Prise en charge de l’hyperthyroïdie féline par l’alimentation - La Semaine Vétérinaire n° 2038 du 14/06/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2038 du 14/06/2024

Endocrinologie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Claire Marion

Afin de prendre en charge un chat souffrant d’hyperthyroïdie, il est possible d’utiliser une alimentation dédiée, pauvre en iode. Focus sur cette alternative de traitement.

Étiologie et symptômes de l’hyperthyroïdie

L’hyperthyroïdie féline se définit comme un excès de sécrétions d’hormones thyroïdiennes (T3 et T4), produites de façon autonome par la glande thyroïde présentant une tumeur. Il s’agit de la maladie endocrinienne la plus fréquente chez le chat (10 % des chats de plus de 10 ans sont concernés).

Les principaux signes cliniques de cette affection sont un amaigrissement, de la polyphagie, de l’hyperactivité voire de l’agressivité, et l’apparition d’un goître thyroïdien. Lorsque les hormones thyroïdiennes sont sécrétées en excès, elles ont un impact important sur le métabolisme et peuvent entraîner des conséquences sur de multiples organes. Fréquemment, d’autres signes sont donc également observés : polyuro-polydipsie (PUPD), signes cardiovasculaires (tachycardie et souffle cardiaque essentiellement), signes digestifs (vomissements et diarrhées), alopécie traumatique, pelage terne et piqué.

Le diagnostic est aisé dans la grande majorité des cas : à une présentation clinique évocatrice s’associe une thyroxinémie totale (T4) élevée. D’autres anomalies biochimiques ou urinaires sont généralement évocatrices : augmentation des paramètres hépatiques (notamment ALAT et/ou PAL), érythrocytose, baisse des fructosamines et de la densité urinaire, et protéinurie.

Prise en charge

Les traitements les plus fréquemment utilisés sont les anti-thyroïdiens oraux : ils sont efficaces, facilement disponibles et d’un coût modéré. Le retour à un état euthyroïdien prend environ 2 à 4 semaines. Si des effets secondaires modérés sont couramment décrits (prurit cervico-facial, léthargie, signes digestifs), les effets secondaires graves sont rares. Ils ne permettent pas une guérison définitive de la maladie et devront être donnés quotidiennement, à vie, avec un suivi médical sur le long terme.

D’autres traitements sont également disponibles :

– une prise en charge chirurgicale (thyroïdectomie), notamment en l’absence d’affection concomitante et plutôt chez des animaux relativement jeunes. Ce traitement est curatif mais coûteux, et nécessite une hospitalisation ainsi qu'une anesthésie générale.

– la radiothérapie métabolique, qui est curative : il s’agit d’une injection unique avec peu d’effets indésirables. Cette option est néanmoins coûteuse, faiblement disponible en France, et nécessite une hospitalisation longue.

– l’adaptation nutritionnelle, avec un aliment dédié pauvre en iode.

L’alimentation, une solution de traitement alternative

Afin de prendre en charge les chats souffrant d’hyperthyroïdie, l’adaptation nutritionnelle doit se faire avec une alimentation contenant un faible taux d’iode : ceci va limiter la synthèse et la sécrétion d’hormones thyroïdiennes par la glande thyroïde. Le seul aliment vétérinaire disponible actuellement sur le marché pour la gestion de l’hyperthyroïdie féline est le produit y/d du laboratoire Hill’s (disponible en sec et en humide) (voir tableau). Par comparaison, la plupart des aliments physiologiques et diététiques vétérinaires ont un taux d’iode entre 350 et 500 µg/Mcal, soit dix fois supérieur à celui des aliments y/d.

À noter que la réalisation d’une ration ménagère pauvre en iode n’est pas une option à envisager dans ce contexte : en effet, un complément minéral et vitaminé sera nécessaire pour équilibrer la ration, et ceux disponibles sur le marché contiennent tous de l’iode dans des concentrations trop importantes.

Utilisation pratique de l’alimentation pauvre en iode

L’utilisation de l’alimentation pauvre en iode est une option facilement disponible, relativement peu coûteuse et non invasive. Elle permet une normalisation des valeurs de T4 chez environ 75 % des chats hyperthyroïdiens. Selon les études, ce retour à un état euthyroïdien se fait en 4 à 8 semaines (parfois jusqu’à 24 semaines), sans signe d’hypothyroïdie secondaire. L’efficacité de cette option ne semble pas modifiée par l’utilisation passée d’antithyroïdiens oraux.

L’utilisation de l’aliment seul pour gérer l’hyperthyroïdie nécessite de donner cette alimentation de manière exclusive, idéalement sans aucune friandise ni accès à une autre nourriture. À noter que dans une étude1, il n’y a pas eu de différence d’efficacité notée entre des chats d’intérieur stricts et des chats d’extérieur. La prédation, dans une certaine limite, ne semble donc pas influer négativement sur l’efficacité globale du régime pauvre en iode. Attention néanmoins aux apports « cachés » d’iode, qui peut être présent dans certaines spécialités vétérinaires utilisant un colorant alimentaire rouge (la laque d’érythrosine), comme le Synulox ou l’Histacalmine.

Lors de présence de congénères sains dans le même foyer, il semblerait raisonnable de séparer les aliments des différents chats. En effet, les recommandations nutritionnelles en termes d’apport minimal en iode pour un chat sain (de 150 à 350 µg/Mcal selon les différentes directives) sont bien supérieures aux teneurs des aliments pour chats hyperthyroïdiens. Cependant, il est intéressant de noter que dans une étude2 au cours de laquelle des chats sains jeunes adultes ont été nourris pendant deux ans avec un aliment à teneur réduite en iode (croquettes y/d), il n’y a pas eu de modification dans leurs bilans biochimiques, urinaires et échographiques, et ils n’ont pas développé de troubles thyroïdiens secondaires.

Concernant l’appétence pour ces aliments, variable selon les études, il est recommandé de faire une transition très progressive, d’au moins une semaine et jusqu’à 15-20 jours pour en faciliter l’acceptation. Si le chat est déjà sous traitement oral, la dose d’antithyroïdien sera divisée par 2 lors de l’introduction de l’aliment, puis celui-ci sera totalement supprimé lorsque le chat sera nourri exclusivement au y/d au bout de 1 à 2 semaines.

Les chats hyperthyroïdiens étant des chats âgés, il est fréquent qu’ils souffrent en parallèle de maladie rénale chronique (MRC), pour laquelle il convient notamment d’être vigilant sur le taux de phosphore de l’aliment. Dans ce cas, il reste possible d’utiliser les aliments y/d : les croquettes sont adaptées aux stades précoces de MRC et les pâtées le sont également aux stades avancés.

La résolution clinique par l’utilisation de l’aliment en tant que traitement de l’hyperthyroïdie serait néanmoins incomplète : non augmentation du poids, persistance des symptômes cardiaques et notamment de la tachycardie, valeurs rénales restant élevées. De plus, le contrôle de la thyroxinémie ne pourra pas être modulé de la même façon qu’avec un traitement par voie orale, où le dosage peut être ajusté en fonction des résultats d’analyse.

La recommandation concernant l’utilisation de cet aliment est donc d’y avoir recours dans des cas précis :

– en cas d’hyperthyroïdie modérée. 

 – si les propriétaires refusent les autres modalités thérapeutiques.

 – en cas de contre-indication des traitements curatifs (chirurgie, radiothérapie).

– lors de défaut d’observance ou d’effets secondaires des traitements antithyroïdiens oraux.

À noter que l’utilisation concomitante d’antithyroïdiens oraux et d’une alimentation réduite en iode n’est pas recommandée.

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