Particularités de l’imagerie du chiot et du chaton - Ma revue n° 019 du 01/01/2019 - Le Point Vétérinaire.fr
Ma revue n° 019 du 01/01/2019

IMAGERIE MÉDICALE

Spécificités de l’animal pédiatrique

Auteur(s) : Marion Fusellier-Tesson*, Anthony Kallassy**, Maureen Lazard***, Nora Bouhsina****

Fonctions :
*PhD
Service d’imagerie médicale
École nationale vétérinaire, agroalimentaire et
de l’alimentation, Nantes-Atlantique-Oniris
La Chantrerie
BP 50707
44307 Nantes Cedex 3

Les présentations radiographiques et échographiques diffèrent entre un jeune animal et un adulte. Il est indispensable de connaître ces dissemblances pour ne pas commettre d’erreurs diagnostiques.

L’imagerie est souvent requise lors de la prise en charge médicale d’un chiot ou d’un chaton. Cependant, la présentation radiographique ou échographique de ces jeunes animaux diffère légèrement de celle de l’adulte. Il apparaît donc essentiel que le praticien connaisse les variations anatomiques les plus fréquemment associées au jeune âge de l’animal, hors contexte malformatif. L’animal est considéré jeune jusqu’à la fermeture de ses cartilages de conjugaison (de 5 mois jusqu’à 15 à 18 mois). Seules les variations physiologiques sont recensées dans cet article.

IMAGERIE DU THORAX

La réalisation d’une radiographie du thorax est régulièrement nécessaire chez l’animal jeune, lors de toux, mais aussi de régurgitations, ou de souffle cardiaque.

1. Poumons, bronches et trachée

Le parenchyme pulmonaire du chiot ou du chaton apparaît généralement d’opacité plus importante que chez l’adulte, vraisemblablement en raison d’une proportion de liquide accrue dans le tissu interstitiel (photos 1a et 1b). Il convient de connaître cette particularité, notamment dans un contexte de suspicion de lésion de pneumonie ou d’œdème pulmonaire. Par ailleurs, les parois bronchiques des jeunes carnivores ne peuvent être suivies qu’à faible distance de la bifurcation trachéo-bronchique en raison de leur absence de calcification et de leur finesse.

La trachée apparaît parfois de diamètre insuffisant. Une explication possible est un retard de son développement qui peut ensuite se normaliser à l’âge adulte. Il est ainsi essentiel de ne pas établir un diagnostic d’hypoplasie trachéale trop hâtivement.

2. Thymus

L’examen du médiastin permet de mettre en évidence le thymus chez le jeune chien, plus rarement chez le chaton. Il atteint sa taille maximale aux alentours de 4 mois, puis régresse progressivement jusqu’à ne plus être visible vers l’âge de 6 mois (photos 2a et 2b). En radiographie, la silhouette thymique est à l’origine d’un élargissement du médiastin cranio-ventral. Elle est d’opacité tissulaire et est située cranio-ventralement au cœur sur les incidences de profil. Sur celles de face, le thymus forme une silhouette liquidienne triangulaire, généralement décrite en “voile de bateau”, craniale au cœur et à gauche du plan médian [6]. L’échographie permet également de décrire le thymus : il présente une texture échogène, homogène, granuleuse. Une importante vascularisation peut être identifiée par Doppler.

3. Cœur

Chez le jeune chien, jusqu’à 4 à 6 mois, la silhouette cardiaque semble généralement de taille augmentée. Cela est à mettre en relation avec la petite taille de la cage thoracique et la difficulté d’obtenir des clichés en pleine inspiration chez ces jeunes animaux. Il est alors primordial de compléter l’évaluation subjective de la silhouette cardiaque par la mesure objective de ses diamètres au moyen du vertebral heart scale (VHS) et par l’évaluation de sa forme. La détermination du VHS ne permet pas de mettre en évidence de différence entre le chiot et l’adulte et les standards appliqués chez l’adulte sont donc transposables au chiot (encadré) [7]. Il n’existe aucune donnée chez le chaton.

IMAGERIE DE L’ABDOMEN

Les affections digestives du jeune chien sont fréquentes : entérites, intussusception, suspicion de corps étranger, etc. Le recours aux examens d’imagerie nécessite de bien connaître les variations physiologiques pour établir clairement la présence d’une affection.

1. Cavité abdominale

La détection échographique d’un épanchement péritonéal est considérée comme anormale chez un chien ou un chat adulte. Il est cependant fréquent de mettre en évidence une faible quantité de liquide péritonéal jusqu’à l’âge de 2 à 3 mois, que ce soit chez le chiot ou le chaton.

Cet épanchement se présente alors comme une structure anéchogène de forme triangulaire, s’infiltrant entre les organes abdominaux, notamment au pôle cranial de la vessie ou entre les anses digestives. La présence de cet épanchement, combinée au léger embonpoint des animaux jeunes, explique le faible contraste abdominal généralement observé en radiographie. L’abdomen apparaît donc d’opacité quasiment uniforme (photo 4).

