L’impact environnemental des antiparasitaires : un aspect qui devient incontournable - La Semaine Vétérinaire n° 2036 du 31/05/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2036 du 31/05/2024

Écotoxicité

PHARMACIE

Auteur(s) : Par Sarah André

De plus en plus de vétérinaires se préoccupent de l’impact environnemental des produits vétérinaires, y compris de celui des antiparasitaires. Quel est l’état des lieux de la situation chez les animaux de compagnie ? Quels sont les enjeux à venir ?

L’exposition environnementale liée à l’utilisation d’antiparasitaires chez les animaux de compagnie est supposée faible, comme l’a rappelé Benoît Courty, le chef de l’unité d’expertise à l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV)1. Lorsqu’un dossier d’autorisation de mise sur le marché (AMM) est déposé auprès de l’Anses-ANMV, l’écotoxicité figure dans la partie III (« sécurité »). La réglementation en vigueur2 impose une évaluation des risques environnementaux pour toute demande d’AMM. Cette évaluation comporte une phase I, obligatoire, et une phase II, facultative (voir encadré). Or, dans le cas des médicaments destinés aux animaux de compagnie, l’évaluation s’arrête en phase I, étant établi que l’impact environnemental est négligeable du fait d’un usage individuel et donc d’une quantité moindre administrée, par opposition aux médicaments destinés aux animaux de rente qui entrent dans la phase II.

Des directives qui ont plus de vingt ans

Le postulat du Veterinary International Conference on Harmonization (VICH)3 selon lequel l’exposition environnementale aux antiparasitaires est considérée comme négligeable devrait être révisé, de l’avis de plusieurs experts. En effet, ces directives étant entrées en vigueur en l’an 2000, plusieurs publications scientifiques ont depuis mis en lumière de possibles risques environnementaux avec l’usage d’antiparasitaires.
Ainsi, un premier document, fruit d’un groupe de travail européen appelé Environmental Risk Assessment Working Party (ERAWP), a été réalisé en 20214. Il dresse un état des lieux de la situation actuelle au regard de l’utilisation des antiparasitaires chez les animaux de compagnie et pose la question de la justification scientifique des directives du VICH. En effet, depuis l’élaboration de ces lignes directrices, il est à noter, d’une part, l’augmentation du nombre d’animaux de compagnie en Europe, et, d’autre part, l’augmentation de l’utilisation d’antiparasitaires chez ces animaux.

Des limites à explorer

Un second rapport européen, validé fin 20235, fait état des risques pour l’environnement liés à l’utilisation des antiparasitaires externes chez les chiens et les chats. Les principaux constats mettent en avant les dangers pour l’environnement de molécules antiparasitaires externes bien connues et plus anciennes comme le fipronil ; et de plus récentes, moins connues et à action prolongée, par exemple les molécules de la classe des isoxazolines. Suite à ces constats, plusieurs propositions ont été présentées par le groupe de travail ERAWP, dont la révision du statut négligeable de l’exposition environnementale des antiparasitaires chez les animaux de compagnie.
Néanmoins, il subsiste un certain nombre de limites, notamment du fait d’un usage multiple de plusieurs molécules antiparasitaires, tel le fipronil qui est également utilisé comme biocide. Le lien entre la source et la contamination reste difficile à établir.
Ce même groupe de travail se penche actuellement sur la production d’autres documents concernant notamment la révision de la ligne directrice GL6 et d’un guide sur la méthode d’évaluation des risques environnementaux quant à l’usage de certains médicaments vétérinaires chez les animaux de compagnie.

Comment sont évalués les risques environnementaux pour une demande d’AMM ?

Des lignes directrices européennes et mondiales régissent ces évaluations de risques, notamment celles du Veterinary International Conference on Harmonization (VICH)3, à savoir les lignes directrices GL6 et GL38, respectivement pour l’évaluation de la phase I et de la phase II. Cette évaluation est réalisée au moyen d’un arbre décisionnel.

GL : Guideline

  • 1. Lors d’une séance thématique organisée par l’Académie Vétérinaire de France (AVF) le 1er février dernier, Benoît Courty a abordé les données actuelles et les perspectives quant au risque environnemental des antiparasitaires chez les animaux de compagnie.
    2. Réglement (UE) 2019/6 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018 relatif aux médicaments vétérinaires et abrogeant la directive 2001/82/CE ; et le réglement délégué (UE) 2021/805 de la commission du 8 mars 2021 modifiant l’annexe II du réglement (UE) 2019/6 du Parlement européen et du Conseil.
    3. « Coopération internationale pour l’harmonisation des exigences techniques pour l’enregistrement des médicaments vétérinaires », un programme trilatéral (Union européenne/Japon/États-Unis).
    4. https://tinyurl.com/2ywkubr4
    5. https://tinyurl.com/y7ynhjaw
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