Torsions de lobe pulmonaire chez le chien - Le Point Vétérinaire expert canin n° 394 du 01/04/2019
Le Point Vétérinaire expert canin n° 394 du 01/04/2019

CHIRURGIE THORACIQUE

Analyse d’article

Auteur(s) : Mélanie Olive

Fonctions : CHV Atlantia
22, rue René-Viviani
44200 Nantes
melanieolive@hotmail.fr

La torsion de lobe pulmonaire (TLP) est une affection rare chez le chien. Un lobe pulmonaire se tord sur son hile, entraînant un blocage de l’air et du flux sanguin, suivi d’une atélectasie et d’une congestion veineuse (photo). La torsion peut être idiopathique ou secondaire à un épanchement pleural, à une maladie pleurale, à une néoplasie, à un traumatisme ou à une chirurgie thoracique antérieure [7]. Certaines races ont été décrites comme étant prédisposées à la TLP, notamment les chiens de grande race à thorax profond, comme les lévriers afghans. Les jeunes adultes sont les plus représentés dans ce groupe. Chez les chiens de petite race, la TLP est plus souvent secondaire qu’idiopathique, avec une surreprésentation des carlins ; l’âge moyen est d’environ 7 ans, hormis chez les carlins pour lesquels la moyenne d’âge est de 1 an et demi [5, 6, 8].

DIAGNOSTIC D’UNE TORSION DE LOBE PULMONAIRE

1. Signes cliniques

Les principaux signes cliniques sont une léthargie (77 % des cas), une anorexie (63 %), une dyspnée (62 %), une tachypnée et une toux [8]. L’examen clinique révèle une tachypnée chez un peu moins de la moitié des chiens atteints et une diminution des bruits pulmonaires à l’examen cardio-respiratoire [1, 3].

La durée des signes cliniques avant le diagnostic de TLP est variable. Selon les études, ils peuvent évoluer de 1 jour à 1 an [1, 7].

2. Examens complémentaires

Les analyses sanguines (hématologiques et biochimiques) ne sont pas pathognomoniques, mais 71 % des chiens atteints d’une TLP présentent une leucocytose neutrophilique associée à une anémie [1, 8].

La radiographie thoracique permet de mettre en évidence la présence d’un épanchement pleural dans 82 % des cas, ainsi qu’une atélectasie lobaire et, plus rarement, un pattern alvéolaire (27 % des cas). Ainsi, avec la radiographie, il est possible d’établir un diagnostic définitif de TLP dans 64 % des cas. L’échographie thoracique est complémentaire car elle est plus sensible que la radiographie pour révéler un épanchement pleural ou pour confirmer une consolidation lobaire. L’examen échographique permet également de mettre en évidence une affection sous-jacente [7, 8].

L’examen tomodensitométrique (scanner) offre une sensibilité supérieure aux deux précédentes techniques pour localiser le lobe atteint et détecter une cause sous-jacente, comme la présence d’une masse thoracique ou médiastinale [9].

Dans cette étude, l’analyse du liquide d’épanchement est plus fréquemment de nature inflammatoire (54 % sur les 26 chiens prélevés). Viennent ensuite les épanchements chyleux (8 cas, soit un tiers), hémorragiques (15 %) et un cas d’épanchement d’origine néoplasique.

Une fois le diagnostic de TLP établi, le traitement est chirurgical. Un abord par thoracotomie permet de réaliser la lobectomie. Il convient également de traiter la cause sous-jacente lorsque celle-ci est constatée [2].

PRÉDISPOSITIONS, TAUX DE SURVIE ET PRONOSTIC

1. Causes prédisposantes

Les carlins et les lévriers afghans sont deux races prédisposées aux TLP.

Chez les carlins et les races brachycéphales, il s’agit majoritairement d’une torsion du lobe cranial gauche (91 et 86 %, respectivement). Chez les chiens de grande race, la torsion concerne le lobe moyen droit [6].

La présence d’une affection pulmonaire sous-jacente, telle qu’un épanchement pleural, une néoplasie, un traumatisme ou encore une chirurgie antérieure, constituent d’autres causes prédisposantes.

Toutefois, il peut être difficile d’identifier le lien de cause à effet entre une TLP et un épanchement pleural, car ce dernier peut être le responsable de la TLP ou sa conséquence, à la suite de la congestion veineuse et de l’inflammation du lobe pulmonaire tordu [1, 4].

2. Taux de survie et facteurs pronostiques

Dans les études antérieures, les taux de survie rapportés en cas de TLP varient de 50 à 61 % et atteignent 50 à 78 % pour les chiens traités chirurgicalement, toutes races confondues. L’étude de Murphy rapportait un taux de survie, chez les carlins opérés, de 88 %. Les auteurs suggéraient que ces derniers avaient un taux de survie meilleur que celui des autres races sujettes à la TLP [6]. L’étude présentée ici n’a pas montré de différence de survie entre les races. La médiane de survie obtenue est de 1 369?jours, soit plus de 3 ans et 9 mois, après une prise en charge chirurgicale.

