Images échographiques et cytologie de la rate chez le chat - Le Point Vétérinaire expert canin n° 392 du 01/01/2019
Le Point Vétérinaire expert canin n° 392 du 01/01/2019

IMAGERIE

Analyse d’article

Auteur(s) : Laetitia Lucarelli

Fonctions : Clinique vétérinaire chateau9
16, rue Jules-Ferry
13220 Châteauneuf-les-Martigues

Chez le chien, un aspect mité de la rate à l’échographie est fortement évocateur d’un lymphome [4]. L’aspect échographique anormal de la rate chez le chat est mal caractérisé. Aucun critère de malignité n’est établi actuellement [5].

ASPECT MITÉ DU PARENCHYME

Dans l’article résumé, les cytoponctions de la rate à l’aiguille fine ont été diagnostiques dans 87,1 % des cas.

Un aspect mité a été identifié chez 25 chats sur 170 (14,7 %). Un diagnostic cytologique de tumeurs a été établi pour 5 d’entre eux (trois lymphomes, un carcinome métastatique et une histiocytose maligne). Cette étude montre qu’un aspect mité du parenchyme splénique chez le chat n’est pas associé à un diagnostic de néoplasie à la cytologie (κ = - 0,02). Contrairement à ce qui est décrit chez le chien, il existe, chez le chat, une importante variabilité de l’apparence du lymphome à l’échographie [4, 5]. Une image mitée du parenchyme a aussi été observée chez des chats présentant une hyperplasie lymphoïde, une hématopoïèse extramédullaire ou de la congestion passive, ainsi que chez des chats sains.

MASSE SPLÉNIQUE

Dans l’étude, une masse splénique supérieure à 1 cm de diamètre est observée chez 15 chats sur 170 (8,8 %). Un diagnostic cytologique de processus tumoral est établi pour 8 d’entre eux (quatre carcinomes, deux lymphomes, un hémangiosarcome et un myélome multiple). La détection à l’échographie d’une masse sur la rate est donc un critère évocateur de l’existence d’un processus néoplasique chez le chat, avec une forte spécificité (94,7 %). L’analyse cytologique des autres masses inclut des inflammations pyogranulomateuses, des hématomes, de l’hématopoïèse extramédullaire ainsi que des analyses normales.

INFLUENCE DE LA FRÉQUENCE DES SONDES

La fréquence des sondes détermine la résolution de l’image, ainsi que la profondeur d’exploration autorisée par la sonde. Plus la fréquence de la sonde est élevée, meilleure est la résolution au détriment de la profondeur de pénétration des ultrasons dans le milieu, et inversement [2].

Dans l’étude résumée, un aspect marbré est significativement plus souvent identifié lors des examens pratiqués avec des sondes haute fréquence que lors de ceux effectués avec des sondes basse fréquence. Une tendance similaire est observée concernant la détection d’un aspect mité (17,1 % contre 8,9 %, p = 0,009).

LIMITES DE L’ÉTUDE

1. Sédation

Dans cette étude, un des centres vétérinaires a eu recours à des sédations sur 10 chats. Les molécules utilisées n’ont pas été mentionnées. La proportion de chats avec un parenchyme mité ou marbré n’était pas plus importante chez les chats ayant reçu une sédation que chez ceux non sédatés. Une comparaison des images avant et après sédation serait néanmoins nécessaire pour déterminer si la sédation modifie l’aspect échographique de la rate chez le chat.

2. Examen échographique

Des limites inhérentes au caractère rétrospectif de l’étude sont à souligner, en particulier le manque de standardisation (avec l’utilisation de plusieurs échographes), l’intervention de différents opérateurs pour réaliser les images échographiques et, enfin, la relecture par trois spécialistes de façon indépendante. L’établissement d’un consensus de lecture a, néanmoins, permis de minimiser ce dernier biais.

L’interprétation d’images statiques a pu conduire à un manque d’appréciation de l’échostructure, donc à un défaut d’identification de certaines anomalies plus discrètes du parenchyme splénique. Des rates anormales n’ont peut-être pas été détectées avec les sondes basse fréquence.

La taille de la rate, estimable par trois mesures précises sur différentes coupes, n’a pas pu être évaluée [7]. D’autres structures abdominales (foie ou nœuds lymphatiques régionaux) n’ont pas non plus été prises en compte.

3. Examen cytologique

La spécificité et la sensibilité de la cytologie dans le diagnostic des processus néoplasiques de la rate chez le chat ne sont pas connues. La corrélation entre la cytologie et l’examen histologique varie, selon les études, entre 59 et 100 %. Ces dernières ont été menées sur des chiens ou sur un faible nombre de chats [3, 6, 10]. La performance de la réponse de l’examen cytologique varie aussi selon les lésions de la rate. Les hyperplasies et les néoplasies hématopoïétiques ont une forte chance d’être identifiées par la cytologie, contrairement aux proliférations mésenchymateuses et aux sarcomes, où la cytologie est souvent non conclusive [7]. Dans une étude menée sur 455 chats présentant une rate anormale, 67 % des individus ont des lésions d’origine hématopoïétique [8]. En considérant cette forte prévalence et le caractère non invasif de l’examen cytologique, ce dernier reste pertinent dans le diagnostic des atteintes spléniques chez le chat. Il montre cependant ses limites dans la différenciation entre les hyperplasies lymphoïdes réactives et les lymphomes à petites cellules ou de bas grade [1, 9]. Des cas de lymphomes ont donc pu être sous-diagnostiqués. L’histologie reste indispensable dans ces cas.

