Administration de ciclosporine chez le chat allergique par voie sous-cutanée - Le Point Vétérinaire expert canin n° 383 du 01/03/2018
Le Point Vétérinaire expert canin n° 383 du 01/03/2018

DERMATOLOGIE

Analyse d’article

Auteur(s) : Charline Pressanti

Fonctions : Service de dermatologie
INP-ENVT, 23, chemin des Capelles
31076 Toulouse
c.pressanti@envt.fr

Les dermatoses félines et notamment les dermatites allergiques sont souvent difficiles à traiter. Les médicaments topiques sont mal tolérés et il existe un risque non négligeable de passage systémique du produit lié au léchage. Les antihistaminiques et les acides gras essentiels apportent une aide dans la gestion de la maladie, mais ne suffisent pas à la prise en charge totale de l’affection. Les corticoïdes, bien qu’efficaces, sont générateurs d’effets secondaires rédhibitoires lorsqu’ils sont utilisés au long cours et à des doses élevées. L’oclacitinib a récemment été étudié et son action semble bénéfique. Cependant, il s’agit d’un essai pilote ou de courte durée, le peu de recul sur les effets secondaires de cette molécule administrée au long cours incite à la prudence [5].

CONTEXTE DE L’ÉTUDE

La ciclosporine A (CsA) est la meilleure solution alternative pour une prise en charge efficace des dermatoses allergiques du chat [3, 7]. Les effets secondaires observés sont modérés. Il s’agit d’une hypersalivation, d’une diarrhée, de vomissements et d’une hyperplasie gingivale [2]. Toutefois, les chats sont souvent plus réfractaires que les chiens à la prise orale d’un médicament. La formulation liquide disponible n’est pas toujours simple à administrer, et la qualité et l’observance du traitement en sont affectées. Un essai pharmacocinétique a révélé que la biodisponibilité de la CsA par voie sous-cutanée (SC) est bonne [6]. La forme injectable pourrait donc remplacer la formulation orale. L’objectif de cette étude était d’évaluer la tolérance et l’efficacité de ce traitement dans un petit groupe de chats atteints de dermatite allergique.

RÉSULTATS ET LIMITES DE L’ÉTUDE

1. Signes cliniques

L’utilisation de la CsA a donné des résultats prometteurs dans cette étude pilote. Une régression significative du prurit et une baisse du score lésionnel ont été observées. Le score FeDESI et l’échelle de prurit ont diminué d’au moins 50 % à J30 chez 5 des 6 chats qui ont terminé l’étude. Chez ces 6 chats, une réduction d’au moins 60 % a été notée à J60, par rapport au J0. Ces derniers ont bien accepté et toléré le traitement par voie SC, et aucun trouble digestif n’a été rapporté par les propriétaires.

2. Doses

Les précédents essais contrôlés en double aveugle ont montré que, dans l’espèce féline, une dose journalière de 7 mg/kg par voie orale était adaptée. Toutefois, dans la présente étude, les doses initiales utilisées étaient de 2,5 ou de 5 mg/kg/24 h ou toutes les 48 heures. Ces données suggèrent que, par voie SC, une dose inférieure pourrait être suffisante au contrôle de la dermatite allergique. Ces différences s’expliquent par la biodisponibilité du produit qui dépend directement de sa voie d’administration. De plus, différents travaux indiquent que l’administration de la CsA à jours alternés est suffisante pour la gestion des troubles cutanés allergiques, ce que semble confirmer cette étude pilote dans laquelle les injections ont été espacées de 72 heures dans certains cas. Les dosages étaient ajustés selon la réponse clinique observée et le faible nombre d’individus inclus dans l’étude, ainsi que son design n’ont pas permis de déterminer avec précision la dose SC efficace de CsA.

3. Effets indésirables

Au total, 6 chats (54,5 %) ont développé des effets indésirables imputables au traitement administré. Il s’est agi le plus souvent de réactions au point d’injection. Les lésions se sont résolues après modification de la méthode d’injection. Seul 1 chat a présenté des modifications du comportement durant le traitement, qui ont disparu dès la sortie de l’essai clinique. Ces effets délétères doivent être surveillés car ils demeurent importants et il convient de prévenir les propriétaires de leur survenue possible. Des effets secondaires systémiques n’ont pas été rapportés dans cette étude pilote. Aucune anomalie hématologique ni biochimique n’a été notée chez les 6 chats qui ont poursuivi l’étude jusqu’à J60. De plus, 5 chats ont continué de recevoir la CsA par voie injectable jusqu’à 18 mois après l’arrêt de l’étude et aucun trouble n’a été décrit par les propriétaires. Certaines publications font état d’un risque plus élevé de développer une infection à Toxoplasma gondii pour les chats qui reçoivent un traitement à base de CsA [1, 4].

