Cholécystite à Clostridium perfringens chez un chien - Le Point Vétérinaire expert canin n° 393 du 01/03/2019
Le Point Vétérinaire expert canin n° 393 du 01/03/2019

HÉPATOLOGIE INFECTIEUSE

Analyse d’article

Auteur(s) : Delphine Dullin

Fonctions : HOPia
49, rue des Chantiers
78000 Versailles

Un abdomen douloureux accompagnant des signes cliniques digestifs mérite d’être exploré par échographie. Cela fait partie du diagnostic d’une cholécystite et permet un prélèvement de bile.

Un dogue de Bordeaux mâle de 3 ans est référé pour l’exploration de vomissements, d’une diarrhée mixte (glaireuse et volumineuse à fréquence augmentée), d’une dysorexie et d’un abattement d’apparition aiguë.

Aucun antécédent majeur n’est rapporté. Il a perdu 5 kg en 1 semaine. Il est sévèrement abattu, déshydraté, en hyperthermie (39,5 °C), avec des signes d’hypovolémie et une palpation abdominale inconfortable.

L’examen sanguin met en évidence une leucocytose neutrophilique et monocytaire sévère, une hyperprotéinémie par hyperglobulinémie et un dosage de la lipase pancréatique négatif. Les paramètres hépatiques ne présentent pas d’élévation significative.

Une échographie abdominale est réalisée pour explorer la douleur abdominale et les anomalies digestives associées.

DIAGNOSTIC

Les anses digestives sont dilatées par un contenu liquidien, sans altération pariétale et sans obstruction. La vésicule biliaire est de taille modérée avec une paroi irrégulièrement épaissie sur toute sa surface (0,8 à 1,2 cm) et une image en double anneau témoignant d’un œdème pariétal. Elle contient de la boue biliaire peu mobile, mais non organisée. Un épanchement discret et une stéatite majeure sont visualisés en périphérie de la vésicule. Aucun élément obstructif (masse ou calcul) ni autre anomalie abdominale ne sont observés. Ces images sont compatibles avec une cholécystite œdémateuse biliaire à l’origine d’une péritonite focale à risque - ou en cours - de rupture et d’une entérite généralisée (photos 1 et 2).

Une cholécystocentèse transhépatique est réalisée. L’examen cytologique de la bile met en évidence des bacilles (photo 3). Une antibiothérapie probabiliste à large spectre (pénicillines potentialisées) est instaurée, en attendant les résultats de l’antibiogramme. Un cholérétique (acide ursodésoxycholique) est également ajouté au protocole déjà en cours (fluidothérapie, citrate de maropitant et buprénorphine). Après 72 heures, les images révèlent une régression de la péritonite focale et de l’œdème pariétal et la palpation abdominale est moins sensible. La température s’est normalisée, la vigilance est revenue avec l’appétit.

La culture anaérobie identifie Clostridium perfringens, réputé sensible aux pénicillines potentialisées, qui sont prolongées (1). Après 2 semaines, l’état général est excellent, mais un inconfort persiste à la palpation abdominale et l’échographie objective une paroi de la vésicule biliaire encore épaissie au niveau du col et de la boue biliaire peu mobile. À 1 mois, la résolution clinique et échographique est complète et l’antibiothérapie arrêtée.

DISCUSSION

Chez le chien, contrairement à ce qui est observé chez le chat, la présence de bactéries dans la bile (bactibilie) n’est pas toujours associée à celle d’une population cellulaire inflammatoire, ce qui pose la question de leur importance clinique. L’existence d’un cycle entéro-hépatobiliaire a d’abord été suspectée [1, 2]. Puis, une étude, utilisant l’histologie comme gold standard pour le diagnostic de la cholécystite bactérienne, en s’appuyant sur une infiltration neutrophilique de la paroi, a étudié la cytologie biliaire concomitante. Tous les chiens présentent une bactibilie, mais aucune n’est associée à un contingent inflammatoire. L’absence de cellules inflammatoires dans la bile ne permet donc pas d’exclure une cholécystite [4]. Aucune image échographique n’est spécifique de cette affection [3]. Les résultats de culture sont parfois en discordance avec la cytologie [2].

Le diagnostic de la cholécystite bactérienne chez le chien est donc délicat et repose sur un ensemble d’éléments associant des signes cliniques (abattement, hyperthermie, douleur abdominale, troubles digestifs, ictère) et échographiques (boue biliaire peu mobile, épaississement ou œdème pariétal biliaire, péritonite focale), et une bactibilie identifiée par cytologie ou culture, avec ou sans contingent inflammatoire [4, 5].

  • (1) L’antibiogramme n’est pas réalisé en routine sur les bactéries anaérobies, une liste de molécules auxquelles C. perfringens est habituellement sensible est fournie.

Références

  • 1. Lawrence YA, Ruaux CG, Nemanic S, Milovancev M. Characterization, treatment, and outcome of bacterial cholecystitis and bactibilia in dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2015;246 (6):982-989.
  • 2. Peters LM, Glanemann B, Garden OA, Szladovits G. J. Cytological findings of 140 bile samples from dogs and cats and associated clinical pathological data. Vet. Intern. Med. 2016;30:123-131.
  • 3. Policelli Smith R, Gookin JL, Smolski W et coll. Association between gallbladder ultrasound findings and bacterial culture of bile in 70 cats and 202 dogs. J. Vet. Intern. Med. 2017;31:1451-1458.
  • 4. Tamborini A, Jahns H, McAllister H et coll. Bacterial cholangitis, cholecystitis, or both in dogs. J. Vet. Intern. Med. 2016;30:1046-1055.
  • 5. Wagner KA, Hartmann FA, Trepanier LA. Bacterial culture results from liver, gallbladder or bile in 248 dogs and cats evaluated for hepatobiliary disease: 1998-2003. J. Vet. Intern. Med. 2007;21 (3):417-424.

Conflit d’intérêts

Aucun.

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