Les Nurses célébrées par la BSAVA  - La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024

Congrès

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Anne-Claire Gagnon

Cette année, le congrès de la British Small Animal Veterinary Association a mis à l’honneur les Veterinary Nurses, ces « infirmières vétérinaires » qui sont une réelle valeur ajoutée pour les praticiens outre-Manche. En parallèle, le lancement d’un traitement pour traiter le diabète du chat a aussi suscité l’intérêt.

Avec 3 500 participants et des sujets innovants, le congrès de la British Small Animal Veterinary Association (BSAVA, le congrès de l’Association vetérinaire britannique des animaux de compagnie) poursuit son évolution pour s’adapter au mieux aux besoins des équipes vétérinaires. Lors de l’édition qui s’est tenue du 21 au 23 mars à Manchester (Royaume-Uni), il y avait de nombreux jeunes bébés dans les allées, avec leur mère ou leur grand-mère solidaires de la jeune génération au travail, montrant que ces trois journées de conférences et d’échanges sont essentielles pour l’ensemble des professionnels, des réceptionnistes aux managers, en passant par les commerciaux, les nurses, les coachs et les vétérinaires.

Du management à la santé mentale

Si les conférences liées au management ont démarré sur le toit de l’exposition commerciale à Birmingham en 2012, cette discipline a désormais une place essentielle au point de s’étendre transversalement à tout ce qui touche la santé mentale (et la prévention des troubles) ainsi qu’à des sujets considérés à tort comme du développement personnel, alors qu’ils sont essentiels aux bonnes pratiques de travail. Les thèmes de la santé mentale, du leadership, et de la bienveillance étaient au cœur des conférences. Les thèmes de la santé mentale, du leadership, et de la bienveillance étaient au cœur des conférences. D'autres sujets étaient abordés en plus petits comités, sur les temps de pause, dans le village du bien-être situé sur l’exposition commerciale.

Nurse, une profession essentielle au monde vétérinaire 

La profession de nurse était au cœur d’une journée plénière pour parler de l’avenir de ces praticiennes, en rappelant les origines de leur profession, née en 1961. Dès 1935, des tentatives de certification de la profession avaient été soumises mais refusées par le Royal College of Veterinary Surgeons (RCVS). La Registered Animal Nursing Auxiliary a travaillé depuis ses débuts avec le RCVS, le mot nurse ayant été protégé depuis 1984. C’est en 1991 que la profession est reconnue dans une loi (modification du Veterinary Surgeons Act, 1966). Plus tard, en 2001, la qualification de nurse équine devient une réalité. En 2002, le Conseil des nurses est instauré, avec le registre établi en 2007 (avec une inscription d’abord optionnelle, puis obligatoire). Un système disciplinaire est mis en place en 2011, responsabilisant les nurses dans chacun de leurs actes avec un code de conduite (déontologie) qui est promulgué en 2012. En 2016, les 13 500 nurses sont naturellement incluses dans la réflexion Veterinary (Nurse) Futures et poursuivent, avec VetMindMatters, les formations en matière de santé mentale et de résilience. Depuis 2018, deux membres du Conseil des nurses font partie du RCVS.

Évolution de carrière et reconnaissance professionnelle

Au total, elles sont désormais plus de 20 000 en Grande-Bretagne, avec le statut de profession réglementée, des certifications qui leur donnent des perspectives de développement de carrière (notamment en management des équipes et cliniques). Elles sont une force vive et collaborative essentielle de leurs homologues vétérinaires, avec lesquels la délégation des actes est le sujet de négociation depuis 2017. Les nurses de niveau 3 sont autorisées, sous la supervision du vétérinaire, à effectuer des soins et des actes mineurs de chirurgie. Il y a désormais des nurses généralistes et d'autres spécialisées, ces certifications ayant ouvert de nouvelles carrières. En Grande-Bretagne, nombreuses sont les nurses qui font les consultations pour les maladies chroniques (cystocentèse, lecture des lames, etc.) ou les préconsultations de chatons et chiots, plan de prise en charge d’obésité, etc. Et elles sont heureuses d’avoir enfin la reconnaissance que leur profession méritait. L’une d’elles témoignait d'ailleurs de son bonheur de ne pas avoir quitté la profession, qui actuellement a fait plus de progrès en dix ans qu’en soixante !

La valeur ajoutée des nurses est particulièrement importante en matière de rééducation et de médecine intégrative, pour les animaux souffrant d’arthrose. Elle l’est également en management et c’est Helen Silver-MacMahon, nurse et PhD, qui a coordonné et organisé, avec les vétérinaires de la discipline, les journées consacrées à la culture de l’entreprise vétérinaire, la sécurité, l’absence de blâme, le souci de la santé mentale, le développement du leadership, etc.

Des journées entières ont été également consacrées à la médecine préventive, les maladies urogénitales et la médecine du lapin comme des animaux exotiques ainsi que l’arthrose dans son approche multimodale, permettant à toutes et à tous d’échanger avec ses collègues et d’apprendre, ce qui est toujours possible en ligne en suivant le replay*.

Petits plats dans les grands pour les chats diabétiques

Un des évènements majeurs du congrès a été le lancement d’un nouveau médicament par voie orale, en une seule prise, pour les chats diabétiques. Le Senvelgo qui promet d’être une véritable révolution, devrait modifier les prescriptions des vétérinaires et les conseils donnés par les équipes pour le suivi*. En effet, jusqu’à présent, le diagnostic d’un diabète chez un chat, s’accompagnait d’une euthanasie pour 30 % d’entre eux dans l’année qui suit. Les formes injectables d’insuline, jusqu’alors avec 2 injections quotidiennes, impactent négativement la qualité de vie du propriétaire ainsi que sa relation à son chat. Ellen Behrend (professeure émérite du collège de médecine vétérinaire d’Auburn, aux États-Unis) a précisé que dans l’essai clinique portant sur 252 chats, la glycémie s’était normalisée à J7 et la fructosamine à J30 pour 81 % d'entre eux. Aucune hypoglycémie persistante n’a été relevée. Ces éléments biochimiques se sont accompagnés d’une amélioration nette des signes cliniques, avec 40 % des chats dont l'état s'est amélioré à J2 et 70 % à J30. Sur les 38 chats de l’essai qui avaient des signes de neuropathie, l’amélioration clinique a été plus lente mais patente (11,5 % à J7 et 76,9 % à J30). En revanche, en raison de son mode d’action, le principe actif du Senvelgo (Sodium-Glucose Linked Transporter de type 2, SGLT2) n’empêche pas la survenue éventuelle d’un diabète acidocétosique, point sur lequel il est important que toute l’équipe vétérinaire en informe le propriétaire. Par ailleurs, des pancréatites sont survenues pour 8 chats au cours de l’étude. L’éventuelle rémission n’était pas l’objet de l’étude, même si Ellen Behrend soupçonne qu’elle puisse survenir. Senvelgo continue d’agir 7 jours après l’arrêt de son administration et il est recommandé, après six mois de traitement, de l’arrêter pendant un mois à titre de test, en sachant qu’aucune rémission, lorsqu’elle survient, n’est éternelle. Donc les chats diabétiques doivent rester sous surveillance.

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