Il peut s’agir d’une primo-infection ou, plus rarement, d’une réactivation des formes kystiques. La sérologie Toxoplasma qui permet de statuer sur l’état infectieux des chats n’a pas été réalisée dans cette étude. En revanche, il était demandé aux propriétaires de maintenir leur animal strictement à l’intérieur de leur domicile afin de prévenir toute contamination. À en juger par les données publiées, tout traitement à base de CsA chez le chat devrait s’accompagner d’une sérologie Toxoplasma, d’une alimentation sèche et d’un maintien en intérieur afin d’éviter la consommation de viande crue contaminée.

Cette étude présente de nombreuses limites, notamment le faible nombre de chats inclus, sa courte durée, la variabilité et l’ajustement des doses, et l’absence de double aveugle et de groupe contrôle.

Conclusion

Il s’agit de la première étude qui évalue l’efficacité de la CsA sous forme injectable par voie SC dans la prise en charge de la dermatite allergique chez le chat. Un essai contrôlé en double aveugle sur un plus grand effectif de chats permettrait de confirmer ces résultats prometteurs et de déterminer la dose efficace.

Références

  • 1. Barrs VR, Martin P, Beatty JA. Antemortem diagnosis and treatment of toxoplasmosis in two cats on cyclosporin therapy. Aust. Vet. J. 2006;84:30-35.
  • 2. Heinrich NA, McKeever PJ, Eisenschenk MC. Adverse events in 50 cats with allergic dermatitis receiving ciclosporin. Vet. Dermatol. 2011;22:511-520.
  • 3. King S, Favrot C, Messinger L et coll. A randomized double-blinded placebo-controlled study to evaluate an effective ciclosporin dose for the treatment of feline hypersensitivity dermatitis. Vet. Dermatol. 2012;23: 440-e484.
  • 4. Last RD, Suzuki Y, Manning T et coll. A case of fatal systemic toxoplasmosis in a cat being treated with cyclosporin A for feline atopy. Vet. Dermatol. 2004;15: 194-198.
  • 5. Ortalda C, Noli C, Colombo S. Oclacitinib in feline nonflea-, nonfoodinduced hypersensitivity dermatitis : results of a small prospective pilot study of client-owned cats. Vet. Dermatol. 2015;26:235-e252.
  • 6. Robson D. Review of the pharmacokinetics, interactions and adverse reactions of cyclosporine in people, dogs and cats. Vet. Rec. 2003;152:739-748.
  • 7. Wisselink MA, Willemse T. The efficacy of cyclosporine A in cats with presumed atopic dermatitis : A double blind, randomised prednisolone-controlled study. Vet. J. 2009;180:55-59.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

CONTEXTE

La ciclosporine A (CsA) a prouvé son efficacité dans la prise en charge de certaines maladies inflammatoires chez le chat. Toutefois, elle s’administre oralement et certains chats se révèlent réfractaires à la prise orale.

OBJECTIF

Évaluer l’efficacité et la tolérance de la CsA injectée par voie sous-cutanée (SC) chez le chat atteint de dermatite allergique.

MATÉRIEL ET MÉTHODE

11 chats de propriétaires atteints de dermatite allergique non saisonnière ont été inclus dans l’essai clinique. Dans cette étude prospective, une solution injectable de CsA à la dose de 50 mg/ml était administrée par voie SC durant 60 jours. La dose initiale était de 2,5 mg/kg/24 h ou toutes les 48 heures ou de 5 mg/kg/24 h ou toutes les 48 heures. Le dosage a été ajusté après 1 mois selon la réponse clinique observée. L’aspect clinique a été évalué grâce à un score lésionnel adapté à la dermatite allergique du chat (FeDESI, pour Feline Dermatitis Extent and Severity Index) et à une échelle visuelle analogue de prurit (PVAS) à J0, à J30 et à J60.

RÉSULTATS

6 chats ont terminé l’étude et 4 des 5 animaux pour lesquels le traitement a été interrompu ont fait l’objet d’une analyse (intent-to-treat analysis). Une diminution significative des scores FeDESI et PVAS entre J0 et J30, entre J0 et J60 et entre J30 et J60 a été observée chez les 10 chats étudiés. Aucun effet secondaire systémique n’a été rapporté. En revanche, 5 chats ont développé des lésions au site d’injection, résolues chez 3 d’entre eux. Les analyses biologiques réalisées étaient normales à la fin du traitement.

CONCLUSION

La CsA par voie SC à la dose de 2,5 à 5 mg/kg/24 h ou toutes les 48 heures apparaît efficace dans la prise en charge de la dermatite allergique chez le chat. Il s’agirait donc d’une solution alternative possible à la prise orale. Une étude contrôlée et randomisée chez un plus grand nombre de chats doit être réalisée pour confirmer ces résultats.

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