Les journées nationales des GTV s'attachent à relever les défis de l'exercice rural - La Semaine Vétérinaire n° 2036 du 31/05/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2036 du 31/05/2024

Exercice rural

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Par Ségolène Minster, Tanit Halfon, Marine Neveux

La dernière édition des journées nationales des groupements techniques vétérinaire (JNGTV) s’est déroulée du 15 au 17 mai au Palais des congrès de Tours. Cette nouvelle édition a réuni de nombreux étudiants et jeunes praticiens. Panorama des actualités de la profession.

Favoriser la présence des jeunes pour qu’ils prennent l’habitude de participer régulièrement aux JNGTV est un objectif affiché par Stéphanie Philizot, la nouvelle présidente. En effet, 197 étudiants des 5 ENV françaises et roumaines étaient présents, ainsi que 69 jeunes praticiens, pour certains invités gracieusement s’ils accompagnaient un collaborateur praticien. Les jeunes vétérinaires représentaient plus de la moitié des 584 congressistes. Le congrès offrait l’accès à 132 conférences animées par 112 conférenciers.

Attirer les vétérinaires dans les territoires, un enjeu important

Parmi les 41 stands de l’exposition figurait une nouveauté : le département de l’Aveyron se tenait à la disposition des vétérinaires, pour présenter l’attractivité du département et les aides à l’installation. Classé en « zone France ruralité revitalisation », le département offre des exonérations fiscales et sociales aux praticiens qui souhaitent créer ou reprendre une clinique. Des aides sont aussi accordées pour l’accueil de stagiaires tutorés et aux stagiaires eux-mêmes. Plus globalement, des aides pour trouver un logement, une garde d’enfant ou un emploi pour le conjoint accompagnant sont proposés. Toutes les informations nécessaires aux candidats à l’installation sont dispensées par l’agence Aveyron attractivité tourisme.

Anticiper la révision de la réglementation bien-être animal

Actualité oblige, une session du congrès était consacrée à la thématique du bien-être des animaux d’élevage. En effet, la révision de la réglementation bien-être animal (BEA) est en cours, dans le cadre de la stratégie Farm to Fork, adoptée en 2021 par le Parlement européen, qui vise à construire une alimentation plus saine et durable. Comme l’a expliqué Luc Mounier, professeur responsable de la chaire BEA à VetAgro Sup, cette révision va intégrer une élimination progressive puis une interdiction des systèmes de cages en élevage pour toutes les espèces. « A priori, même les reproducteurs en volailles devraient ne plus être élevés en cage », a-t-il précisé. Il y a aussi des mesures visant à réduire la surconsommation de viande : « C’est la première fois qu’on parle de surconsommation de viande dans une stratégie européenne. Actuellement, nous en sommes à une consommation 85 kg eq carcasse par Français. Certains préconisent de descendre à 20 kg, c’est à peu près ce qu’on mangeait en 1945. » Théoriquement, un examen des propositions législatives aurait dû être effectué courant 2024 par le Parlement et le Conseil, afin d’aboutir aux actes délégués et d’exécution. Mais entre les manifestations des agriculteurs, les élections européennes, la guerre en Ukraine, l’inflation… le processus s’est grippé. « En coulisses, il se dit que la situation ne va pas être débloquée avant 2025-2026. De toute façon, à mon sens, il n’y aura pas de retour en arrière : les avis de l’Efsa sont faits, tout comme les études d’impact. Les attentes sociétales sont là… En tant que vétérinaires, on doit l’anticiper pour accompagner les acteurs. Pour moi, cette hausse des contraintes pourrait être une chance pour l’élevage européen, car tout le monde parle de clauses miroirs. »

Le vétérinaire, un data scientist

La journée de la session mondiale de buiatrie a retenu l’attention des congressistes, faisant salle comble, avec des intervenants internationaux. Les défis pour optimiser la reproduction des vaches laitières sont multiples. Les saisons plus chaudes pourraient impacter la condition physique des animaux. En outre, comme l’a expliqué Geert Opsomer (Faculté vétérinaire de l’université de Gent, Belgique), le vétérinaire de demain, et déjà d’aujourd’hui, a une approche collective des troupeaux, il doit aussi maîtriser de plus en plus l’analyse des données de l’élevage et se positionner en analyste des "data".

