Les outils diagnostiques des parasites internes du porc  - La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024

Parasitologie porcine

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Tanit Halfon

CONFÉRENCIÈRE

NADIA AMENNA-BERNARD, vétérinaire spécialisée en anatomie pathologique (DESV), Labocea, site de Ploufragan

Article rédigé d’après une conférence intitulée « Les outils diagnostics des parasitoses internes chez le porc : description, intérêt et limites », présentée au congrès 2023 de l’AFMVP.

Face à une suspicion de parasites internes chez le porc, le vétérinaire dispose de plusieurs outils possibles de diagnostic. Le choix de la technique dépend de plusieurs paramètres. Une combinaison des tests pourra être utile lors d’un diagnostic (d’élevage sur différentes bandes) afin d’éviter les périodes où l’excrétion n’est pas présente ou suffisante pour être mise en évidence.

Des méthodes d’observation directe

La coproscopie (ou coprologie) est l’examen le plus accessible. Le niveau le plus simple de l’examen est un étalement direct des selles avec ou sans coloration. Mais l’examen après un enrichissement (concentration des éléments parasitaires) est le plus communément utilisé, car plus performant pour l’observation des œufs d’helminthes ou des coccidies. L’intérêt de la coproscopie est de visualiser, de quantifier et d’identifier les œufs d’helminthes de manière directe. De plus, elle est facile à réaliser, peut se faire aussi bien ante- comme post-mortem, et elle est peu onéreuse. La sensibilité est de 10 œufs par gramme. L'examen dépend de plusieurs paramètres : l’excrétion des œufs qui est intermittente, la quantité et la qualité du prélèvement, ainsi que la qualité de la préparation de la lame (bonne homogénéisation du mélange de selles à faire).

L’autopsie peut aussi orienter le diagnostic en permettant de visualiser directement des parasites, d’identifier les lésions associées, et d'adjoindre plusieurs prélèvements de différentes sections de l’intestin. Toutefois, cet examen reste limité puisqu’il implique d’avoir des animaux morts, qui ne seront pas forcément en nombre suffisant pour être représentatif de ce qu’il se passe dans le lot. De plus, suivant les cas, les lésions organiques peuvent être plus ou moins discrètes, avec le risque de passer à côté du diagnostic, à l’exception des lésions larvaires d’Œsophagostomum.

Des méthodes de laboratoire

La sérologie est une méthode pouvant être utilisée dans la recherche d’Ascaris. Il s’agit d’un test ELISA indirect, qui permet de détecter des anticorps dirigés contre les formes adultes et larvaires. En revanche, ce test ne vise pas le diagnostic individuel. Il sera utilisé pour effectuer des suivis de stratégies de contrôle et de traitement des parasitoses, et permet aussi de pouvoir évaluer la prévalence d’infestation du troupeau en station d’engraissement. Cette méthode a l’avantage de s’affranchir de la période d’excrétion (marqueur cumulatif) ; il détecte les formes adultes et larvaires ; et le taux d’anticorps est corrélé à l’étendue de l’infestation. Il s’avère plus précis en fin d’engraissement. Si une simple prise de sang suffit, il faudra tout de même prélever 5 à 10 animaux. L’interprétation du test se fera au niveau du lot.

L’histologie peut être aussi un examen utile, car il permet d’observer un large spectre de parasites, tout comme les lésions associées. De plus, la conservation des tissus dans le formol permet de différer éventuellement l’examen. Il pourra être demandé dans un second temps si le vétérinaire avait choisi de lancer en priorité d’autres examens complémentaires, dans le cas où la parasitose n’aura pas été son hypothèse première. Une des limites de cet examen est que l’autolyse des tissus peut compromettre le résultat ; de plus, il faut bien cibler les prélèvements.

S’assurer de la présence de lésions…

Le diagnostic de certitude ne pourra être fait que si les trois critères suivants sont réunis : présence du parasite en nombre compatible avec la maladie, présence de lésions typiques, et observation d’un syndrome compatible avec le mécanisme pathogénique. On distingue cinq mécanismes. Le premier correspond aux situations où le parasite est libre dans la lumière intestinale. Dans ce cas, il est en compétition avec l’hôte pour les nutriments. Les effets associés sont peu marqués, sauf en cas d’infestation massive (létal si obstruction), avec des affections subcliniques (retard de croissance, affection secondaire). Les parasites associés à cette catégorie sont les Ascaris ou les cestodes (Taenia spp.). Le deuxième mécanisme correspond aux parasites qui entraînent des pertes sanguines. Ils se nourrissent soit sur la muqueuse provoquant des hémorragies, soit absorbent le sang directement. Avec pour conséquence une anémie, une hypoprotéinémie, des défauts de croissance, jusqu’à la mortalité dans certains cas. Les parasites de cette catégorie sont surtout les nématodes.

… et d'un syndrome compatible

Le troisième mécanisme correspond aux parasites entraînant une gastro-entéropathie avec perte de protéines. Elle est alors associée à une malabsorption, une inappétence, une diarrhée. Les nématodes et quelques trématodes en sont responsables. C’est typiquement le cas avec les trichures qui entraînent une érosion de la muqueuse intestinale, avec dans les situations sévères d’infestation, la présence d’hémorragies (sang dans les selles). Le quatrième mécanisme correspond aux parasites associés à des lésions traumatiques de la paroi intestinale. C’est le cas avec les nématodes et les trématodes. Ces parasites vont s’enfouir dans la muqueuse, entraînant des foyers inflammatoires, des pertes de protéines lors de la sortie de larves enkystées, voire de perforation possible des parois, et des adhérences à partir des nodules ou des zones perforées. Enfin, le cinquième mécanisme correspond à des effets à distance de l’intestin. C’est ce qui se passe lorsqu’il y a une migration larvaire (notamment d’Ascaris), entraînant des lésions extra-intestinales. On peut observer des lésions cicatricielles, des hémorragies.

Attention aux kystes d’échinococcose

Les porcs peuvent être touchés par Echinococcus granulosus. À l’autopsie, la présence de kystes dans le foie doit absolument orienter vers une suspicion d’échinococcose. Ce qui implique de prendre un maximum de précautions, étant donné qu’il s’agit d’une zoonose. C’est d’autant plus vrai qu’une des caractéristiques de ces kystes est d’être sous pression : en cas de perforation, le liquide (sableux) pourra gicler. Une contamination pourrait alors être possible s’il entre en contact avec les muqueuses.

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