Le seul facteur pronostique négatif dans cette étude est la torsion concomitante des lobes pulmonaires cranial et moyen droit. Bien que cela n’ait concerné que quatre cas, leur taux de survie est de 50 %, tandis que celui des chiens atteints d’une torsion isolée du lobe pulmonaire cranial gauche (22 cas) est de 100 % [8].

D’autres facteurs pronostiques ont été suggérés, mais aucun impact significatif n’a pu être mis en évidence sur le taux de survie. L’âge de survenue de la TLP, la race, la présence ou la gravité des signes cliniques, les résultats d’analyses sanguines et d’imagerie, la nature idiopathique ou secondaire de la torsion ou encore la présence de complications peropératoires ou postopératoires n’influent pas sur les chances de survie de l’animal [2, 8].

Une nouvelle TLP (récidive concernant un autre lobe) peut apparaître dans les 5 à 180 jours suivant la chirurgie [2, 4, 10]. Dans l’étude présentée, quatre cas de récidive sont rapportés entre 19 et 173 jours après la première intervention chirurgicale de TLP. L’épanchement pleural était toujours présent chez ces 4 chiens, mais aucun facteur de risque de récidive de TLP n’a été retenu en raison du faible nombre de cas décrits.

Conclusion

Les torsions de lobe pulmonaire chez le chien ont un très bon pronostic, toutes races confondues. Il est important de savoir les diagnostiquer afin de permettre une prise en charge chirurgicale précoce.

Références

  • 1. Benavides KL, Rozanski EA, Oura TJ. Lung lobe torsion in 35 dogs and 4 cats. Can. Vet. J. 2019;60 (1):60-66.
  • 2. Bleakley S, Phipps K, Petrovsky B et coll. Median sternotomy versus intercostal thoracotomy for lung lobectomy: a comparaison of short term outcome in 134 dogs. Vet. Surg. 2018;47:104-113.
  • 3. D’Anjou MA, Tidwell AS, Hecht S. Radiographic diagnosis of lung lobe torsion. Vet. Radiol. Ultrasound. 2005;46:478-484.
  • 4. Johnston GR, Feeney DA, O’Brien TD et coll. Recurring lung lobe torsion in three Afghans. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1984;184:842-845.
  • 5. Latimer CR, Lux CN, Sutton JS et coll. Lung lobe torsion in seven juvenile dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2017;251 (12):1450-1456.
  • 6. Murphy KA, Brisson BA. Evaluation of lung torsion in pugs: 7 cases (1991-2004). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2006;228 (1):86-90.
  • 7. Neath PJ, Brokman DJ, King LG. Lung lobe torsion in dogs: 22 cases (1981-1999). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2000;217 (7):1041-1044.
  • 8. Park K, Grimes J, Wallace M et coll. Lung torsion in dogs: 52 cases (2005-2017). Vet. Surg. 2018;47:1002-1008.
  • 9. Seiler G, Schwarz T, Vignoli M et coll. Computed tomographic features of lung lobe torsion. Vet. Radiol. Ultrasound. 2008;49 (6):504-508.
  • 10. Spranklin DB, Gulikers KP, Lanz OI. Recurrence of spontaneous lung torsion in a pug. J. Am. Hosp. Assoc. 2003;39:446-451.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIF

Évaluer le taux de survie et les facteurs de risque de mortalité d’un échantillon de grande taille de chiens atteints d’une torsion de lobe pulmonaire (TLP).

MÉTHODE

Étude rétrospective menée sur 52 chiens, entre janvier 2005 et décembre 2016, dans cinq universités vétérinaires américaines. 27 races étaient représentées (carlins 22 %, shetlands 8 %, lévriers afghans 6 %, labradors, etc.), ainsi que 2 chiens de races croisées. Ces chiens, atteints d’une TLP, ont eu une prise en charge chirurgicale et y ont tous survécu. Leurs dossiers médicaux complets ont été analysés (histologie, complications postopératoires, taux de survie, suivi). Au préalable, les auteurs ont émis plusieurs hypothèses :

– le taux de survie des chiens atteints d’une TLP, traités chirurgicalement, est plus élevé que celui observé dans les études préexistantes ;

– la race a une influence sur le taux de survie postopératoire ;

– le taux de mortalité est plus important en cas de TLP secondaire à une maladie sous-jacente qu’en cas de torsion idiopathique.

RÉSULTATS

• 92 % des animaux de l’étude étaient vivants à la sortie de l’institution, avec une médiane de survie de 1 369 jours (plus de 3 ans et 9 mois).

• L’âge ou la race lors du diagnostic de TLP n’influe pas sur la survie postopératoire de l’animal : les carlins ne bénéficient pas d’un meilleur taux de survie.

• Il n’existe aucune différence entre les taux de survie selon la nature de la torsion (idiopathique ou secondaire).

• Les résultats sanguins ou d’imagerie préopératoires n’influent pas sur le taux de survie.

• Les chiens atteints d’une torsion du lobe cranial droit concomitante à celle du lobe moyen droit présentent un taux de mortalité postopératoire supérieur à ceux atteints d’une torsion isolée du lobe cranial gauche.

• Aucun autre facteur de risque influant sur le taux de mortalité n’a été mis en évidence.

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