Les bonnes pratiques de biosécurité - La Semaine Vétérinaire n° 2031 du 26/04/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2031 du 26/04/2024

Basse-cour

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Alexis KIERS, DV, ACPV * , Samuel SAUVAGET, DV *** Dr vétérinaire, membre de l’American College of Poultry Veterinarian (ACPV), Dr Bassecour vétérinaire (www.drbassecour.fr)** Dr vétérinaire, Labovet (www.labovetconseil.fr), Dr Bassecour vétérinaire (www.drbassecour.fr)

Dans les élevages traditionnels et notamment les basses-cours de volailles, face à la difficulté de mettre en place des programmes de vaccination1, la biosécurité est encore le meilleur moyen de prévenir les risques sanitaires. Elle contribue aussi à protéger l’ensemble de la filière en prévenant la dissémination d’agents infectieux aux autres élevages2,3. Les mesures de biosécurité sont à adapter à chaque élevage, en évaluant tous les risques possibles pour la santé animale, et en les réduisant à un niveau acceptable4.

Délimiter le site

La biosécurité se base sur deux principes fondamentaux5: l’exclusion (l’interdiction de l’introduction de sources de danger dans l’élevage) et le confinement (la prévention de la diffusion des dangers déjà présents dans l’élevage). Tout programme de biosécurité repose sur trois piliers : l’isolement, l’hygiène, et le contrôle de la circulation des personnes et des animaux.

Concernant l'isolement, il s’agit de délimiter la zone d’élevage. Matérialiser par une barrière physique l’entrée dans une zone d’élevage et interdire à toute personne étrangère d’y pénétrer limite significativement le risque d’introduire un agent pathogène. Pour un petit élevage, l’accès au parcours ou au poulailler peut parfaitement être matérialisé au moyen d’une chaînette ou être bloqué par une porte fermée par un cadenas. L’isolement signifie aussi prévenir l’entrée et l’installation d’animaux sauvages (moineaux, pigeons, lapins de garenne, hirondelles, etc.) dans la zone d’élevage. Ces animaux sauvages sont des sources de maladies infectieuses et de parasites (mycoplasme, poux rouges, influenza aviaire) pour les volailles domestiques.

Nettoyer et désinfecter

En matière d’hygiène, il est possible d'installer à l’entrée de la zone d’élevage un pédiluve qui devra être régulièrement changé. L’idéal est de disposer d’une paire de chaussures spécifiquement destinée à l’élevage ainsi que d’une blouse ou d’une côte. S’il n’existe pas de point d’eau avec savon et essuie-main, un gel hydroalcoolique sera le bienvenu.

Un poulailler doit être nettoyé régulièrement. Un programme de nettoyage et de désinfection efficace serait, par exemple, constitué d’un nettoyage rapide hebdomadaire des fientes et d’une session annuelle complète de nettoyage et de désinfection, avec un démontage des équipements du poulailler, leur nettoyage à grande eau, et une désinfection finale. Le nettoyage seul exécuté correctement réduit la quantité d’agents pathogènes de plus de 99 %. Un contrôle visuel du nettoyage pour s’assurer qu’il n’y a pas de matières organiques est suffisant pour les basses-cours. La désinfection doit être considérée comme une étape finale de « polissage », parachevant un nettoyage efficace et complet. Les désinfectants utilisés couramment sont à base de glutaraldéhyde, d’ammonium quaternaire et d’agents oxydants de type peroxyde ou hypochlorite. Les ammoniums quaternaires et le glutaraldéhyde sont des agents chimiques qui fonctionnent en présence modérée de matière organique, mais ils sont polluants pour l’environnement. Le peroxyde d’oxygène (eau oxygénée) et l’hypochlorite de sodium (eau de Javel) polluent moins et désinfectent très correctement mais seulement si les surfaces ont été très bien nettoyées et qu’il ne reste pas de matière organique sur les parois et les équipements. En résumé, la base d’un protocole de nettoyage et de désinfection efficace reste le nettoyage.

