Syndrome de l’imposteur en couleur Partie 2 - La Semaine Vétérinaire n° 2042 du 12/07/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2042 du 12/07/2024

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Auteur(s) : Par Laurent Lacouture

Qu’est-ce qu’un profil psychologique ? L’approche de départ du DISC de Marston (aussi appelé Méthode des couleurs ou Langage des couleurs)1 est en effet une tentative de rationaliser une personnalité complexe afin de lui attribuer un comportement et une façon d’être. Dans quelle mesure peut-il être appliqué à la profession vétérinaire. Cet article – qui fait suite à un précédent2  tentera d'en faire la démonstration.

Sur Internet, une multitude de sites tentent de dériver de la théorie du Disc de Marston pour proposer 16, 18, 26 profils types. Ils expliquent que vous êtes comme ceci ou cela et donc que vous avez les facultés pour réussir dans tel ou tel domaine. Dans un premier temps, C’est très amusant à faire mais, très vite, on se rend compte de deux choses. La première est que le résultat serait différent si vous refaites le test un an, un mois, voire une semaine après. En effet, les tests de personnalité ne sont que des images à un instant T de notre vie. Ils évoluent au cours du temps. On peut même les influer en travaillant sur soi et en optimisant les points que l’on veut modifier. Ils sont cependant le reflet de votre propre construction mentale, de votre histoire et de vos expériences passées. La seconde est qu’il est réducteur de se limiter à une couleur, voire deux dominantes pour son propre profil. En effet, on est toujours un peu des quatre couleurs en proportions variables (proportions qui changent parfois avec le temps aussi). Enfin, plutôt que de définir des profils types, il est important de comprendre qu’avec assez de nuances dans le résultat on peut aboutir à un profil personnalisé et unique3.

Dans le sondage que j’ai réalisé en novembre 20232, j’ai effleuré les profils psychologiques en demandant aux répondants de « choisir » eux-mêmes les deux couleurs qui les caractériseraient le plus. C’est une approche très caricaturale, mais je voulais voir si, à travers ce petit miroir, on pouvait distinguer une tendance en lien avec le syndrome de l’imposteur.

Quelle couleur forte ?

Les résultats (voir figure) montrent une majorité de répondants ayant comme première ou seconde couleur dominante le bleu ou le vert. Ce sondage demanderait à être confirmé par une étude moins autocentrée (à savoir ne pas autodéterminer la couleur de sa dominante mais l’établir par un questionnaire neutre aboutissant à un résultat calculé) et plus approfondie. Cependant, les résultats obtenus sont plutôt logiques et cohérents avec la théorie de Marston.

Dans un profil à forte dominante vert, la personne recherchera plutôt l’harmonie du groupe (de ses coéquipiers de la clinique) et la validation par celui-ci. Dans ce type de profil, le vert aura tendance à chercher un appui fort de ces collègues et ne supportera pas forcément de se voir rabaisser et de « sortir du lot » : il faudra que la personne soit au niveau tout de suite ou qu’au contraire elle ne fasse pas de vague en étant meilleure que son collègue. S’attribuer une réussite, c’est être mis en avant et c’est parfois difficile pour un vert fort.

Dans un profil à forte dominante bleue, la personne recherchera une structuration, l’application de protocoles, de normes. Un peu comme on pouvait en trouver à l’école. Le bleu aura tendance à être perdu face à un client dès sa sortie d’école. Sans repères, sans supervision, il devient son propre superviseur.

De plus, même si beaucoup de consultations se ressemblent, certaines finissent par des suspicions plutôt que des certitudes (quand il faut tenir compte des desiderata des propriétaires, des budgets, des contraintes techniques disponibles, etc.), une incertitude parfois difficile à gérer pour un bleu fort.

Comment en sortir

Plusieurs personnes ayant déjà ressenti le syndrome de l’imposteur ont trouvé un moyen de sortir de ce sentiment néfaste et d’avancer (25 % des répondants). Il est d'abord important de comprendre que ce sentiment n’est pas immuable. Il est le résultat de facteurs multiples aussi bien antérieurs à la formation vétérinaire que mis en place pendant les études ou renforcés après l’obtention du diplôme. Le contexte professionnel dans lequel on évolue sera un élément important pour aider à sortir de ce syndrome. L’appui d’un manager formé, d’une équipe compréhensive et supportrice seront des éléments importants du chemin vers une sortie de ce sentiment.

Voici des extraits des réponses apportées à la question 3 : « Comment avez-vous réussi à vous débarrasser de ce sentiment du syndrome de l’imposteur ? » « La force de l’expérience, la relativisation de certaines situations » ; « Formation, formation, formation… » ; « Je fais de mon mieux en toute honnêteté vis-à-vis des clients et je suis ainsi une bonne véto » ; « En acceptant que je ne puisse pas avoir réponse à tout et que c’est normal » ; « En me formant sans cesse » ; « En approfondissant les cas [...] »« J’accepte de n’être sûre que de ce que je maîtrise et j’accepte d’avoir à chercher le reste. »

Faire de sa faiblesse une force

Ces quelques exemples montrent qu'un profil bleu ou vert peut faire une force de sa faiblesse. En effet, la théorie de Marston ne dit pas qu'être vert ou bleu est un mauvais profil.

Elle dit seulement que si vous avez un fort vert, vous aurez plus facilement tendance à favoriser les dynamiques de groupes, les renforcements d’équipe. Vous serez un facilitateur de talents en organisant l’équipe pour en tirer le meilleur parti. Vous comprendrez plus rapidement qui est le meilleur dans tel ou tel domaine afin d’orienter correctement les patients. En termes de formation, un fort vert sera plus demandeur de renforcer ses bases que de progresser vers des domaines inconnus. Il sera donc plus rassuré par la pratique généraliste et la routine des consultations « faciles ». Cela ne signifie pas forcément qu’il se contentera de ces consultations, mais une activité très répétitive ne le troublera.

Si vous êtes un bleu, vous serez bien meilleur pour établir les protocoles qui permettront d’éviter les erreurs de diagnostic, d’anesthésie. Vous serez aussi plus efficace pour appliquer ce que vous avez appris en formation, et vous sentirez d’autant plus légitime que vous en saurez davantage (« Formation, formation, formation… »). Le bleu est un profil parfait pour obtenir un diplôme post-universitaire et donc renforcer la qualité technique d’une équipe vétérinaire. S’il est seul à maîtriser son domaine, il se sentira alors plus « légitime » pour en définir les contours, les pratiques à mettre en place au sein de la structure, les modalités de réalisation. Un bleu aura aussi tendance à ne pas laisser de blanc dans les connaissances du groupe : si tout le monde sèche sur un cas, c’est souvent ce profil qui aura plus de facilité à chercher une réponse dans un livre de référence. Un bleu sera ravi d’avoir une bibliothèque vétérinaire digne de ce nom.

Bien entendu, tous les bleus et tous les verts ne sont pas ainsi. Cette présentation est schématique et vise à faire prendre conscience qu’à travers ce qui semble être aujourd’hui une faiblesse, on peut trouver une grande force.

La formation, la découverte de soi, la modification d’une structure d’équipe pour permettre à chacun d’exprimer sa dominante de caractère : autant de pistes qui peuvent aider à dépasser le syndrome de l’imposteur.

  • 1 disc-marston.com
  • 3 C’est notamment l’approche du profil NOVA (un exemple sur teamveto.com).
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