Quel topique auriculaire en cas d’otite externe aiguë chez le chien ? - La Semaine Vétérinaire n° 2042 du 12/07/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2042 du 12/07/2024

Otologie

PHARMACIE

Auteur(s) :

Conférencière

Céline Darmon (Liège 05), spécialiste en dermatologie vétérinaire au Centre hospitalier vétérinaire Frégis.

Article rédigé d’après une visioconférence intitulée « Comment je choisis mon topique auriculaire en cas d'otite externe ? » et présentée le 18 juin 20241.

Sarah André

De nombreux facteurs primaires peuvent être à l’origine d’une otite chez un chien (corps étrangers, parasites, dermatites allergiques, etc.). Une otite correspond à une inflammation d’une zone de l’oreille (externe, moyenne, interne). En cas d’otite externe, le pavillon et/ou le conduit auriculaire externe peuvent être atteints. Néanmoins, « on n’a pas de consensus sur la définition de l’otite aiguë », comme l’a précisé Céline Darmon. Une atteinte aiguë est principalement caractérisée par le fait qu’une otite apparaît de manière soudaine, dure depuis quelques jours et lorsque le chien atteint n’a pas d’antécédents d’otite.

Lorsque le praticien suspecte une otite externe, il est important qu'il réalise un examen auriculaire accompagné d’un examen dermatologique complet pour ne pas passer à côté d'une hypothèse de dermatite atopique se manifestant par une otite. Du reste, une cytologie est essentielle dans le choix du topique auriculaire pour observer la présence éventuelle de bacilles, coques et/ou Malassezia, et les quantifier. Par ailleurs, la visualisation du tympan est de mise avant de mettre en place tout traitement auriculaire pour vérifier qu'il n’est pas percé.

Choisir le bon antibiotique

Dans la majorité des cas, un topique auriculaire contient trois molécules : un antibiotique, un anti-inflammatoire et un antifongique. « Le premier critère de choix doit être l’antibiotique. Pourquoi ? Car notre ennemi numéro un ce sont les résistances bactériennes », précise Céline Darmon. Bien choisir l’antibiotique apparaît donc comme primordial pour éviter qu’une otite devienne chronique. Plusieurs molécules sont ainsi disponibles dans l’arsenal thérapeutique du praticien, que ce soit pour les coques (acide fusidique, florfénicol, néomycine, gentamicine et quinolones), ou les bacilles (polymyxine, framycétine, gentamicine et quinolones).

Néanmoins, Céline Darmon indique qu’il convient de prendre garde à l’usage de gentamicine et des quinolones car ces molécules sont à réserver aux otites récidivantes et chroniques pour lesquelles il n’y a pas d’autres choix ; toujours dans l’optique de lutter contre l’antibiorésistance.

Réfléchir à la puissance de l’anti-inflammatoire

Le deuxième critère de choix d’un topique auriculaire repose sur l’anti-inflammatoire, qui doit être adapté aux signes cliniques présentés par le chien mais aussi aux résultats cytologiques. Par exemple, la présence de nombreux neutrophiles indique une inflammation importante. L’anti-inflammatoire doit donc être puissant (mométasone, hydrocortisone, bétaméthasone). Toutefois, il convient d’être vigilant quant à leur usage en cas d’ulcères, lésions chroniques. En effet, « les anti-inflammatoires les plus puissants sont réputés diminuer la capacité de cicatrisation de ces ulcères », comme l’a rappelé Céline Darmon.

Bien que dans la plupart des cas d’otites externes le traitement soit topique2, une corticothérapie systémique peut éventuellement être indiquée en cas d’otite douloureuse.

Et l’antifongique ?

Enfin, l’antifongique représente le dernier critère de réflexion du praticien. Une fois de plus, il est important de s’appuyer sur les résultats cytologiques, notamment sur la présence éventuelle de levures. Très peu de cas de résistances aux antifongiques ont été décrits, et il s’agit principalement de résistances liées à une mauvaise prise en charge de la cause primaire ou bien d’un défaut d’application du traitement.

En somme, une identification de la cause primaire est essentielle pour prévenir les récidives et les complications. Céline Darmon rappelle que « ces traitements doivent être très longs » car la durée du traitement est tout aussi importante, voire plus, que le choix du topique auriculaire. Enfin, tout topique auriculaire doit être associé à des nettoyages3, qui ne doivent pas être trop fréquents ou irritants : « Il faut nettoyer mais pas agresser. » Ainsi, Céline Darmon recommande deux nettoyages par semaine, en moyenne, ou bien un nettoyage avant application d’un topique rémanent.


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    2. Les traitements systémiques sont réservés aux otites moyennes.
    3. Il existe trois types de nettoyages : céruminolytique (en présence de cérumen très épais formant un bouchon), physiologique (en prévention, pour éviter les récidives) et antiseptique (en cas d’otite suppurée) ; néanmoins, ces trois nettoyants se recoupent.
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