Hypertrophie myocardique chez un chien loup tchèque - Le Point Vétérinaire expert canin n° 393 du 01/03/2019
Le Point Vétérinaire expert canin n° 393 du 01/03/2019

CARDIOLOGIE

Cas clinique

Auteur(s) : François Serres

Fonctions : Oncovet
Avenue Paul-Langevin
59650 Villeneuve-d’Ascq

L’hypertrophie myocardique primitive se révèle exceptionnelle chez le chien.

U n chien loup tchèque mâle, âgé de 5 ans, est référé pour l’exploration de plusieurs épisodes de syncopes observés depuis 2 mois et survenant de plus en plus souvent lors des phases d’exercices, même modérées. Aucun antécédent cardiovasculaire n’est rapporté. L’examen clinique montre un animal très calme. À l’auscultation, la fréquence cardiaque est normale (110 battements par minute), aucune arythmie ni aucun souffle n’est audible.

Un examen échocardiographique est réalisé.

DIAGNOSTIC

L’échocardiographie révèle un ventricule gauche de taille et de morphologie anormales : le septum interventriculaire et la paroi postérieure du ventricule gauche sont d’épaisseurs diastoliques nettement augmentées, avec une hypertrophie majeure des piliers ventriculaires gauches (photo 1). Un collapsus systolique presque complet de la cavité ventriculaire gauche est observé (photo 2). L’examen en mode Doppler ne montre pas de sténose aortique associée. L’examen électrocardiographique concomitant révèle la présence de plusieurs extrasystoles ventriculaires (ESV) gauches.

L’hypertrophie du myocarde observée peut correspondre à :

- une hypertrophie secondaire à un obstacle : sténose ou hypertension artérielle. La première hypothèse est exclue dans le cas présent, et une mesure de la pression artérielle montre des valeurs normales ;

- une hypertrophie dite relative, liée à une hypovolémie brutale. Cette hypothèse est également écartée ici ;

- une hypertrophie secondaire à une infiltration inflammatoire ;

- une hypertrophie dite primitive (hypothèse rarissime dans l’espèce canine).

Le dosage de la troponine I montre des valeurs élevées (300 ng/l ; valeurs usuelles < 50 ng/l), en faveur d’une affection marquée avec souffrance myocardique secondaire modérée ; celui de la protéine C réactive est normal, rendant peu probable une myocardite comme cause de l’hypertrophie observée. L’hypothèse d’une hypertrophie myocardique primitive (myocardiopathie hypertrophique) est considérée par exclusion. Elle est associée à des ESV ponctuelles : une origine rythmique des syncopes observées est suspectée. Le pronostic est réservé. Ici, l’absence de dilatation atriale marquée et la valeur de troponine peu élevée sont des éléments pronostiques favorables. Un traitement anti-arythmique de classe 3 (sotalol 2 mg/kg/12 heures) est initié. Lors du suivi réalisé 3 mois plus tard, les syncopes ont disparu. Un examen cardiaque montre une morphologie ventriculaire gauche stable.

DISCUSSION

L’hypertrophie ventriculaire gauche primitive, première cardiopathie féline en fréquence, n’est qu’exceptionnellement décrite chez le chien [1, 2]. Comme chez l’homme et le chat, la majorité de ces hypertrophies pourraient découler d’une anomalie génétique qui atteint une des protéines agissant sur la structure ou la fonction du sarcomère cardiaque. Cela entraîne une hypertrophie progressive. Cliniquement, celle-ci peut être associée à un souffle systolique, lié à une obstruction dynamique de la chambre de chasse du ventricule gauche. Cette forme a été rapportée chez le dalmatien [1]. Elle peut aussi rester longtemps asymptomatique et s’exprimer brutalement par des malaises, voire une mort subite [2].

Références

  • 1. De Majo M, Britti D, Masucci M et coll. Hypertrophic obstructive cardiomyopathy associated to mitral valve dysplasia in the Dalmatian dog: two cases. Vet. Res. Commun. 2003;27:391-393.
  • 2. Pang D, Rondenay Y, Hélie P et coll. Sudden cardiac death associated with occult hypertrophic cardiomyopathy in a dog under anesthesia. Can. Vet. J. 2005;46:1122-1125.
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