2. Foie

Le foie présente une taille proportionnellement plus grande chez le jeune carnivore que chez l’adulte. Son extrémité caudo-ventrale dépasse alors nettement le cercle de l’hypocondre, donnant une impression d’hépatomégalie à l’examen radiographique (photo 5). Il est tout de même raisonnable de vérifier la normalité de cette variation par un examen échographique. Dans ce cas, l’absence de l’extension du foie ventralement à l’estomac ou au rein droit et l’absence de l’arrondissement de ses marges sont notées.

3. Tube digestif

En ce qui concerne le tube digestif, les données disponibles sont peu nombreuses. Les chiots de 7 à 12 semaines présenteraient, à l’échographie, une paroi intestinale d’épaisseur inférieure à celle des chiens adultes de poids similaire [8]. Cependant, les variations sont faibles et les normes de taille des anses intestinales, établies chez le chien adulte, peuvent être transposées au chiot (tableau). Néanmoins, le cæcum, qui prend en radiographie chez le chien adulte une forme semi-circulaire située à l’aplomb de L2-L3, est d’aspect plus linéaire, conique chez le chiot, puis se replie ensuite. Lorsqu’un transit baryté se révèle nécessaire, il est fréquent d’observer chez le chiot des images par soustraction de forme quasi rectangulaires pénétrant la paroi du duodénum descendant. Elles correspondent aux plaques de Peyer. Chez l’adulte, ce contour muqueux est habituellement plus lisse.

4. Appareil urinaire

Lors de cystographie (utilisée en cas de suspicion d’uretère ectopique, par exemple), les uretères peuvent être opacifiés par le produit de contraste injecté dans la vessie, lorsque le degré de distension de cette dernière est suffisant. Ce phénomène est lié à un reflux d’urine de la vessie vers les uretères fréquent chez les jeunes animaux, et qui n’est pas systématiquement pathologique.

5. Autres organes abdominaux

L’examen échographique de la prostate du jeune chien mâle peut être rendu complexe en raison de sa petite taille, et ce d’autant plus qu’elle est généralement située dans la filière pelvienne. En revanche, le pancréas et les nœuds lymphatiques sont plus faciles à visualiser en échographie chez les jeunes animaux que chez les adultes. L’aspect des nœuds lymphatiques est identique chez le jeune et l’adulte : hypoéchogène aux structures adjacentes et homogène, ou avec un centre hyperéchogène entouré d’un anneau hypoéchogène. La taille des nœuds lymphatiques abdominaux est variable et il semble que celle des nœuds lymphatiques iliaques médiaux soit identique à celle de l’adulte. Celle des nœuds lymphatiques jéjunaux serait, en revanche, plus importante et ils peuvent présenter des formes inhabituelles [4].

IMAGERIE DU SQUELETTE

Le vétérinaire praticien connaît bien l’aspect radiographique du jeune carnivore, très différent de celui de l’adulte en raison de la présence des cartilages de croissance et des centres d’ossification. En effet, à la naissance, une grande partie du squelette (métaphyses et épiphyses) est cartilagineuse et présente donc un aspect liquidien à la radiographie (photo 6). Avec la croissance, les centres d’ossification se calcifient, deviennent apparents, et les cartilages de croissance diminuent progressivement d’épaisseur jusqu’à s’ossifier complètement. Leur aspect est important dans l’évaluation de l’âge des animaux. Les valeurs de référence des âges de fermeture sont cependant difficiles à trouver et les données sont disparates [1, 5, 10].

1. Fermeture des cartilages de croissance

Il est quelquefois nécessaire d’estimer l’âge des chiots et l’évaluation radiographique de la fermeture des cartilages de croissance est un outil plus performant et fiable que l’évaluation de l’âge par un examen dentaire visuel. Cependant, il existe d’importantes variations des âges de fermeture de ces cartilages en fonction des gabarits des chiens. Par exemple, la fusion de l’épiphyse proximale à la diaphyse humérale a lieu entre l’âge de 34 et 60 semaines chez le chiot, celle du processus anconé entre 15 et 20 semaines, et celle de la tubérosité tibiale de 36 à 52 semaines [5]. Le bassin peut subir une maturation jusqu’à l’âge de 2 ans, notamment concernant les crêtes iliaques. Les plateaux vertébraux peuvent également demeurer irréguliers plus longtemps. En raison d’une calcification plus tardive, les os sésamoïdes peuvent ne pas être identifiés, notamment au niveau des muscles gastrocnémien et poplité, tout comme les os sésamoïdes dorsaux des extrémités (photo 7). Les sources fournissent cependant des données variables en ce qui concerne les âges de ces fermetures et l’existence de certains cartilages de croissance, et ce d’autant plus que l’évolution des cartilages de croissance peut être fortement influencée par des anomalies nutritionnelles [5]. Ainsi, les excès de calcium ou de phosphore, de même que les insuffisances de vitamine D peuvent être à l’origine de déformations angulaires des membres, d’ostéopénies et d’une augmentation de la prévalence des ostéochondroses [3].

