Le groupe Mon Veto ambitionne de créer un réseau national de structures d’urgence - La Semaine Vétérinaire n° 2036 du 31/05/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2036 du 31/05/2024

Gardes

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Mylène Panizo

Le groupe souhaite professionnaliser la prise en charge des consultations en dehors des heures d’ouverture des cliniques référentes et pallier la difficulté pour certaines d’entre elles à assurer leurs permanences et la continuité des soins.

« Adieu la garde, bienvenue aux urgences ! », ce slogan illustre bien l’ambition du groupe Mon Véto de professionnaliser les urgences, en développant, sur l’ensemble du territoire, des structures entièrement dédiées à celles-ci en dehors des heures d’ouverture classiques des cliniques. Le groupe a tenu une conférence de presse le 16 mai dernier à Paris sur ce thème. L’occasion de revenir sur leurs objectifs en la matière : offrir une solution pour la permanence et la continuité de soins (PCS) pour les confrères de proximité, apporter à leurs patients des services d’urgence de haute qualité et faciliter le parcours de soins pour les propriétaires.

Intégration de Vet-Urgentys et de Vétérinaires 2 Toute Urgence

Le groupe Mon Véto a acquis en 2023 Vet-Urgentys, première structure exclusivement dédiée aux urgences en France, ouverte en 2004 à Toulouse par Maxence de Jouvencel (T 99). Cette intégration au réseau de cliniques Mon Véto a permis d’ouvrir un deuxième site toulousain en 2023. Convaincu de l’avenir de ce type de structures, le groupe a acquis, en avril dernier, Vétérinaires 2 Toute Urgence (V2TU). Fort de vingt-deux années d’expérience, V2TU possède actuellement huit structures (Marseille, Aix-en-Provence, Toulon, Montpellier, Lyon, L’Isle-Adam, Rennes, et Saint-Etienne). V2TU voit dans leur intégration à Mon Véto une opportunité de disposer de moyens importants, pour accroître rapidement leur développement sur l’ensemble de la France. En effet, l’objectif est d’ouvrir six nouveaux sites, autour de grandes agglomérations, dans les quinze prochains mois.

Du côté du groupe (275 cliniques réparties sur l’ensemble du territoire national et 4 en Belgique), l’acquisition de Vet-Urgentys et de V2TU permet de concrétiser leur stratégie dans le secteur des urgences. David Beciani (Liège 04), président de Mon Véto, déclare à propos de l’acquisition de V2TU : « Ce rapprochement autour de valeurs communes va nous permettre de poursuivre notre engagement dans le secteur des urgences vétérinaires, initié depuis 2020 par l’ouverture de Normandia en périphérie de Rouen et renforcé l’année dernière avec l’arrivée de deux sites de Vet-Urgentys à Toulouse et de Urgences Vétérinaires Côte Basque (UVCB) à Biarritz. »

Apporter une solution à la problématique de la PCS

L’ambition du groupe est de remplacer les tours de garde qui pèsent lourdement sur une grande partie des vétérinaires de jour (qu’ils fassent partie du groupe Mon Véto ou non), en facilitant l’accessibilité à des services d’urgence. La demande est forte de la part des confrères, mais aussi des propriétaires qui souhaitent une qualité de soins équivalente de jour comme de nuit.

Actuellement, V2TU assure la PCS (non financiarisée, c’est-à-dire sans contrat payant avec les structures qui réfèrent leurs gardes) de plus de 1 600 cabinets et cliniques vétérinaires. Christophe Chaput (T 01, coassocié de V2TU) déclare à propos de l’intégration à Mon Véto : « Nous nous rejoignons autour d’une culture d’entreprise similaire et d’un projet commun. Ensemble, nous profitons de la synergie de chacun afin d’améliorer l’offre de permanence et de continuité de soins au sein de la profession. »

Les structures de Vet-Urgentys et de V2TU, qui conservent leur identité propre, ne se superposent ni à l’activité (exercice exclusif en urgence) ni aux horaires des cliniques de proximité, ce qui garantit l’absence de détournement de clientèle et la non-concurrence. En effet, elles sont ouvertes uniquement en soirée, la nuit, les week-ends et les jours fériés. Certaines cliniques peuvent poursuivre les soins aux animaux hospitalisés la journée si le vétérinaire traitant le souhaite, mais la clinique reste fermée au public.

