Dexmédétomidine par voie orale : une solution émétique d’urgence chez le chat - La Semaine Vétérinaire n° 2038 du 14/06/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2038 du 14/06/2024

Toxicologie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Anne-Claire Gagnon

Même si les chats mangent moins de corps étrangers que les chiens, ils sont susceptibles de s’intoxiquer avec des aliments, des médicaments ou des fleurs. Et leur capacité à vomir en expulsant le contenu de leur estomac est moindre que celle des chiens (respectivement 43 à 75 % contre 90 %). Une étude* publiée dans le Journal of Feline Medicine and Surgery montre l’intérêt de la dexmédétomidine par voie orale dans cette indication.

Suspicion d’ingestion récente de toxiques

Des cliniciens du département des sciences cliniques animales de Gainesville (Floride, États-Unis) ont conduit une étude prospective entre mars et août 2023 sur 6 chats mâles, âgés de 14 semaines à 5 ans (médiane à 1 an), présentés aux urgences pour suspicion d’ingestion de pétales de lys (pour 2 chats d’un même foyer), ingestion confirmée d’oignons pour 3 autres (sauce tomate à la viande avec oignons revenus) et administration par un voisin croyant bien faire d’un comprimé d’aspirine et de paracétamol à un chat gravement accidenté sur la voie publique.

Vomissement efficace et rapide

Aucun des chats n’était atteint d’une maladie cardiaque connue. Tous ont été pesés, examinés avec soin et ont reçu par voie orale, sans effort de contention, un volume médian de 0,18 ml (de 0,09 à 0,24 ml) de dexmédétomidine correspondant à une dose de 20 µ/kg. La dose a été choisie à partir des données déjà publiées pour le gel de dexmédétomidine par voie transmucosale. Le temps entre l’ingestion présumée et l’induction du vomissement est de 0,5 à 3 heures (médiane à 1 heure). L’expulsion du contenu stomacal a été unique et efficace pour 5 des 6 chats (83 %) et est survenue 12, 20 et 20 min après l’administration, pour les 3 chats dont on disposait de l’information. La sédation a été de modérée à importante.

C’est le seul effet indésirable noté (qui a été utile aux cliniciens pour réaliser les prélèvements, la mise sous perfusion…). Le contenu expulsé contenait des pétales de lys avec de l’aliment pour 1 des deux chats suspects), des oignons pour 2 des 3 chats suspects et aucun comprimé pour celui ayant reçu de l’aspirine et du paracétamol.

Bonne récupération 

Les chats ont été hospitalisés 48 à 72 heures selon leur état général. Celui des 3 chats suspects d’avoir ingéré des oignons et n’ayant pas vomi a présenté des modifications de forme des hématies (acanthocytes et échinocytes), justifiant le recours à de la N-acétylcystéine. Le chat accidenté ayant reçu l’aspirine et le paracétamol a présenté, malgré le vomissement, un taux de méthémoglobline à 13,7 % et a dû être euthanasié en raison des contraintes financières de ses propriétaires pour la prise en charge de ses nombreuses fractures. Tous les chats ont été antisédatés avec de l’atipamézole (0,2 mg/kg par voie intramusculaire) dans un délai de 58 à 71 min (médiane à 68 min).

Des études ultérieures doivent être réalisées sur un plus grand échantillon, mais d’ores et déjà, les résultats sont encourageants pour l’utilisation de la dexmédétomidine par cette voie puisqu’elle est disponible dans toutes les cliniques vétérinaires du monde (contrairement au gel de dexmédétomidine).

  • * Maxwell KM, Odunayo A, Wissel C, Use of orally administered dexmedetomidine to induce emesis in cats, Journal of Feline Medicine and Surgery, 2024, 26(5). DOI : 10.1177/1098612X241248980. https://urlz.fr/qWeF 
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