Les vétérinaires français bénéficient d’un énorme capital sympathie - La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024

Enquête

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Irène Lopez

Selon deux enquêtes initiées par le laboratoire Boehringer Ingelheim en France et à l’étranger, les vétérinaires jouissent d’une image très positive dans l’Hexagone. Mais elles mettent aussi en évidence une méconnaissance de certaines spécificités du métier. 

Les vétérinaires sont très appréciés des Français. Ils sont 92 % à le déclarer selon l’étude de l’Ifop réalisée au mois de mars dernier sur un échantillon de 2032 personnes vivant en France. Plus la consultation est récente, plus l’image des vétérinaires est bonne : 96 % des Français ayant consulté un vétérinaire il y a moins d’un an ont une bonne image de la profession, contre 81 % parmi ceux ayant consulté il y a plus de cinq ans. Cette image est portée par une satisfaction générale des propriétaires d’animaux sur de nombreux points : la qualité des soins prodigués à l’animal arrive en tête (96 %), suivie de la durée de la consultation et de la qualité de l’accueil dans le cabinet (95 %).

Valérie Ajzenman, directrice des opérations commerciales en santé animale chez Boehringer Ingelheim France, tempère : « En revanche, les répondants sont légèrement moins satisfaits des informations sur les coûts des consultations ou des traitements (81 %, dont 68 % parmi les propriétaires d’animaux autres que les chiens ou les chats), bien que ce chiffre reste élevé ».

En général, l’accès aux soins vétérinaires est jugé facile par la très grande majorité des propriétaires d’animaux (78 %), bien que l’on note une différence de réponse en fonction des revenus : 29 % des propriétaires les moins aisés jugent l’accès aux soins vétérinaires difficile contre seulement 20 % des plus aisés.

Néanmoins, près de la moitié des propriétaires d’animaux a déjà dû renoncer à la consultation d’un vétérinaire (51 %). Les causes exprimées sont d’abord liées aux coûts de la prise en charge (48 % des répondants, dont 69 % parmi les propriétaires les moins aisés), à la difficulté d’obtenir un rendez-vous dans un délai suffisamment rapide (20 %) ou à l’éloignement géographique (18 %).

Une méconnaissance des difficultés de la profession

Parmi les autres enseignements de l’étude, et de façon plus factuelle, très peu de propriétaires d’animaux de compagnie bénéficient d’une assurance santé animale (13 %). Les motifs abordés pour expliquer le renoncement à la souscription à une assurance santé animale sont : le coût (70 %, dont 76 % des propriétaires les moins aisés), les conditions de couverture (21 %) et l’absence d’offre adaptée aux besoins (18 %). 

Certaines spécificités de la profession vétérinaire restent par ailleurs peu connues des Français. « En effet, peu ont déjà entendu parler des enjeux que rencontrent les professionnels de la médecine vétérinaire. Par exemple, moins d’un tiers des Français dit connaître les difficultés inhérentes à l’exercice de la profession (31 %, mais tout de même 53 % parmi les 18-24 ans). Et ils sont encore moins nombreux à déclarer avoir déjà entendu parler de l’implication des professionnels dans la médecine vétérinaire solidaire (27 %) ou de leurs efforts afin de réduire l’empreinte environnementale des cliniques (19 %) », commente Valérie Ajzenman.

Enfin, concernant le choix des médicaments et produits de santé vétérinaires, on constate que les Français sont attachés, comme pour d’autres produits, à l’origine de fabrication (52 % y accordent de l’importance) et sont soucieux de leur empreinte environnementale (48 %). 

Par ailleurs, et là encore à l’instar de ce qui est observé pour d’autres professions, y compris médicales, on constate que les propriétaires d’animaux prêtent de plus en plus attention à l’évaluation des vétérinaires sur internet (44 %).

