« Je me bats pour que le respect des humains prévale dans toutes les structures vétérinaires » - La Semaine Vétérinaire n° 2031 du 26/04/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2031 du 26/04/2024

Santé mentale

ENTREPRISE

Auteur(s) : Propos recueillis par Anne-Claire Gagnon

Marine Delmer (A 17) dévoile les raisons qui l’ont amenée à créer son association Un moral aux abois, qui a pour mission de venir en aide aux victimes de harcèlement moral au sein des structures vétérinaires et de prévenir ce délit.

Quel constat a été salutaire ?

En sept ans, je n’ai eu qu’une seule bonne expérience professionnelle. J’ai décidé d’arrêter et de rendre mon stétho. J’ai eu un réflexe de survie en consultant un médecin, qui m’a arrêtée avant qu’il ne soit trop tard. Je refuse de me tuer pour un métier qui ne m’a apporté que des souffrances. Désormais, je souhaite me consacrer aux autres, pour que le respect des humains (véto ou non) prévale dans toutes les structures vétérinaires.

Quelle est la genèse de votre association Un moral aux abois ?

J’ai été victime de harcèlement moral pendant trois ans et lorsque j’ai fini par l’admettre, j’ai porté plainte à la gendarmerie en premier, pour qu’il n’y ait pas d’autres victimes, pas de suicide surtout. Taire et ne rien faire face à des situations de harcèlement moral est illégal pour l’employeur et les RH. Commettre des actes de harcèlement moral est illégal pour tout citoyen. J’ai compris ensuite que la profession de vétérinaire avait un fonctionnement juridiquement exceptionnel, avec l’obligation de rechercher une médiation ordinale (avant toute plainte ordinale ou action en justice). Les ASV et salariés non vétérinaires n’ont pas cette obligation, même si la crainte de ne pas retrouver d’emploi ou d’être blacklistés après une plainte est une croyance limitante : il est en effet illégal de licencier quelqu’un pour dénonciation de harcèlement moral.

Quels en sont les objectifs ?

L’association s’adresse à tous les acteurs du monde vétérinaire (vétérinaires, ASV, employés), victimes de harcèlement moral, pour les aider à comprendre et à nommer ce qu’elles/ils vivent – le déni est important –, à les écouter et à leur apporter l’assistance nécessaire pour constituer un dossier. Car le harcèlement moral vous met à genoux et s’en relever prend du temps.

La difficulté en structure vétérinaire de moins de 11 salariés est l’absence de représentants du personnel, auprès de qui se confier et chercher de l’aide. Les erreurs que j’ai faites, par manque de connaissance, pour la constitution du dossier doivent servir. Notre site commence à s’étoffer avec les pages « Préparer son dossier », « SOS » qui renseigne les numéros à appeler, notamment la plateforme destinée aux professionnels de santé (SPS), disponible 24h/24 et 7j/7*. 

En à peine un mois, Un moral aux abois a été contactée par 4 vétérinaires, en exercice depuis moins de quinze ans. Pour la suite, l’association souhaite développer des actions de prévention dans les ENV et dans les centres de formation des ASV, puis à terme, apporter une assistance psychologique et juridique, se porter partie civile quand cela est nécessaire.

  • L’employeur a l’obligation de préserver la sécurité et la santé de ses travailleurs (article L 4121-1 du Code du travail).
  • * Plateforme dédiée aux professionnels de la santé : 0 805 23 23 36 (service et appel gratuits).
  • en savoir plus :
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