« Chaque vétérinaire, praticien ou étudiant, peut venir travailler un thème qui l’intéresse, grâce aux nombreux parcours de conférences proposés. »

Entretien de Stéphanie Philizot, présidente de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires.

Propos recueillis par Ségolène Minster

Le titre de l’édition 2024 des journées nationales est « Actualités en santé animale » : comment a-t-il été choisi ?

Autrefois, un thème majeur était choisi (nutrition, reproduction, par exemple), ce qui pouvait dissuader certains vétérinaires. Ce titre, choisi par le comité scientifique, appuyé par les commissions techniques, reflète les nombreux thèmes d’actualité et d’intérêt présentés au cours de ces trois journées. Chaque vétérinaire, praticien, ou étudiant, peut venir travailler un thème qui l’intéresse, grâce aux nombreux parcours de conférences proposés.

Ce congrès propose des « world buiatric sessions », huit conférences en anglais, dispensées par des experts internationaux. Qu’est-ce-qui a motivé cette proposition ?

Depuis trois ans, la SNGTV a monté un groupe buiatrie et elle est depuis l’an dernier membre de l’Association mondiale de buiatrie (WAB). Au sein de la SNGTV, un collège de buiatrie, composé de membres diplômés de l’ECBHM*, élabore ce programme, choisissant les sujets et les experts au vu de leurs connaissances. Ces sessions rencontrent un vif succès. L’an dernier, elles ont été suivies par 80 congressistes, ce qui est très satisfaisant.

La SNGTV organise le congrès européen de buiatrie en 2025, qui sera couplé aux JNGTV. Comment cela va-t-il se passer ?

Le programme du congrès européen sera superposé aux JNGTV. L’intérêt est de faire rayonner le savoir-faire des vétérinaires français en Europe et, pour les vétérinaires français, de bénéficier d’un niveau scientifique important, grâce à l’apport de conférenciers internationaux. Pour composer le programme de ce congrès européen, un appel à communications est ouvert aux praticiens et aux scientifiques, qui peuvent proposer d’animer une conférence. Un comité scientifique dédié composé de six membres français et de trois membres européens de l’association européenne de buiatrie va sélectionner les conférences qui constitueront le programme du congrès. Par ailleurs, la SNGTV va porter sa candidature en 2026 pour organiser le congrès mondial de buiatrie en 2030.

En tant que nouvelle présidente de la SNGTV, quels sont vos projets pour l’association ?

Depuis deux ans, l’association a recensé tous ses besoins pour définir un plan stratégique. Ma volonté est de mettre l’association sur les rails de celui-ci, avec notamment :

La réforme interne de l’association intégrant l’organisation des ressources humaines, la digitalisation et la professionnalisation de notre gestion de projets. En effet, l’association s’est développée et nous menons chaque année 100 à 200 projets de front ! Pour ce faire, nous pouvons compter sur six permanents, le comité directeur, le conseil d’administration et 200 membres de commissions techniques. Nous travaillons bien entendu en synergie avec les GTV ;

Adapter l’offre de formation : Bertrand Roumegous recense en ce moment les attentes et besoins de nos partenaires (groupes de vétérinaires, GIE, chaînes de cliniques,…) ;

Maintenir notre capacité de représentation, pour rester complètement indépendants, porter une action autonome et choisir les sujets sur lesquels nous nous engageons. Les instances auprès desquelles l’association s’engage sont multiples : ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, direction générale de l’alimentation, plateforme ESA, RFSA, instituts techniques, OPA, OPV...

