Le point sur les recommandations vaccinales de la WSAVA - La Semaine Vétérinaire n° 2037 du 07/06/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2037 du 07/06/2024

Médecine préventive

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Séverine Boullier, professeure d’immunologie à l’ENVT

La World Small Animal Veterinary Association a émis un guide de recommandations destiné à tous les vétérinaires dans le monde. Consacré à la vaccination, il préconise notamment l’inclusion en valence essentielle du vaccin contre la leptospirose chez le chien et de celui contre la leucose chez le chat, sous certaines conditions. Explications.

La World Small Animal Veterinary Association (WSAVA) a mis à jour au printemps 2024 ses directives relatives à la vaccination des carnivores domestiques (chiens et chats)1 –  les précédentes avaient été publiées en janvier 2016. La classification des vaccins en valences essentielles (core vaccines) et valences optionnelles (non-core vaccines) est maintenue. Pour les deux espèces, les valences essentielles concernent tous les animaux quel que soit leur mode de vie.

Cet article présente un résumé des principales évolutions par rapport aux recommandations précédentes. Il est important de noter qu’il s’agit de recommandations, qui peuvent être adaptées par les vétérinaires en fonction des circonstances et des données scientifiques disponibles. Une partie  d’entre elles est basée sur des données issues de publications, d’autres sont des avis d’experts, sans données pour les étayer.

Les principales recommandations pour le chien

Les valences essentielles 

La WSAVA préconise désormais l’inclusion de la vaccination contre la leptospirose comme valence essentielle pour le chien dans les pays où la maladie est endémique. Cette vaccination était précédemment fortement recommandée en fonction des données épidémiologiques de chaque pays. En France, les praticiens l’avaient anticipée, comme le montre un taux de couverture vaccinale contre la leptospirose équivalent à celui du vaccin contre la maladie de Carré, l’hépatite de Rubarth et la parvovirose (CHP) (selon les données de l’observatoire national du SIMV). Il reste donc à prévoir pour l’Hexagone un protocole vaccinal adapté pour les valences CHP et la leptospirose pour tous les chiens quel que soit leur mode de vie.

La primovaccination et l’interférence des anticorps d’origine maternelle

Les anticorps d’origine maternelle (AOM) restent la principale cause d’échec de la vaccination par les vaccins vivants atténués (CHP chez le chien). La vaccination contre le virus de la CHP doit commencer le plus tôt possible, généralement à 8 semaines, voire plus tôt si les risques infectieux sont importants. La dernière injection doit avoir lieu à 16 semaines d’âge ou après.

Pour la suite du protocole de vaccination, la WSAVA recommande de réaliser la première injection de rappel à l’âge de 6 mois. Dans les recommandations précédentes, le premier rappel était conseillé entre 26 et 52 semaines. Il n’existe pas de données publiées qui montrent la persistance d’un risque d’interférence à 16 semaines et les experts de la WSAVA estiment que le risque d’avoir un chien ayant reçu un protocole complet – avec une dernière injection réalisée à 4 mois –, qui ne répond pas à la vaccination à cause des AOM est très faible. Une alternative proposée par la WSAVA est de vérifier le statut vaccinal des chiots à 6 mois en utilisant un test rapide de détection des anticorps, même si les experts indiquent que ces tests ne sont pas forcément fiables et que leur interprétation est parfois compliquée.

Au vu de ces éléments, proposer une première revaccination à 6 mois d’âge ou un test sérologique ne semble pas justifié. Il est en revanche prioritaire de bien s’assurer que le chiot aura reçu une injection vaccinale CHP à 16 semaines ou au-delà. Cette injection reste indispensable pour lui assurer une protection pendant sa première année de vie. Le premier rappel peut avoir lieu à 1 an d’âge.

Quelle que soit la date du premier rappel choisie, la WSAVA insiste sur l’importance d’une consultation à 1 an pour un bilan de santé.

Les durées d’immunité des valences essentielles

Il n’existe pas de nouvelles données concernant les durées d’immunité des vaccins. Les recommandations en matière de fréquence de rappels n’ont donc pas changé.