Contrôler les allées et venues

Un élevage visité régulièrement par des personnes possédant elles mêmes un élevage présente un risque majeur d’introduction de maladies infectieuses. Il faut limiter au maximum ces visites. Mais si cela devait avoir lieu, il est nécessaire de se référer aux principes d’hygiène en procurant aux visiteurs des bottes, une blouse, de l’eau et du savon.

L’introduction de volailles venant d’un autre élevage est un autre risque majeur d’introduction de maladies. De nombreux élevages de basse-cour en déclarent une quelques semaines après l’arrivée de nouveaux animaux. Une quarantaine bien effectuée, qui dure au moins 14 jours, avec une zone de confinement éloignée de la zone principale d’élevage, permet aux nouveaux animaux de déstresser après le transport et au propriétaire d’identifier la présence de certaines maladies. Un traitement antiparasitaire systématique est une bonne pratique à mettre en place. Cependant, certaines maladies (maladie de Marek, laryngotrachéite infectieuse) sont des maladies latentes, ce qui rend toute quarantaine insuffisante. Pour éviter l'introduction des principales maladies, il est préférable, pour les volailles, d'acheter des œufs fécondés et de les faire éclore sur place.

Un risque de prédation

Pour les élevages traditionnels, certains dangers sont récurrents, nécessitant des mesures spécifiques. Le danger principal reste encore les prédateurs (renard, fouine, rat, oiseaux de proie). Les oiseaux de proie ne s’attaquent en général qu’aux plus petites volailles. Les poussins sont une cible privilégiée et il est nécessaire de les garder enfermés pendant quelques semaines le temps qu’ils grossissent suffisamment. Contre les mammifères prédateurs, toute la zone d’élevage peut être entourée d’une clôture enterrée de 50 cm. Plus simplement, la protection du site consiste à bien rentrer les volailles la nuit et à s’assurer que la porte soit fermée.

Prévenir l'invasion de rongeurs

Les rongeurs véhiculent également des agents infectieux, notamment les salmonelles et les pasteurelles. Très souvent, ils prolifèrent à proximité des poulaillers, attirés par la nourriture et les œufs pondus par les volailles. Les salmonelles contaminent les poules et les œufs et sont responsables chaque année d’infections digestives. Il faut savoir que la réglementation sanitaire n’oblige les contrôles d’absence de salmonelles qu’au-delà de 250 poules. Ainsi, bon nombre d’élevages fermiers passent sous les radars de l’administration sanitaire.

Les rongeurs constituent par ailleurs un coût économique pour les élevages. Un rat consomme 50 g d’aliments par jour et en contamine 300 g6. Une souris consomme 3 g d’aliments par jour et en contamine 30 g7. Les rats atteignent la maturité sexuelle au bout de neuf semaines, ce qui signifie qu’une population peut passer de deux rats à environ 1 250 en un an, avec le potentiel de croître de façon exponentielle. La situation peut rapidement devenir hors de contrôle.

Pour prévenir l’invasion de rongeurs dans un poulailler, il convient d’une part de stocker les aliments dans des containers fermés et d’entretenir le bâti pour éviter l’entrée des rongeurs, et d’autre part de prévoir un plan permettant de délivrer du raticide de façon sécurisée. Un programme de contrôle des rongeurs efficace consiste à identifier leurs nids et leurs zones de déplacement dans et autour du poulailler, et à poser des pièges continuellement. Le contrôle régulier de la consommation de poison est un bon indicateur de la présence de rongeurs.

En période de risque élevé d’influenza, les oiseaux de basse-cour doivent être enfermés et les parcours protégés par un filet, ce qui limite le risque de contact avec l’avifaune sauvage potentiellement porteuse du virus.

Les poux rouges

Pour contrôler la présence des poux rouges, il convient d’entretenir régulièrement le poulailler, c’est-à-dire réparer et boucher toutes les crevasses et fissures du poulailler et des équipements. Un nettoyage régulier permet d’éliminer les fientes dans lesquelles les poux vivent et pondent leurs œufs. L’éleveur contrôlera particulièrement la présence de poux aux endroits où les volailles dorment, comme les nids ou les perchoirs.

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