En conclusion, dans la continuité, mon souhait est de mieux organiser l’association pour la rendre plus efficiente et en capacité de porter les nombreux projets techniques conduits par nos commissions au service des praticiens. Je souhaite également que cette association reste le bien commun de l’ensemble des vétérinaires en productions animales pour une formation et une représentation techniques indépendantes.

Comment la SNGTV s’implique dans la réforme de la gouvernance sanitaire, notamment l’élaboration des PSICs ?

La SNGTV souhaite s’impliquer, aux côtés des professionnels agricoles, dans le développement des programmes sanitaires d’intérêt collectif (PSIC).  Nous souhaitons pour ces PSICs un modèle de gestion collectif dans le cadre de l’AFSE, comme pour l’IBR par exemple, avec la volonté d’élaborer des PSICs les plus performants possibles, c’est-à-dire efficaces et économiquement soutenables. L’objectif est que ces plans ne soient pas un poids pour les éleveurs, et que le politique ne soit pas prééminent sur le sanitaire.

Qu’en est-il des travaux sur le maillage, la révision des missions et de la rémunération des vétérinaires sanitaires ?

La SNGTV a contribué aux travaux concernant le maillage vétérinaire depuis plusieurs années et souhaite être auprès des organisations professionnelles vétérinaires (OPV) et agricoles (OPA) pour trouver des solutions locales au cas par cas. Un comité de pilotage national collecte les remontées de terrain et va rédiger un bilan annuel, s’appuyant sur des cellules opérationnelles territoriales. Dans ce cadre, les 13 GTV régionaux reconnus comme organisations vétérinaires à vocation technique (OVVT) mettent à jour régulièrement la liste des zones à risque qui sont de deux ordres, les zones avec une inadéquation de l’offre vétérinaire par rapport à la clientèle (trop ou pas assez), et les zones ayant déjà atteint un stade « critique » (absence de vétérinaires localement entraînant un déficit de  suivi sanitaire des élevages, des difficultés de réalisation des prophylaxies). L’objectif, en concertation avec tous les acteurs, est d’anticiper les difficultés avant que les situations ne deviennent « irréversibles ».

Une piste de réponse aux problématiques du maillage est le travail sur les missions et la rémunération des vétérinaires sanitaires. Nous sommes en attente des synthèses des réflexions menées par la DGAL. Nous soutenons le principe d’une rémunération forfaitaire mensuelle de l’habilitation sanitaire, qui permette de maintenir une permanence de présence et de disponibilité des vétérinaires pour faire face aux crises sanitaires récurrentes, et d’assumer les grandes campagnes (de prélèvements, de vaccination, …). Une contractualisation tripartite des vétérinaires avec l’État et avec les éleveurs serait souhaitable. La France est un modèle pour le sanitaire et doit avoir les moyens de le rester, car cela bénéficie à toute la société.

Est-ce que la SNGTV va engager des actions en faveur de la transformation écologique des activités des vétérinaires ruraux ?  

Ce sujet fait partie de nos axes prospectifs. La SNGTV a besoin d’investir le sujet de l’agroécologie et de déterminer comment le vétérinaire peut accompagner les éleveurs dans la transition agroécologique, puis comment transformer cette analyse en actes de formations à destination des vétérinaires, comme cela a été fait auparavant pour les sujets émergents tels que le bien-être animal, les abeilles et la biosécurité.

Lors de cette édition des JNGTV, une session de formation était consacrée aux médecines complémentaires (ostéopathie, phytoaromathérapie, réseau RéPaas…).

Autre domaine d’analyse : l’impact de nos prescriptions. Les plans « écoantibio » ont déjà connu un succès sur la révision des méthodes de prescription. Un plan éco-parasito sur le même principe serait souhaitable. La SNGTV souhaite également organiser une conférence de consensus sur la gestion des strongles digestifs des bovins, pour élaborer des bonnes pratiques de traitement.

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