2. Aspect radiographique des cartilages de croissance et des os longs

Ces zones de croissance prennent un aspect variable à la radiographie. Elles apparaissent généralement lisses, mais chez certains chiots de race de grande taille à croissance rapide, le contour des épiphyses peut être d’aspect irrégulier (photo 8). C’est en particulier le cas au niveau des épiphyses fémorales distales. De plus, chez ces mêmes chiens, les métaphyses ulnaire, radiale et tibiale proximales et distales peuvent présenter des irrégularités et une sclérose peu marquées. Cela ne doit pas être confondu avec une ostéodystrophie hypertrophique (faire la différence est parfois difficile) ou un processus plus agressif (tumeur ou ostéomyélite). Par ailleurs, la croissance de l’ulna pour les chiens de grande taille n’est pas clairement établie : selon les études, elle pourrait être liée à la présence d’un cartilage de croissance avec un centre d’ossification secondaire ou à une ossification par extension de la diaphyse ulnaire au niveau du processus anconé [1].

Enfin, le jeune chien est prédisposé aux ostéoporoses post-traumatiques secondaires aux fractures des os longs distaux. Celles-ci entraînent une diminution de l’opacité osseuse distalement à la fracture et régressent rapidement lorsque le cal est suffisamment rigide.

Conclusion

Outre les variations bien connues liées à la maturation squelettique, les jeunes animaux présentent un certain nombre de variations physiologiques clairement mises en évidence avec la radiographie et l’échographie. Le praticien doit les connaître et les identifier le cas échéant.

Références

  • 1. Breit S, Künzel W, Seiler S. Variation in the ossification process of the anconeal and medial coronoid processes of the canine ulna. Res. Vet. Sci. 2004;77 (1):9-16.
  • 2. Buchanan JW, Bücheler J. Vertebral scale system to measure canine heart size in radiographs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1995;206 (2):194-199.
  • 3. Hazewinkel HAW, Van Den Brom WE, Van T Klooster AT et coll. Calcium metabolism in great dane dogs fed diets with various calcium and phosphorus levels. J. Nutr. 2018;121:S99-S106.
  • 4. Krol L, O’Brien R. Ultrasonographic assessment of abdominal lymph nodes in puppies. Vet. Radiol. Ultrasound. 2012;53 (4):455-458.
  • 5. Modina SC, Andreis ME, Moioli M, Di Giancamillo M. Age assessment in puppies: coming to terms with forensic requests. Forensic Sci. Int. 2019;297:8-15.
  • 6. Schwarz T, Johnson V. Manual of canine and feline thoracic imaging. BSAVA, ed. Gloucester. 2008.
  • 7. Sleeper MM, Buchanan JW. Vertebral scale system to measure heart size in growing puppies. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2006;219 (1):57-59.
  • 8. Stander N, Wagner WM, Goddard A, Kirberger RM. Normal canine pediatric gastrointestinal ultrasonography. Vet. Radiol. Ultrasound. 2010;51 (1):75-78.
  • 9. Thrall DE. Principles of radiographic interpretation of the abdomen. In: Textbook of veterinary diagnostic radiology. 2018.
  • 10. Thrall DE, Robertson ID. Atlas of normal radiographic anatomy and anatomic variants in the dog and cat. 2016.

Conflit d’intérêts

Aucun.

ENCADRÉ : Comment mesurer le cœur avec la méthode du vertebral heart scale

→ La méthode du vertebral heart scale (VHS), mise au point par Buchanan, permet de mesurer de façon objective les diamètres cardiaques sur les radiographies thoraciques en reliant ces mesures à la taille des vertèbres thoraciques. Les mesures sont réalisées sur une radiographie en incidence latérale (photo 3) :

– hauteur du cœur de la bifurcation trachéo-bronchique à l’apex : h ;

– la hauteur h est reportée sur le rachis thoracique à partir du bord cranial du corps de la quatrième vertèbre thoracique (T4) et correspond à un nombre de vertèbres : H ;

– mesure de la plus grande longueur cranio-caudale du cœur perpendiculairement à h et passant par le bord ventral de la veine cave caudale : l ;

– la mesure l est reportée sur le rachis thoracique à partir du bord cranial de T4 et correspond à un nombre de vertèbres : L ;

– VHS = H + L vertèbres.

→ Le VHS est proche de 9,7 (+/- 0,5) chez le chien mais peut varier selon l’embonpoint et la race de l’animal.

D’après [2].

Points forts

→ L’aspect des cartilages de croissance dépend de l’âge de l’animal mais peut également être influencé par la qualité de son alimentation.

→ La présence d’une faible quantité de liquide péritonéal est fréquente et physiologique chez le chiot et le chaton.

→ Le parenchyme pulmonaire des chiots et des chatons est souvent d’aspect plus dense à la radiographie que le parenchyme de l’animal adulte sain.

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