Un professionnel sur deux se sent mal compris

Une autre étude internationale menée conjointement par le laboratoire et l’institut Kynetec dans six pays dont la France (l’Allemagne, le Brésil, les États-Unis, la France, le Japon et le Royaume-Uni) a interrogé des vétérinaires (plus de 1000, tous exercices confondus, il y a deux mois) et non le grand public comme précédemment. Elle confirme cependant les résultats de l’enquête française puisque 73 % des vétérinaires français interrogés estiment leur profession reconnue et appréciée. Le résultat est d’autant plus remarquable que les données recensées dans les autres pays arrivent loin derrière : 62 % au Japon, 48 % en Allemagne, 47 % aux États-Unis, 41 % au Royaume-Uni et 28 % au Brésil.

« Parmi les résultats de cette étude, on note que 49 % des professionnels (tous pays confondus, NDLR) se sentent mal compris par les clients face à la résilience au stress et à l’épuisement émotionnel » requis dans le travail quotidien des vétérinaires, 48 % rapportant une mauvaise reconnaissance du fait qu’ils « travaillent malgré la fatigue physique » et qu’ils « sacrifient leur équilibre professionnel-personnel au profit des animaux », détaille Agnès Vidal, la directrice de la communication en santé animale chez Boehringer Ingelheim France. Dans les six pays, les vétérinaires praticiens estiment que leur propre clientèle apprécie leur « niveau d’expertise » (rapporté par 66 % des vétérinaires interrogés), leur « capacité à gérer les dilemmes éthiques (y compris l’euthanasie) » (61 % des vétérinaires) et le fait « qu’ils fournissent une grande variété de soins » (57 % des vétérinaires). Cependant, l’enquête révèle aussi que cette même clientèle, toujours selon l’avis des vétérinaires, n'a pas toujours pleinement consience de jusqu’où les praticiens peuvent aller pour soigner les animaux.

Les vétérinaires ayant répondu à l’enquête ont été invités à citer un aspect clé de leur métier qu’ils souhaiteraient que les gens connaissent davantage. Les réponses les plus fréquentes des vétérinaires pour animaux de compagnie étaient « [leur] compassion et [leur] dévouement pour le bien-être animal » ainsi que « [leur] engagement en tant que vétérinaires et les difficultés du métier ». De même, la réponse la plus fréquemment donnée par les professionnels vétérinaires pour les animaux d’élevage et de chevaux était « l’importance, la compétence et la contribution de la profession ».

Une campagne de communication

Pour les équipes de Boehringer Ingelheim, les résultats des deux études soulignent la nécessité de sensibiliser davantage le grand public au rôle essentiel des vétérinaires. « Les vétérinaires jouent un rôle crucial dans la santé et le bien-être des animaux, et aussi dans la santé publique. Cependant, cet accès aux soins vétérinaires ne doit pas être considéré comme une évidence. De plus en plus de vétérinaires quittent la pratique, faute de pouvoir concilier vie personnelle et vie professionnelle », alerte Agnès Vidal. « C’est un sujet qui nous interpelle, car nous sommes le partenaire des vétérinaires. Si notre partenaire ne va pas bien, alors cela devient aussi notre problème », ajoute Valérie Ajzenman.

C’est pourquoi le laboratoire, dont la part des activités consacrées à la santé animale dans le monde s’élève à près de 19 %, est déterminé à soutenir la profession vétérinaire au-delà de l’offre de médicaments. À l’occasion de la journée mondiale vétérinaire, le 27 avril dernier, Boehringer Ingelheim a lancé une campagne de communication internationale sur ses réseaux sociaux intitulée « Going Beyond », littéralement « aller plus loin ». Cette campagne s’articule autour de courtes vidéos qui sont autant de saynètes révélant les soins prodigués par les vétérinaires en coulisses. « Nous invitons la profession et les parties prenantes à s’impliquer à nos côtés en relayant ces vidéos sur leurs propres réseaux sociaux », conclut fièrement la directrice de la communication du laboratoire. Reste à savoir si les vétérinaires s’en feront le relais.

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