La leptospirose, un risque possible pour les athlètes olympiques et paralympiques - La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024

Rapport académique

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Tanit Halfon

Un rapport multi-académique alerte contre le risque de contamination durant les épreuves aquatiques prévues en eau douce lors des Jeux olympiques.

À l’approche des épreuves olympiques et paralympiques aquatiques qui sont prévues se dérouler dans la Seine et la Marne, l’Académie vétérinaire de France, l’Académie d’agriculture de France et l’Académie de pharmacie se sont penchées sur le risque d'exposition à la leptospirose. Une analyse estimée « nécessaire et urgente » afin d’ « assurer le bon déroulement des épreuves aquatiques et nautiques ». Comme le rappelle le rapport établi par les trois académies, les rongeurs, tels que les ragondins et les rats, sont des espèces réservoirs excrétrices urinaires de leptospires (bactéries spiralées). Le portage de ces rongeurs est évalué à 20 à 30 % dans Paris et sa banlieue. Bien que les berges de la Seine soient urbanisées, les populations de rats pullulent dans les égouts avec « deux fois plus de surmulots que d’habitants dans Paris intra-muros ». Pour la Marne, on trouve des ragondins, mais avec une répartition inégale suivant les zones destinées aux épreuves olympiques. Pour la Seine, les périodes de sécheresse peuvent entraîner une évaporation et un faible débit d’arrivée d’eau favorisant la concentration des leptospires qui sont toutefois sensibles aux rayonnements ultraviolets.

Une épidémiologie incertaine

En France métropolitaine2, c’est Leptospira interrogans, sérogroupe Icterohaemorrhagiae, qui est le plus répandu et le plus dangereux. Il représente 30 % des cas de leptospirose humaine, et il est responsable de 67 à 91 % des cas graves hospitalisés et d’environ 13 % de la mortalité.

Ces dernières années, le nombre de cas hospitalisés2 a augmenté, passant de 300 en 2014 à 596 en 2022 (avec un pic en 2021 de 708 cas). Soit une incidence qui est désormais d’environ 1 cas pour 100 000 habitants. Outre-Mer, l’incidence est de 12 à 70 fois plus élevée. Ceci dit, les données sont en réalité encore parcellaires sur l’épidémiologie de la maladie, dont des inconnues sur les situations les plus à risque de contamination, étant donné qu’elle n’est à déclaration obligatoire3 que depuis le 24 août 2023. À cela s’ajoute des difficultés diagnostiques, la présentation clinique allant de formes frustes à graves avec des défaillances multiviscérales. « Les premiers symptômes, non spécifiques, rappelant ceux d’une grippe, il en résulte une méconnaissance des nombreuses formes légères et une prise en charge thérapeutique souvent tardive des formes modérées et graves », explique le rapport. Au final, l’incidence est considérée comme largement sous-estimée.

À noter que la pratique sportive régulière en eau douce est déjà identifiée comme étant à risque avec des descriptions plus ou moins fréquentes de cas de sportifs contaminés.

Restez vigilant

Le rapport recommande d'appliquer le principe de précaution. Notamment par des actions de mesures régulières des densités de leptospires dans les eaux, et de piégeages des rongeurs asymptomatiques. Il convient aussi de sensibiliser les professionnels médicaux sur la maladie pour favoriser les diagnostics précoces, gages du bon pronostic, qui permettront de déterminer les traitements les plus adaptés. Une analyse de l’intérêt de la vaccination serait aussi à prévoir. À ce sujet, un seul vaccin est disponible, le Spirolept. Ce vaccin inactivé est indiqué pour lutter contre le sérovar Icterohemorragiae qui est responsable des cas les plus graves. Développé par l’institut Pasteur dans les années 1970, il a obtenu une AMM en 1979. Distribué aujourd’hui par le laboratoire Imaxio, le rapport précise que son efficacité « n’a pas été évaluée par des essais cliniques mais a été déduite des données d’immunogénicité sur la réponse immunitaire et sur la persistance de l’activité des anticorps fonctionnels ». Un rapport de 2022 de l’Académie nationale de pharmacie4 indique que « la vaccination protège des formes sévères et mortelles ce qui, en termes de bénéfice/risque, justifie son emploi malgré les potentiels effets indésirables rencontrés avec tous les vaccins. »

  • 1. Le rapport des trois académies : urlz.fr/qwoT
  • 2. Fiche maladie de l'institut Pasteur : Pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/leptospirose ; Fiche infos de Santé publique France : urlz.fr/qwoY
  • 3. Une maladie à déclaration obligatoire : urlz.fr/qwp0
  • 4. Rapport de l'Académie nationale de pharmacie, 2022 : urlz.fr/qwoU 
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