La confraternité est une valeur fondamentale pour le groupe. Chaque vétérinaire traitant consigne par écrit ses directives pour le suivi de sa clientèle. Un compte-rendu détaillé est systématiquement envoyé au propriétaire et au vétérinaire référant. Une charte d’engagement éthique a été créée par V2TU.

Trois modèles économiques existent au sein du groupe V2TU : une structure dédiée aux urgences ouverte en dehors des horaires habituels des confrères, une structure intégrée au sein d’un centre hospitalier, et une structure 100 % intégrée utilisant les mêmes locaux que les partenaires de jour.

Professionnaliser les urgences

Vet-Urgentys et V2TU ont toujours eu comme objectif de révolutionner qualitativement la prise en charge des animaux en dehors des horaires habituels. L’idée est de ne plus subir la garde ; cette dernière étant souvent assumée par des jeunes praticiens, voire des étudiants, qui se retrouvent seuls la plupart du temps. Les vétérinaires exerçant au sein des structures spécifiques sont exclusivement dédiés à cette activité, ce qui leur permet de développer une expertise. Ce ne sont pas des vétérinaires de garde mais bien des urgentistes, qui en font un métier à part entière.

Assumer un tel service impose des locaux adaptés permettant une prise en charge optimale des patients : surface importante (entre 350 à 500 m2 par clinique), plateau technique complet et présence sur place d’une équipe qualifiée (plusieurs vétérinaires et ASV par créneau). Les locaux permettent de répondre aux spécificités des urgences. Par exemple, un réseau à oxygène est implanté dans l’ensemble de la clinique (zones d’imagerie comprises) et une zone dédiée au patient polytraumatisé (crash zone) a été créée. Les protocoles de prise en charge sont mis à jour régulièrement, suivant les consensus scientifiques. Ils sont pragmatiques et efficaces et permettent d’aller aussi loin que possible dans le diagnostic et le traitement.

La force du travail en équipe

Le travail en équipe est la clé de la réussite du modèle. Une prise en charge optimale d’un patient en état d’urgence nécessite des moyens humains importants et une collaboration entre les membres de l’équipe. La coopération permet de créer un environnement de travail serein, en particulier pour les jeunes recrues, qui ne sont jamais isolées. Elles sont épaulées par leurs collègues et notamment par un senior, toujours présent sur place. Les cas sont abordés de façon collégiale, ce qui permet de progresser rapidement. Laure Laruelle (Valence, Espagne, 2021), praticienne à V2TU d’Aix-en-Provence, témoigne de la montée en compétences rapide dans ce contexte particulier : « Au bout de six mois, je n’avais plus peur de rien grâce au “système V2TU”. La possibilité de se référer à un senior, le partage, la bonne humeur, et la qualité des formations m’ont permis de gagner rapidement en confiance. »

La cohésion et l’esprit d’entraide permettent d’affronter les difficultés médicales, chirurgicales et humaines. Le bien-être de chacun passe par le soutien du groupe. V2TU est fier d’avoir obtenu le label Happy@Work depuis 2018 et insiste sur la qualité de vie au travail de ses collaborateurs, en particulier sur l’importance de la déconnexion.

Qu'il s'agisse des salariés (environ les 2/3 des effectifs de V2TU) ou des collaborateurs libéraux, leur recrutement ne semble pas plus difficile que pour les vétérinaires de jour, malgré les contraintes des horaires de travail. Plusieurs témoignages font ressortir l’attrait pour la polyvalence du métier de vétérinaire urgentiste, le sens donné à leur travail, l’esprit de famille, l’évolution de carrière rapide, et l’équilibre de vie rendu possible par un planning flexible (sous réserve que l’organisme s’adapte à un rythme chronobiologique inversé).

Selon V2TU, les impayés et les incivilités ne sont pas plus fréquents que dans les cliniques de jour, grâce notamment au travail de la téléphonie en amont et de la formation des équipes.

Ce modèle est-il donc la réponse tant attendue à la problématique de la PCS dans la profession ? C’est l’une des solutions certainement, mais elle n’est pas applicable partout, comme l’indique le cabinet de conseils Phylum. Ce modèle est en effet économiquement validé pour les grandes agglomérations, qui regroupent une majorité de la patientèle, mais semble moins viable pour les zones urbaines à faible densité. 

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