Conclusion

Un aspect mité du parenchyme splénique à l’échographie chez le chat n’est pas systématiquement en faveur d’un lymphome ou d’un autre processus néoplasique à l’analyse cytologique. En revanche, l’observation d’une masse splénique laisse fortement suspecter l’existence d’une tumeur chez le chat. Enfin, la fréquence des sondes échographiques doit être prise en compte lors de l’évaluation du parenchyme splénique. Celles de haute fréquence améliorent la détection d’un aspect marbré ou mité.

Références

  • 1. Burkhard MJ, Bienzle D. Making sense of lymphoma diagnostics in small animal patients. Clin. Lab. Med. 2015;35 (3):591-607.
  • 2. Chetboul V, Pouchelon JL, Tessier-Vetzel D et coll. Échographie et Doppler du chien et du chat. Éd. Masson, Paris. 2005:6-8.
  • 3. Christensen N, Canfield P, Martin P et coll. Cytopathological and histopathological diagnosis of canine splenic disorders. Aust. Vet. J. 2009;87 (5):175-181.
  • 4. Crabtree AC, Spangler E, Beard D et coll. Diagnostic accuracy of gray-scale ultrasonography for the detection of hepatic and splenic lymphoma in dogs. Vet. Radiol. Ultrasound. Off J. Am. Coll. Vet. Radiol. Int. Vet. Radiol. Assoc. 2010;51 (6):661-664.
  • 5. Hanson JA, Papageorges M, Girard E et coll. Ultrasonographic appearance of splenic disease in 101 cats. Vet. Radiol. Ultrasound. Off J. Am. Coll. Vet. Radiol. Int. Vet. Radiol. Assoc. 2001;42 (5):441-445.
  • 6. O’Keefe DA, Couto CG. Fine-needle aspiration of the spleen as an aid in the diagnosis of splenomegaly. J. Vet. Intern. Med. 1987;1 (3):102-109.
  • 7. Sayre RS, Spaulding KA. Formulation of a standardized protocol and determination of the size and appearance of the spleen in healthy cats. J. Feline Med. Surg. 2014;16 (4):326-332.
  • 8. Spangler WL, Culbertson MR. Prevalence and type of splenic diseases in cats: 455 cases (1985-1991). J. Am. Vet. Med. Assoc. 1992;201 (5):773-776.
  • 9. Valli VE, Jacobs RM, Norris A et coll. The histologic classification of 602 cases of feline lymphoproliferative disease using the National Cancer Institute working formulation. J. Vet. Diagn. Investig. Off Publ. Am. Assoc. Vet. Lab. Diagn. Inc. 2000;12 (4):295-306.
  • 10. Watson AT, Penninck D, Knoll JS et coll. Safety and correlation of test results of combined ultrasound-guided fine-needle aspiration and needle core biopsy of the canine spleen. Vet. Radiol. Ultrasound. Off J. Am. Coll. Vet. Radiol. Int. Vet. Radiol. Assoc. 2011;52 (3):317-322.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Déterminer si la présence, à l’échographie, d’une masse sur la rate ou l’observation d’un aspect mité du parenchyme splénique représentent des critères de malignité en cytologie chez le chat.

MÉTHODE

Étude rétrospective multicentrique. Les critères d’inclusion sont la réalisation d’une échographie abdominale accompagnée de cytoponctions à l’aiguille fine de la rate et d’un examen cytologique. L’ensemble des images échographiques de la rate est soumis à une relecture, selon un consensus, par trois vétérinaires spécialistes. Un parenchyme mité est caractérisé par la présence de plusieurs nodules hypoéchogènes répartis de façon diffuse au sein de la rate. Un parenchyme marbré est défini par la présence de multiples aires d’échogénicité hétérogène mal définies et se chevauchant. Seules les masses supérieures à 1 cm de diamètre sont ponctionnées. Les analyses cytologiques sont interprétées par un vétérinaire spécialiste en cytologie.

RÉSULTATS

Cette étude inclut 195 chats. Les cytoponctions de la rate à l’aiguille fine ont été diagnostiques pour 170 d’entre eux (87,1 %). Aucune corrélation entre l’aspect mité du parenchyme splénique et l’existence d’un processus tumoral à la cytologie n’est mise en évidence. La sensibilité et la spécificité d’un parenchyme mité pour prédire l’existence d’un processus néoplasique sont respectivement de 13,2 et 84,8 %. La sensibilité et la spécificité d’une masse, sur la rate, d’un diamètre supérieur à 1 cm pour prédire la présence d’une tumeur sont respectivement de 21 et 94,7 %.

Une image marbrée du parenchyme splénique est significativement plus souvent observée avec des sondes haute fréquence (11 à 18 MHz) qu’avec des sondes basse fréquence (6,6 à 10 MHz) (27,6 contre 11,1 %, p = 0,004). Une tendance similaire a été mise en évidence pour l’identification d’un parenchyme mité (17,1 versus 8,9 %, p = 0,09).

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