Parler de santé mentale dès l'école vétérinaire  - La Semaine Vétérinaire n° 2042 du 12/07/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2042 du 12/07/2024

Bien-être

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : PROPOS RECUEILLIS PAR Amandine Violé

Julien Herla (Liège 2008) est un praticien engagé qui retire une certitude de son burn-out : être sensibilisé aux risques psycho-sociaux de la profession devrait être une étape clé du parcours… qu'il partage aujourd'hui avec les futurs vétérinaires. Interview. 

Depuis deux ans, Julien Herla, praticien à Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), va au contact des étudiants vétérinaires et leur propose, en collaboration le Dr Pierre Mathevet, des conférences autour du bien-être au travail. Gestion des émotions, équilibre vie privée-vie professionnelle… il détaille les grands axes de son approche et revient sur sa nouvelle conception de la profession.

Qu'est-ce qui vous a amené à monter ce projet ?

Cette initiative a tout d'abord pris forme suite à mon burn-out. À l'époque, je n'ai pas compris ce qu'il se passait mais les manifestations physiques étaient là : perte de poids, crises de difficultés respiratoires, etc. Quand j'ai pu retourner travailler, je me suis dit : pourquoi, dans notre cursus, a-t-on si peu de prévention à ce sujet ? Puis j'ai rencontré le Dr Mathevet, ancien praticien et fondateur de Tirsev, une société de consultance qui aborde, entre autres, la thématique du mieux-être au travail. Les jeunes vétérinaires y étant de plus en plus sensibles, nous avons décidé d'aller bénévolement à leur rencontre, par l'intermédiaire des clubs étudiants. Depuis 2022, nous sommes ainsi intervenus à l'école vétérinaire de Nantes et à l'université de Liège.

Quel est le cœur du message que vous souhaitez transmettre aux étudiants ?

Nos premières sessions étaient axées sur la gestion des émotions et la prévention du mal-être dans la profession. On se rend compte que les jeunes assument de plus en plus leurs souhaits en termes d'ambiance de travail, de formation, de prétention salariale. C'est une très bonne chose car leur épanouissement en dépend. Mais la réalité est parfois tout autre. Je veux leur dire de penser à prendre soin d'eux. L'idée est de leur offrir des outils cognitifs pour mieux comprendre les situations auxquelles ils risquent d'être exposés : gestion de la charge de travail, de la charge émotionnelle, des conflits entre collègues, etc. Cette année, nous souhaitions échanger autour des relations intergénérationnelles.

À ce propos, que pensez-vous de ce clivage générationnel que beaucoup évoquent ?

Cette problématique est réelle, c'est pourquoi nous voulions en parler ouvertement. Les mentalités ont évolué. Les jeunes proclament haut et fort ce que leurs aînés auraient pu se permettre de demander à l'époque. Mais c'était un temps où il fallait cacher ses émotions, penser efficacité sans s'arrêter. Si les attentes et les dogmes de fonctionnement sont différents, nous pouvons toutefois travailler de concert. Le premier effort consiste à être à l'écoute de l'autre et se défaire du jugement. Et cela vaut, bien évidemment, pour tout le monde.

Quelles inquiétudes expriment-ils face à leur entrée dans la vie active ?

Les peurs sont très individuelles. Celle concernant les conflits de valeurs semble prégnante. Certains veulent par exemple travailler en rurale mais trouvent que le monde de l'élevage est incompatible avec leur vision de l'écologie et du bien-être animal. D'autres se demandent comment ils pourront concilier au mieux leur vie privée et professionnelle, d'autant qu'avec la multiplication des objets connectés, couper avec le métier devient de plus en plus compliqué. Par ailleurs, beaucoup ont exprimé leurs inquiétudes face à la transformation du paysage vétérinaire.

Et vous, quelle place le travail occupe-t-il maintenant dans votre vie ? Appliquez-vous les conseils que vous leur partagez ?

Je travaille encore plus qu'avant ! (rires). En réalité, j'ai pris le parti de réaménager ce qui était contraignant pour moi. Je consacre plus de temps à l'ostéopathie, ma passion, et parallèlement, nous avons eu la chance de faire grandir notre équipe. Cela permet de répartir la charge de travail et les activités par centre d'intérêt. C'est de la diversité que naissent la richesse et la compatibilité d'un groupe.

Quelles sont vos perspectives ?

J'aimerais maintenant rencontrer la direction d'Oniris et établir, comme à l'École de Lyon, un programme pédagogique obligatoire autour de ces thématiques socioprofessionnelles. Ce projet n'a pas vocation à rester personnel : plus la parole circule, mieux c'est. Quant à nos conférences, elles restent accessibles, ponctuellement et sur demande !

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