Après la fin du protocole de primovaccination (injection jusqu’à 4 mois) puis le premier rappel (6 mois ou 1 an d’âge), les vaccins CHP nécessitent des rappels tous les trois ans.

Les vaccins contre la leptospirose nécessitent toujours des rappels annuels. Compte tenu du mode d’action de ces vaccins, le premier rappel doit être réalisé à 1 an d’âge et pas à 6 mois.

La rage

La vaccination contre la rage doit être envisagée selon la réglementation en vigueur dans chaque pays et en fonction du risque de contamination. En France, même si le territoire est considéré indemne de la rage terrestre, des animaux enragés sont régulièrement importés illégalement sur le territoire. La vaccination est la seule façon de prévenir efficacement l’infection. Elle doit être proposée même pour des animaux qui ne voyagent pas.

Les principales recommandations pour le chat

Les valences essentielles

Pour le chat, les vaccins contre le typhus (parvovirus félin, FPV) et le coryza (Herpèsvirus, HVF, et calicivirus félins, FCV) restent des valences essentielles.

La nouveauté est le passage en valence essentielle du vaccin contre la leucose (FeLV) pour tous les chats de moins de 1 an quel que soit leur mode de vie, si la prévalence de l’infection est importante dans le pays concerné.

Les dernières données épidémiologiques disponibles pour la France indiquent une prévalence d’infection faible (1 % de chats virémiques)2.

On peut donc considérer qu’en France métropolitaine, la vaccination contre la leucose est nécessaire pour les chats ayant des contacts avec des congénères mais pas pour les chats vivant en intérieur strict.

La primovaccination et l’interférence des AOM

Comme pour les vaccins vivants utilisés chez le chien, le risque d’interférence avec les AOM est possible chez le chat jusqu’à 16 semaines. Le protocole de primovaccination classique consiste en 3 injections à 8, 12 et 16 semaines.

Pour la suite du protocole, la WSAVA émet les mêmes recommandations que pour le chien et conseille un premier rappel à 6 mois d’âge au lieu de 1 an pour les valences typhus-coryza.

Aucune donnée ne permet de justifier un premier rappel à 6 mois avec les vaccins coryza. Pour la vaccination contre le typhus, les recommandations se basent uniquement sur une étude3 incluant un nombre réduit de chats. Il faut noter que dans cette étude, certains chats n’ont pas répondu à la vaccination malgré l’absence d’AOM détectables.

Il semble donc peu justifié de recommander un premier rappel à 6 mois uniquement sur la base des résultats de cette étude. En revanche, systématiser une dernière injection à 16 semaines d’âge est indispensable, comme ce qui est recommandé pour le chien.

La consultation à 1 an pour bilan de santé reste nécessaire pour tous les chats.

Pour les vaccins contre la leucose, il n’y a pas de changement concernant le protocole de primovaccination : 2 injections à 3-4 semaines sont nécessaires en primovaccination, quel que soit l’âge de l’animal. Il n’existe pas d’interférence avec les AOM. Le premier rappel doit se faire un an après la primovaccination ou à 1 an d’âge, selon l’âge de la primovaccination.

La durée d’immunité 

Comme pour les vaccins contre les parvovirus canins, la protection acquise contre le typhus est longue et les rappels sont recommandés tous les trois ans, quel que soit le mode de vie du chat.

Concernant les vaccins contre l’HVF et le FCV, la WSAVA rappelle que leur efficacité est moindre comparativement à celle des vaccins contre le FPV. Des situations de stress peuvent provoquer une sortie de latence et une reprise de la réplication de l’HVF et compte tenu de la variabilité des souches FCV circulantes, les vaccins FCV ne confèrent pas une protection à 100 %.

La WSAVA recommande donc de vacciner tous les ans les chats ayant des contacts avec d’autres chats ainsi que ceux amenés à rencontrer des situations stressantes pouvant diminuer leur immunité, quel que soit le vaccin utilisé.

Pour les vaccins contre la leucose, la WSAVA insiste sur le risque de contamination par morsure et conseille de maintenir des rappels annuels durant toute la vie du chat tant qu’il est exposé à un risque de contamination même si certains vaccins revendiquent une durée d’immunité de trois ans. La WSAVA ne présente pas d’arguments scientifiques pour expliquer sa recommandation de ne pas suivre les données des résumés et caractéristiques du produit (RCP). En l’absence de justification, il est donc tout à fait possible de réaliser les rappels avec des intervalles de un ou trois ans, en respectant les vaccins utilisés.

La WSAVA rappelle également que les vaccins ne sont pas efficaces sur des chats déjà infectés et virémiques. Il faut donc tester les chats avant de les vacciner si ceux-ci ont un passé « à risque » ou inconnu.

De façon générale, il reste en France un gros travail à effectuer auprès des propriétaires de chats concernant l’importance de la vaccination, puisque seuls 40 % des chats médicalisés sont correctement vaccinés (données SIMV).

La vaccination des animaux de refuge

Le groupe d’experts a également mis à jour les recommandations concernant la vaccination des animaux hébergés en refuge.

Le premier point mis en avant est que la vaccination doit être envisagée au niveau collectif (dans l’objectif de protéger aussi les autres) et pas seulement au niveau individuel. Le deuxième point est qu’il est admis que l’efficacité vaccinale globale sera inférieure pour ces animaux par rapport à des animaux de propriétaires (risques infectieux majorés, densité de population, stress…).

Les protocoles vaccinaux doivent donc suivre trois principes :

– Vacciner tous les animaux dès leur jour d’arrivée dans le refuge.

– Utiliser des vaccins qui induisent une immunité rapide (privilégier les vaccins vivants quand ils sont disponibles).

– Pour les jeunes, commencer le plus tôt possible, à partir de 4 semaines d’âge, et répéter les injections toutes les 2 à 3 semaines jusqu’à la disparition des AOM.

La réémergence récente de la maladie de Carré dans le sud-ouest de la France illustre parfaitement l’importance de maintenir une couverture vaccinale large et la difficulté de bien vacciner des animaux vivant dans des structures d’accueil.

En plus des valences essentielles, la WSAVA recommande d’inclure systématiquement la vaccination contre la toux de chenil chez le chien. Les experts préconisent l’utilisation de vaccins qui confèrent la protection la plus rapide, c’est-à-dire ceux par voie muqueuse. Pour les très jeunes animaux, certains vaccins par voie intranasale peuvent être utilisés dès 3 semaines d’âge, même chez des chiots ayant des AOM.

Pour la gestion du risque infectieux lié au FeLV, la WSAVA recommande de tester les chats dès leur arrivée avec un test rapide (détection de la p27) et d’isoler ceux ayant un test positif.

La WSAVA considère que la vaccination contre la leucose n’est pas essentielle. Elle est recommandée uniquement pour les chats hébergés en groupe pendant des durées longues. Compte tenu des modes de transmission du virus, la vaccination contre la leucose des chats de refuge semble pourtant nécessaire. Quand les structures ont les moyens financiers, il est préférable de vacciner les animaux contre la leucose, dès leur arrivée, (y compris ?) les animaux ayant un test négatif. Le protocole vaccinal est le protocole classique, avec 2 injections pour la primovaccination, possible à partir de 8 à 9 semaines d’âge, puis un premier rappel à l'âge de 1 an.

La vaccination contre Chlamydia felis n’est recommandée que si la bactérie a déjà été identifiée dans la structure.

  • *Squires R.A.et al, 2024 guidelines for the vaccination of dogs and cats compiled by the Vaccination Guidelines Group (VGG) of the World Small Animal Veterinary Association (WSAVA). Journal of Small Animal Practice, 2024.
  • **Studer N. et al, Pan-European Study on the Prevalence of the Feline Leukaemia Virus Infection Reported by the European Advisory Board on Cat Diseases (ABCD Europe). Viruses 2019, 11, 993; doi:10.3390/v11110993
  • ***Jakel et al. Vaccination against Feline Panleukopenia: implications from a field study in kittens; BMC Veterinary Research, 2012, 8:62 
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