherche parasitaire fécale est négative. La sérologie de leishmaniose, fortement positive pour Leishmania infantum(1), impose le diagnostic.

DISCUSSION

La survenue d’un cas autochtone de leishmaniose dans le nord de l’Europe, si elle est rare, n’est pas exceptionnelle. Il peut s’agir d’un cas d’importation occulte (l’historique des premiers mois de vie restant indéterminé), l’existence de nouveaux foyers endémiques ne pouvant être exclus. Cette extension de l’aire de répartition de la maladie peut se faire à la faveur du réchauffement climatique et de l’augmentation des voyages d’animaux [2]. Elle est d’autant plus préoccupante que si la majorité des vétérinaires en a connaissance, la démarche diagnostique, prophylactique et thérapeutique reste inconnue des deux tiers des praticiens [1]. 

  • (1) Résultat positif au 1/800e.

Références

  • 1. Le Rutte EA, van Straten R, Overgaauw PAM. Awareness and control of canine leishmaniosis: a survey among Spanish and French veterinarians. Vet. Parasitol. 2018;253:87-93.
  • 2. Maia C, Cardoso L. Spread of Leishmania infantum in Europe with dog travelling. Vet. Parasitol. 2015;213:2-11.

Conflit d’intérêts

Aucun.

Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr