VÉTOS À DOMICILE, AU CŒUR DU SOIN - La Semaine Vétérinaire n° 2031 du 26/04/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2031 du 26/04/2024

DOSSIER

Auteur(s) : Par Marie Cibot

La pratique de la médecine vétérinaire à domicile attire. Au-delà de la gestion du temps et des interactions privilégiées, le domicile se traduit par une approche plus personnelle de la pratique, où le bien-être des animaux et celui des praticiens sont au cœur de chaque intervention. Ce mode d’exercice s’affirme ainsi comme un choix moderne, offrant une alternative enrichissante à ceux qui aspirent à une vie professionnelle empreinte de liberté.

L’Association des vétérinaires à domicile (AVAD) dévoile une augmentation de cette pratique en France. En 2023, l’AVAD comptait 73 adhérents sur un total de 108 vétérinaires recensés (recensement non exhaustif). Répartis sur tout le territoire français et se consacrant exclusivement à la médecine canine et féline, ces praticiens comptent une majorité de 58 femmes parmi les adhérents. Sur les 61 structures répertoriées, 57 sont des praticiens exerçant seuls, sans associé. Il n’est en revanche pas rare que ces structures fassent appel à des salariés et/ou à des collaborateurs libéraux. Leur champ d’expertise va au-delà de la médecine générale, englobant des approches variées telles que la nutrition, l’ophtalmologie, les médecines complémentaires, la médecine féline, les urgences, pour n’en citer que quelques-unes. Les motivations qui poussent les vétérinaires à pratiquer à domicile sont diverses. « Je voulais être au plus près de mes valeurs, privilégier le côté humain et me centrer sur le soin », explique Stéphanie Bazin (A 98, HomeOveto, en Indre-et-Loire). Bien souvent, les praticiens sont convaincus du rôle de conseil des vétérinaires et trouvent dans le domicile l’espace nécessaire pour se centrer sur le bien-être des animaux, tout en maintenant une relation privilégiée avec les propriétaires. Manuela Rohel (N 07) s’est lancée dans la pratique à domicile en 2021 pour une activité exclusivement en médecine féline (Félin’Vet, en Ille-et-Vilaine). « Durant mes années en clinique classique, j’avais remarqué qu’il y avait un certain nombre de chats intouchables, ou trempés d’urine dans leur caisse de transport, stressés ou complètement inhibés. Pour ceux-là, d’un point de vue du bien-être animal, je n’étais pas satisfaite », témoigne-t-elle.

Le domicile amène de la sérénité

Les vétérinaires à domicile incarnent une médecine généraliste empreinte de proximité, à l’instar des « médecins de campagne », comme le souligne William Minez (A 97, trésorier de l’AVAD). Cette approche de la médecine vétérinaire présente des caractéristiques distinctives, soulignant l’évolution de la profession vers une pratique plus accessible et personnalisée. Les déplacements à domicile offrent un accès privilégié à des données précieuses, permettant d’établir des liens entre l’animal, ses propriétaires et son environnement. Cette approche intégrée guide ensuite les actions du vétérinaire, offrant des soins plus complets et individualisés. « Le domicile amène de la sérénité pour les animaux et leurs propriétaires. Au début de ma pratique, j’ai été surprise de voir à quel point les animaux étaient calmes. J'ai très peu besoin de tranquilliser au final », explique Eve Manceau (N14, Mooveo’Vet, en Loire-Atlantique). Une particularité marquante de cette pratique est aussi la remédicalisation d’animaux qui ne fréquentaient plus les cliniques vétérinaires. Souvent équipés d’appareils portatifs, les vétérinaires à domicile peuvent réaliser des examens complémentaires directement au chevet des patients, intégrant des outils tels que des analyseurs, des échographes et des microscopes. À l’inverse, les procédures chirurgicales pratiquées à domicile sont le plus souvent restreintes et se concentrent sur des interventions simples, utilisant des anesthésies fixes à faible risque. Des actes tels que le traitement de plaies ou d’abcès, ou encore la réalisation de sondages vésicaux sont néanmoins accessibles dans le cadre confortable du domicile.

Une plus grande liberté dans la gestion du temps

Dans le monde vétérinaire, un changement de paradigme émerge, mettant en avant la liberté comme leitmotiv. William Minez partage ce point de vue : « Pratiquer le domicile, c’est moins le rush, c’est un style de vie moins stressant qu’en clinique. On privilégie davantage les relations humaines. » Cette perspective met en lumière la qualité des interactions qui peuvent se développer dans l’environnement familier du domicile des animaux de compagnie. Stéphanie Bazin souligne l’aspect libérateur de cette pratique. « J’adore la liberté que le domicile procure. Je n’ai pas de vitrine où je dois être présente comme en clinique. Je prends ma voiture, je vois les saisons défiler [rires]. » Cette liberté dans la gestion du temps permet aux vétérinaires de consacrer des moments plus longs à chaque consultation, favorisant ainsi une meilleure compréhension des besoins des animaux et de leurs propriétaires. Chloé Solatges (T 08, Véto-mobile, en Haute-Garonne), une adepte de cette approche, témoigne de l’aspect décontracté de son quotidien : « On travaille cool. Il est fréquent que j’accepte de prendre un café chez des clients. J’utilise aussi beaucoup mon vélo pour faire mes visites » (voir aussi son témoignage). En outre, la liberté professionnelle s’étend à des dimensions personnelles pour certains vétérinaires. Chloé Solatges partage son expérience : « Ma vie professionnelle me donne beaucoup de liberté. Grâce à mon rythme de travail, je peux m’investir dans des associations, je peux aussi me permettre d’avoir un enfant qui fait l’école à la maison. » Enfin, le passage à la pratique à domicile s’accompagne souvent d’une installation rapide et d’un investissement financier réduit, comme l’explique Stéphanie Bazin : « L’installation se fait très rapidement, avec très peu d’investissement comparé à nos confrères et consœurs en clinique. Je n’ai pas cette impression de devoir rentabiliser ma structure ou mon matériel. »

Une planification minutieuse et une adaptabilité constante

La pratique à domicile s’appuie sur une médecine de qualité mais n’est pas exempte de défis. Stéphanie Bazin souligne qu’il peut être parfois frustrant de ne pas pouvoir réaliser tous les diagnostics de manière indépendante. Les vétérinaires à domicile renvoient certains cas vers les vétérinaires traitants ou vers des cliniques spécialisées. La chirurgie, en particulier, ne fait pas partie du champ d’action régulier des vétérinaires à domicile. La pratique à domicile demande une adaptation au mode de travail, comme le mentionne Eve Manceau : « Pratiquer à domicile est physiquement contraignant. On est beaucoup statiques, assis dans notre voiture. On consulte par terre. » Les vétérinaires à domicile reconnaissent également des moments de solitude et de stress liés à la prise de décisions médicales rapides. Enfin, Manuela Rohel met en lumière les défis logistiques de la circulation en ville : « L’une de mes difficultés majeures est la circulation en ville. J’exerce à Rennes et il est vrai que les embouteillages, les places de stationnement, les immeubles sans ascenseur compliquent mes journées. » Ces obstacles nécessitent une planification minutieuse et une adaptabilité constante. Pour le vétérinaire à domicile, souvent solo, la question épineuse de la permanence et de la continuité des soins (PCS) se pose. Toutefois, à l’instar d’Eve Manceau, nombreux sont ceux qui choisissent minutieusement leur lieu d’installation : « J’aurais eu du mal à faire mes gardes, donc j’ai choisi une zone d’installation en fonction des possibilités de prise en charge de ma PCS par d’autres confrères ou consœurs. »

Une pratique complémentaire aux structures traditionnelles

Une caractéristique marquante de la pratique à domicile est la quasi absence d’inquiétude face à la concurrence. William Minez affirme : « Il y a une véritable communion entre tous les services qui sont complémentaires. Les vétérinaires de cabinets, cliniques ou centres hospitaliers n’ont plus les moyens logistiques ni le temps de se déplacer à domicile. » Même avec l’émergence de structures nationales proposant des services à domicile et d’urgence, les vétérinaires pratiquant de manière indépendante ou au sein de petites structures restent sereins. William Minez souligne : « Il y a de la place pour tout le monde et les gros services d’urgences ne font que très peu de suivi, donc nous n’avons pas le même statut. Et il manque tellement de vétérinaires qu’il n’y a pas de concurrence. » (voir aussi témoignage d’Hélène Létard). L’accueil positif des vétérinaires établis en structures traditionnelles envers leurs collègues à domicile renforce cette harmonie professionnelle. Eve Manceau partage son expérience : « Deux cliniques sur six présentes dans mon secteur considèrent mon installation complémentaire à leur pratique et nous travaillons donc main dans la main. Je peux leur référer les chirurgies, les radiographies, les hospitalisations. » Cette collaboration étroite montre comment les vétérinaires à domicile peuvent s’intégrer de manière fluide dans l’écosystème vétérinaire global. Chloé Solatges, elle aussi, encourage cette complémentarité en mettant en avant la non-concurrence : « Nous ne serons jamais une épine dans le pied pour les vétérinaires en clinique. On s’occupe des animaux non déplaçables. Et nous n’avons pas la possibilité de réaliser certains des actes les plus rémunérateurs pour lesquels on réfère systématiquement. » Cette attitude démontre la volonté des vétérinaires à domicile de créer un équilibre respectueux, reconnaissant les forces et les spécialités de chacun.

Une activité de plus en plus rentable

Dans le paysage vétérinaire en constante évolution, la pratique à domicile répond à une demande réelle. En milieu urbain, la réduction du nombre de véhicules et les contraintes de disponibilité des propriétaires ont alimenté l’essor de la pratique vétérinaire à domicile. Ceci est d’autant plus vrai pour les propriétaires de félins, dont le transport peut s’avérer délicat. Par ailleurs, les propriétaires de grands chiens, les personnes âgées, les personnes handicapées, les télétravailleurs, les jeunes sans enfant, et les personnes fortunées pour qui le domicile représente un luxe supplémentaire, trouvent dans cette approche une réponse adaptée à leurs contraintes et préférences. Cependant, au-delà de la simple commodité, les propriétaires d’animaux expriment un besoin croissant de liens sociaux et de relations personnalisées avec leur vétérinaire. La proximité émotionnelle et la disponibilité accrue des vétérinaires à domicile créent un environnement propice aux relations authentiques. L’attrait de la pratique à domicile se propage également parmi les professionnels eux-mêmes. Chloé Solatges souligne : « Je reçois beaucoup d’appels de confrères et de consœurs qui appellent pour avoir des renseignements sur l’exercice à domicile. Cela attire. » Cette tendance démontre que la pratique à domicile suscite un intérêt non seulement parmi les propriétaires d’animaux, mais aussi parmi les vétérinaires établis qui cherchent à diversifier leur approche professionnelle. En outre, alors que l’exercice à domicile a pu peiner à être rémunérateur il y a encore quelques années, l’aspect financier de cette pratique s’avère aujourd’hui satisfaisant, comme le précise William Minez : « Financièrement, on peut vivre de cette activité sans problème. Aujourd’hui, les vétérinaires à domicile ont compris qu’il fallait facturer convenablement leurs frais et leur temps de déplacement. À partir de là, leur activité est rentable. »

Chloé Solatges (T 08)

Vétérinaire à domicile (Véto-mobile, en Haute-Garonne)

Un métier de gens sensibles

Il y a une proximité et une relation de confiance incroyable avec les propriétaires des animaux que je soigne. La différence énorme avec la clinique réside dans le fait qu’on est accueillis chez les gens. Ils nous ouvrent la porte de leur maison, nous accueillent dans leur intimité. Dès lors, l’échange humain qui en ressort est d’une grande qualité et, évidemment, très agréable. Aujourd’hui, j’ai une qualité de vie exceptionnelle grâce à cela. Le revers de la médaille, c’est qu’en étant très proches de nos clients, on repart avec leur souffrance en tête. J’aimerais parfois ne pas tout savoir de leurs difficultés. C’est le bon et le mauvais côté à la fois. Voir la solitude fait mal, mais nous sommes aussi là pour l’amoindrir, pour la briser en les visitant. C’est un boulot de gens sensibles que d’être vétérinaire à domicile ! On fait presque du service à la personne. On sent vraiment l’importance de ce que l’on apporte, du service rendu en se déplaçant au domicile de personnes qui n’auraient pas pu se déplacer en clinique. Les propriétaires sont très reconnaissants.

Hélène Létard (N 87)

Vétérinaire à domicile, associée VetoAdom by Émergence

Nous faisons ce que nos consœurs et confrères ne souhaitent plus faire

Depuis quinze ans, je ne fais que de l’urgence à domicile. Aujourd’hui, je me rapproche de la retraite et je peux dire que j’ai de la chance : j’aurais pu explorer différents aspects du métier de vétérinaire dans ma carrière (clientèle classique, urgences à domicile, régulation des urgences). C’est un métier passionnant. J’ai beaucoup apprécié travailler la nuit par exemple. C’est une ambiance différente, au moment où la vie est plus calme, mais avec beaucoup d’adrénaline. On rencontre aussi des personnes différentes. Les gens sont gentils et nous accueillent à bras ouverts. On est un peu perçus comme des sauveurs. Notre arrivée est vécue comme une délivrance. C’est une reconnaissance de tous les efforts que l’on fournit dans notre métier de vétérinaire. Chez VetoAdom, et je pense que c’est la même chose pour beaucoup de vétérinaires à domicile, nous avons d’excellents liens avec nos consœurs et confrères. C’est une activité extrêmement confraternelle. Nous faisons ce que les vétérinaires installés en structure ne souhaitent plus faire. Dès lors, les relations ne peuvent qu’être bonnes et pérennes.

David Quint (T 03)

Vice-président du SNVEL

Attention au statut de collaborateur dans la pratique à domicile

Il est impératif de maintenir une diversité dans l’offre des services vétérinaires afin de satisfaire les attentes variées des propriétaires. Certains détenteurs d’animaux recherchent une relation exclusive auprès de leur vétérinaire avec une approche plus humaine, et à cet égard, l’exercice à domicile occupe une place de choix. Les vétérinaires à domicile peuvent travailler en solo ou entre associés, mais il est aussi assez fréquent qu’ils fassent appel à des collaborateurs libéraux. Dès lors, je ne peux qu’encourager ces derniers à être prudents quant aux contrats liés à ce statut. Cette entente doit rester gagnant-gagnant pour le vétérinaire à domicile et le collaborateur libéral. Je recommande d’être attentif notamment au pourcentage de rémunération pour combler la période d’inactivité lorsque le collaborateur est en déplacement entre les consultations. De même, il convient de prévoir la possibilité de pouvoir développer sa propre clientèle.

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