La primo-consultation du jeune chien de sport - La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024

Chien sportif

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Gwenaël Outters

CONFÉRENCIER

DOMINIQUE GRANDJEAN, directeur de l’unité de médecine de l’élevage et du sport à l’ENVA

Article rédigé d’après une conférence présentée au congrès de l’Afvac, à Lille, en novembre 2023.

Les sports canins sont des disciplines entièrement créées (ex : agility, frisbee, flyball), des déclinaisons d’activités ancestrales (ex : chasse, chiens de traîneau, pilka scandinave, dryland) ou des reproductions de l’activité de chiens de « services » (ex : recherche de personnes dans des décombres, disciplines d’olfaction, disciplines de mordant). La première consultation est une consultation « à part » qui balaie de vastes sujets, nécessite des connaissances et sera, de fait, plus facile à mener chez l’amateur que chez le professionnel.

Typologie du propriétaire

Les propriétaires amateurs sont le plus souvent à l’écoute et motivés. Ils recherchent le conseil et la prévention. Les professionnels sont souvent plus difficiles à encadrer ayant la sensation de « savoir faire » ; ils sont moins attentifs aux conseils. L’amateur vient souvent avant l’acquisition du chiot pour recueillir des informations sur la race et sur les objectifs de performance. Le professionnel vient consulter avec le chiot, voire l’adulte. Pour ces derniers, l’approvisionnement se fait généralement par le biais de brokers qui partent en Europe de l’Est avec des semi-remorques et qui ramènent, le plus souvent, des malinois, juste testés au mordant. Ces chiens doivent faire l’objet d’une vérification attentive de l’identification et des mesures réglementaires à l’importation. Il est difficile pour le vétérinaire d’avoir des informations sur la génétique ou les techniques d’élevage de ces chiens. Certaines administrations diversifient cependant leurs chiens à l’instar des services de douane où il n’est pas rare de voir des petits chiens dressés à l’olfaction, facilement déplaçables dans les files d’attente de voyageurs. 

Activité pratiquée

L’échange s’oriente sur le type d’activité pratiquée, les acquis du chien, les performances recherchées : il existe tous types de profils et les chiens sont souvent le révélateur du maître. L’hyperactif aura un chien surentrainé, le stressé, un chien en stress oxydatif, le paresseux, un animal peu entretenu, etc. Entre le propriétaire non impliqué et le très impliqué, le rationnel et l’anthropomorphique, toutes les déclinaisons sont possibles ; la répartition entre ces deux échelles est relativement équilibrée. Le vétérinaire s’attache à recadrer la typologie du client. Les propriétaires qui œuvrent dans le cadre utilitaire ou santé sont généralement appliqués et respectueux des consignes.

Examen clinique adapté

La primo-consultation du chien de sport reste une consultation de médecine préventive. L’échange avec le propriétaire est très important : environnement, voyages, etc. L’examen clinique est plus approfondi et orienté en fonction de l’activité sportive pratiquée : volet orthopédique, examen cardiopulmonaire, examen nasal (pas de défaut de conformation), système digestif. Prendre son temps permet d’apprécier tous les éléments physiologiques impliqués dans l’activité (ex : les pattes pour un chien de traîneau). Le chien est également examiné en mouvement et ses capacités proprioceptives sont évaluées.

La stérilisation peut être envisagée. Il n’a jamais été mis en évidence de baisses de performances sportives en lien avec la stérilisation. Si la capacité olfactive est très légèrement diminuée, elle reste particulièrement performante au vu des potentialités du chien.

L’examen est complété si besoin par des tests génomiques et autres examens  pertinents face aux activités, aux animaux proposés, et aux résultats de l’examen clinique (radiographies articulaires, échocardiographie).

Les scores de condition corporelle et musculaire sont des outils éducatifs pour les propriétaires ; ils ouvrent la discussion sur la nutrition. Celle-ci doit être adaptée à la croissance et au type d’effort qui sera demandé à l’animal et sera différente entre un chien de sprint et un chien d’endurance.

Prise en compte des spécificités anatomiques et fonctionnelles

La morphologie impacte le travail demandé. La rentabilité du transfert d’énergie est variable en fonction de la morphologie : un chien qui s’inscrit dans un carré sera un trotteur, une morphologie plus en longueur fera un galopeur. Des atouts physiologiques spécifiques sont parfois recherchés : hématocrite élevé chez le chien de traîneau, large écartement des doigts pour ne pas s’enfoncer dans la neige profonde sur des longues distances, réduction des écartements interdigités en vitesse pour lutter contre les inflammations, etc. À l’inverse, la sélection fait apparaître, en particulier chez le berger belge, des problèmes d’hyperlaxité.

Le vétérinaire doit avoir des notions de biomécanique pour examiner correctement les animaux et proposer des techniques de physiothérapie ou de chirurgie pour rectifier les anomalies.

Prévention médicale

Les protocoles vaccinaux doivent être adaptés aux conditions de vie, aux règlements des activités pratiqués, aux voyages, etc. Le programme antiparasitaire est renforcé sur ces chiens qui sont régulièrement en collectivité. Ces soins sont adaptés aux règles de passage des frontières si besoin. Les transpondeurs étrangers doivent être correctement lus pour ne pas identifier un chien qui l’est déjà.

Conseils en entraînement

L’éducation fait partie de l’entraînement et le vétérinaire doit sensibiliser les propriétaires amateurs sur le sujet. Il peut également conseiller sur le matériel, en particulier l’achat de manteaux contre les coups de chaleur, qui sont très efficaces. Il évoque les conditions environnementales auxquelles sont soumiss les chiens : une température de 25 °C induit une température de 69°C au niveau du bitume.

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