Comment loger et alimenter les veaux laitiers pour tenir compte de leurs besoins comportementaux ? - La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2034 du 17/05/2024

Bien-être des veaux

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Ségolène Minster

Rédigé d’après le webinaire « Bien-être et élevage des veaux : les nouveaux enjeux », organisé par l’Institut de l’élevage (Idele), l’Institut national de la recherche agronomique et de l’environnement, Phylum et Care4Dairy, le 25 mars 2024.

La conférence se base sur les travaux de recherche de Care4Dairy, qui visent à établir les principes du bien-être des bovins laitiers à quatre stades de leur vie : veaux de la naissance à 6 mois, génisses, vaches, et animaux en fin de « carrière ».

Alimentation lactée des veaux

La directive 2008/119/CE prescrit de nourrir les veaux au moins deux fois par jour. Des veaux laissés avec leur mère tètent trois à dix fois par jour ; la fréquence diminue avec l’âge mais reste supérieure à trois tant que la vache produit du lait (par exemple 10 mois pour une Salers). Les veaux peuvent consommer jusqu’à 13 % de leur poids en un repas et 20 % en une journée. Jusqu’à 3 semaines, les veaux peuvent boire essentiellement du lait, puis ils peuvent manger suffisamment d’aliments solides pour que le rumen se développe. Une étude a montré que les veaux restreints en lait avant l’âge de 6 semaines (6 litres/jour) ne parviennent pas à ingérer suffisamment d’énergie métabolisable par rapport à des veaux recevant 12 litres de lait par jour. Ils ne peuvent pas encore compenser les apports énergétiques manquants par l’alimentation solide. Les veaux laitiers sont souvent sevrés à l’âge de 2 à 3 mois, à condition qu’ils aient atteint un poids cible fonction de la race, et qu’ils consomment suffisamment d’aliments solides.

En présence de la mère, une tétée dure environ 20 minutes. En son absence, la buvée dure quelques minutes, suivie d’une succion non nutritive pour une durée de 20 minutes.

– Jusqu’à 6 semaines : au moins deux repas de lait par jour, équivalent à 20 % du poids de naissance du veau.

– À partir de 6 semaines : un repas de lait accompagné d’un repas d’aliments solides est possible, à condition que le rumen soit développé.

– Pour les veaux nourris au seau, il est recommandé de donner accès à des tétines sèches, en particulier au moment des repas de lait, qui répond au besoin comportemental de succion et évite les succions croisées (sur d’autres veaux).

Par observation, on pourra détecter un veau qui ne reçoit pas assez de lait ou pas assez fréquemment : faible état corporel, poil plus terne, voire sale, posture voussée, comportements anormaux (tétée des barreaux ou croisées).

La vie de groupe

En condition de vie naturelle, la vache s’isole pour mettre bas puis rejoint le groupe avec son veau après quelques jours. À partir de l’âge de 2 semaines, le veau interagit avec les autres veaux du même âge, avec lesquels il établit des liens sociaux forts. Le lien mère-jeune diminue avec le temps mais se maintient à l’âge adulte.

En condition d’élevage, les veaux laitiers sont séparés de leur mère dès la naissance et sont logés seuls dans 60 % des cas. La directive 2008/119/EC oblige à loger les veaux en groupe à partir de 8 semaines d’âge. Les cahiers des charges biologiques imposent le logement collectif dès la première semaine.

Une alternative étudiée dans le cadre du projet de recherche est de loger les veaux en groupe dès la naissance. Des études montrent le bénéfice sur la production : meilleure consommation des aliments et meilleure croissance ; et sur le comportement : diminution de la réactivité émotionnelle face à la nouveauté (aliments, environnements, individus) et aux événements stressants, diminution des comportements anormaux (stéréotypies), jeux sociaux favorisés.

– Réduire les succions croisées : eau disponible à volonté, accès à du lait avec tétines plusieurs heures par jour, sevrage graduel.

– Réduire les agressions et la compétition : plus de points d’alimentation (plus de tétines), plusieurs repas de lait par jour et quantité de lait plus importante ; maintenir des groupes stables, éviter les trop grands écarts d’âge, donner suffisamment d’espace et le structurer. Les règles de propreté sont également à respecter.

Élevage de veaux sous la mère ou sous nourrice

Une alternative pour répondre aux besoins comportementaux des veaux est de les élever sous la mère ou sous nourrice. Cette pratique répond également aux attentes de la société et des éleveurs, car elle représente un gain de temps et de confort de travail pour l’éleveur. Très pratiquée dans le monde, elle a été introduite en France en 2010, et il n’y a pas de conduite type. Dans une étude menée à l’INRAE, les veaux sous mères présentaient une meilleure croissance jusqu’à 12 semaines par rapport aux veaux nourris au seau. L’impact sur le bien-être a été évalué par la mesure du cortisol dans les poils à 60 jours, puis 30 jours après le sevrage. Les veaux sous mère ont des mesures de cortisol inférieures à ceux nourris au distributeur automatique de lait (Dal). Ces résultats sont les plus significatifs à 60 jours. Les inconvénients sont l’impossibilité à le pratiquer en cas de diarrhée virale (BVD), l’état corporel des nourrices pouvant se dégrader (NEC faible), la phase d’adoption qui peut être chronophage. Des omphalites suite au léchage par les mères et des lésions des trayons sont possibles.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr