Thérapeutique médicamenteuse chez la chèvre - La Semaine Vétérinaire n° 2042 du 12/07/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2042 du 12/07/2024

Pharmacologie

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Ségolène Minster

Claire Combelles (A02), présidente de la commission caprine de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV)

Article issu de la conférence éponyme, présentée le 16 mai 2024 aux Journées nationales des GTV

Le nombre de spécialités disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) chèvre est réduit. De plus, dans cette espèce, il est difficile de trouver des références bibliographiques fiables. Cette présentation donne quelques clés au praticien pour déterminer un schéma thérapeutique.

Physiologie caprine

La chèvre est une espèce répartie sur toute la surface du globe, adaptée aux climats arides. Elle a un comportement cueilleur, ses lèvres mobiles lui permettant de sélectionner la partie du végétal qui l’intéresse avec une préférence pour les plantes ligneuses dont l’amertume ne la gêne pas. Au fil de l’évolution, elle a développé des capacités de détoxification vis-à-vis des métabolites secrétés par les plantes, mais aussi des substances médicamenteuses. De par son comportement cueilleur, l’absence de challenge parasitaire au cours de l’évolution n’a pas stimulé le développement d’importantes capacités immunitaires. La chèvre laitière est le ruminant domestique le plus sensible au parasitisme par les nématodes. En situation de pâturage strict, où le comportement cueilleur ne peut être exercé, les niveaux d’infestation s’élèvent rapidement.

Enfin, le réflexe de fermeture de la gouttière œsophagienne persiste à l’âge adulte chez un grand nombre de chèvres (environ 80 %). La voie orale doit donc être évitée pour certaines spécialités, notamment les benzimidazoles.

Le principe de la cascade

L’index des médicaments sur le site de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail permet de vérifier si un médicament dispose d’une AMM caprine : https://www.ircp.anmv.anses.fr

En l’absence de spécialité disponible, le recours au principe de la cascade s’inscrit dans un cadre réglementaire précis. La molécule doit figurer au tableau 1 (substances autorisées) du règlement EU 37/2010 et elle ne doit pas figurer dans le tableau 2 des substances interdites pour les animaux producteurs de denrées alimentaires.

Il relève de la responsabilité du vétérinaire de déterminer le temps d’attente (TA). Il convient de multiplier par 1,5 le TA lait le plus long, d’appliquer 1 jour minimum de TA s’il est nul. En l’absence de TA lait, il convient d’appliquer un TA forfaitaire de 7 jours au minimum. De même, si le schéma posologique diffère des indications de l’AMM, il convient d’appliquer a minima un TA forfaitaire de 7 jours pour le lait.

Comment déterminer un schéma posologique ?

Les caprins ayant une clairance supérieure aux autres espèces, cela conduit à deux options thérapeutiques : augmenter la dose ou réduire l’intervalle entre deux administrations. Cette dernière option limite le risque de toxicité aiguë.

Les données de pharmacocinétiques peuvent être obtenues dans le RCP, en questionnant directement le laboratoire, en interrogeant les bases de données scientifiques Pubmed, ScienceDirect, WoS, Google Scholar…, avec les mots-clefs « nom de la molécule + cattle, goat, sheep, clearance, kinetics, etc. ».

Par exemple, la clairance de l’amoxicilline ou de la tulathromycine sont proches chez tous les ruminants. La posologie à 2,5 mg/kg par voie sous-cutanée (SC) pour la tulathromycine est efficace chez la chevrette. Au contraire, pour le kétoprofène, il conviendrait de multiplier la posologie bovine par 4.

Quelques stratégies thérapeutiques

Stratégies antiparasitaires

Au pâturage, les niveaux d’infestation par les helminthes s’élèvent rapidement. Plusieurs spécialités par voie orale, avec AMM, sont disponibles, mais imposent un TA lait de plusieurs jours.

Pour les benzimidazoles, une administration orale unique se réalise à dose ovine doublée (selon le résumé des caractéristiques du produit [RCP]), ou deux administrations à la dose ovine réalisées à 12- 24 heures d’intervalle (meilleure biodisponibilité). L’efficacité du traitement est meilleure après mise à la diète.

L’éprinomectine a un temps d’attente nul. La forme injectable présente la meilleure biodisponibilité, elle doit être préférée aux formes orales et pour-on ; cette dernière est en outre plus écotoxique.

À noter : les résistances s’achètent ou s’échangent (transhumance), souvent de manière quasi définitive.

Pour le traitement de la douve et du paramphistome, l’oxyclosanide est utilisé à la dose de 15-22,5 mg/kg (hors AMM ovin à 15 mg/kg). La stop-dose imposée (20 ml de la solution à 3,4 % pour les animaux pesant plus de 45 kg) pourrait conduire à des sous-dosages chez les plus lourds.

Le ténia, qui affecte les jeunes caprins en première année de pâture, est traité au praziquantel à 5 mg/kg (hors AMM ovin à 3,75 mg/kg).

Il est urgent d’intégrer la notion de ressource limitée en anthelminthique ! Il est nécessaire d’intégrer la coproscopie lors des diagnostics et d’établir des traitements ciblés et raisonnés.

Gestion des protozoaires

La cryptosporidiose est fréquente chez les jeunes caprins. Le lactate d’halofuginone peut être utilisé à la dose de 100 µg/kg/j pendant 10 jours après la tétée. Le sulfate de paromomycine dans l’alimentation permet une meilleure observance dans les grands effectifs.

Le diclazuril et le toltrazuril sont fréquemment utilisées dans le cadre de la cascade pour le traitement de la coccidiose. Il est conseillé de réaliser des coproscopies avant utilisation. Par ailleurs, les chevrettes doivent être pesées, et la dose ovine du RCP doit être doublée. Le métabolite du toltrazuril présente une forte toxicité et persistance environnementale, ce qui se traduit par des restrictions concernant le fumier des animaux traités : il ne peut être épandu qu’une fois tous les trois ans sur une même parcelle de terre.

Anesthésie chez les caprins

La pesée est recommandée. La combinaison xylazine-kétamine est confortable et permet 30-40 min d’anesthésie. La xylazine est administrée à la dose de 0,5 ml/100 kg IM, suivi 5 minutes plus tard de kétamine à 0,5 ml/10 kg de kétamine 1 000 en IM.

Pour l’anesthésie locale, il est nécessaire de noter la haute toxicité de la lidocaïne chez les petits ruminants. Il convient de l’utiliser à la dose maximale de 5 mg/kg ; soit pour l’anesthésie locale traçante pour une césarienne, 10 ml de lidocaïne en l inversé. Il est possible de le diluer dans du sérum physiologique, pour mieux répartir la dose lors des injections. 

Le protocole pour l’ébourgeonnage des chevreaux consiste à utiliser la xylazine à 0,4 ml/ kg soir 0,1 à 0,2 ml en intramusculaire pour des chevreaux de 5 à 10 kg.

Traitement des mammites

Il convient de privilégier les traitements par voie générale. Ceux avec application intramammaire peuvent être vulnérants. De plus, le métabolisme et le volume de la mamelle de la chèvre très différents de ceux vaches induisent un risque accru d’inhibiteurs dans le lait, le recours à la cascade est alors risqué. Une étude réalisée chez des chèvres de race saanen hautes productrices a montré que le délai d’attente pour la Rilexine® (céfalexine intramammaire) est inférieur à celui de la vache. Cette spécialité semble donc sûre en termes de résidus.

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