Dyspnée poststérilisation chez un jeune chat européen - Le Point Vétérinaire expert canin n° 392 du 01/01/2019
Le Point Vétérinaire expert canin n° 392 du 01/01/2019

CARDIOLOGIE

Cas clinique

Auteur(s) : François Serres

Fonctions : Oncovet
Avenue Paul-Langevin
59650 Villeneuve-d’Ascq

Une anesthésie générale présente toujours un risque, même pour une simple intervention de convenance. Dans la grande majorité des cas, il ne s’agit que de la révélation d’une affection grave préexistante.

Un chat européen de 9 mois est référé pour l’exploration de difficultés respiratoires continues, observées depuis quelques jours après une castration et associées à un abattement profond.

L’auscultation met en évidence une polypnée minime et une tachycardie modérée (180 à 200 battements par minute) sans arythmie (sans bruit supplémentaire).

Une échocardiographie est réalisée pour identifier l’atteinte cardiaque et/ou pulmonaire, le cas échéant.

DIAGNOSTIC

L’échocardiographie révèle un ventricule gauche de taille et de morphologie très modifiées : le septum interventriculaire et la paroi postérieure du ventricule gauche sont d’épaisseur diastolique “augmentée”, avec des contours réguliers et un myocarde homogène. Il existe un collapsus systolique du ventricule gauche (photo 1), sans anomalie associée de la contractilité. Par ailleurs, l’atrium gauche apparaît très nettement dilaté sans visualisation de thrombus (photo 2).

La pression artérielle est mesurée à 140 mmHg (méthode oscillométrique réalisée sur la queue), ce qui exclut simultanément une hypertrophie myocardique, secondaire à une hypertension artérielle, et une hypotension secondaire. Une radiographie du thorax révèle des signes de congestion minime (associée à une nette cardiomégalie). Une mesure du taux de troponine I cardiaque (analyseur Biomérieux mini Vidas®) a donné des valeurs modérément élevées (600 ng/l), peu en faveur d’une myocardite active.

Un diagnostic de cardiomyopathie hypertrophique (CMH), probablement primitive, est établi. Cette CMH est associée à des signes de dysfonction diastolique et de congestion, et à des signes modérés de souffrance myocardique.

Le pronostic est réservé à court terme et dépend de la réponse au traitement. Il est plus favorable à moyen terme si une stabilisation est observée (régression des signes congestifs sans apparition de symptômes circulatoires), la décompensation observée pouvant avoir été déclenchée par l’anesthésie. Il reste malgré tout défavorable à long terme.

La prise en charge préconisée associe un diurétique administré « à effet », un chronotrope négatif, le diltiazem (Hypercard®, 10 mg/8 heures), et de l’aspirine, à la dose de 5 mg/72 heures, en thromboprophylaxie, la dilatation atriale prédisposant à un risque d’accident embolique.

DISCUSSION

De nombreux facteurs pronostiques ont été rapportés lors de CMH féline, notamment l’épidémiologie (moins bon pronostic pour les animaux âgés et chez certaines races, comme les maine coons et les ragdolls) et la présentation clinique (formes asymptomatiques de meilleur pronostic que les congestives, et thromboembolie constituant un facteur très aggravant) [1-3]. L’échographie apporte des informations pronostiques “indépendantes” de la clinique : une dilatation atriale gauche importante, un épaississement diastolique majeur des parois ventriculaires gauches (> 9 mm) ou une dysfonction systolique sont des éléments défavorables. Il a récemment été montré qu’une élévation de la troponine I (marqueur de souffrance du myocarde) représente un facteur pronostique défavorable, indépendamment des données cliniques et échographiques (au-delà de 700 ng/l) [1].

Conflit d’intérêts

Aucun.

Références

1. Borgeat K, Sherwood K, Payne JR et coll. Plasma cardiac troponin I concentration and cardiac death in cats with hypertrophic cardiomyopathy. J. Vet. Intern. Med. 2014;28:1731-1737. 2. Payne J, Luis Fuentes V, Boswood A et coll. Population characteristics and survival in 127 referred cats with hypertrophic cardiomyopathy (1997 to 2005) J. Small Anim. Pract. 2010;51:540-547. 3. Payne JR, Borgeat K, Connolly DJ et coll. Prognostic indicators in cats with hypertrophic cardiomyopathy. J. Vet. Intern. Med. 2013;27:1427-1436.
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