Comment rester des vétérinaires « épanouis » ? - La Semaine Vétérinaire n° 2031 du 26/04/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2031 du 26/04/2024

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Chantal Béraud

Mais oui, des praticiens épanouis, cela existe encore ! Cependant, chacun doit trouver sa propre recette du bonheur en fonction de ses aptitudes et de sa personnalité du début jusqu’à la fin du chemin…… 

Pierre May (L 78), Enseignant vacataire en phytothérapie (notamment à VetAgro Sup)

Continuer de se former 

Pour être un praticien heureux, de mon point de vue, mieux vaut être un bon généraliste plutôt qu’hyperspécialisé. Aux jeunes vétérinaires qui nous ont succédé à la clinique, nous leur avons fortement « suggéré » de faire des formations complémentaires (notamment en ostéopathie, en acupuncture, en phytothérapie). Car disposer de plusieurs cordes à son arc, c’est donner le plus de chances possible de vie à l’animal. Cela suppose une vraie vocation au départ, beaucoup d’engagement au travail. Ainsi qu’une curiosité à toute épreuve… Il faut également oser aller de l’avant. Car beaucoup de jeunes professionnels n’arrivent plus à surmonter leur peur de la réglementation, de l’erreur, des mauvais commentaires sur Google… Enfin, l’argent ne doit pas être le moteur principal de sa pratique. Personnellement, j’avais pour objectif premier d’avoir une clinique suffisamment rentable pour en faire vivre tous les salariés. À 70 ans, je donne encore des cours de phytothérapie. Praticien comme enseignant, j’ai toujours autant de plaisir à partager et à transmettre.

Solène Perrouelle (Liège 2013), Salariée en canine à Telgruc-sur-Mer (Finistère)

Pratiquer l’humanitaire

Souhaitant depuis toujours être vétérinaire, mais aussi voyager, depuis ma sortie de l’école, j’ai déjà exercé durant environ cinq ans dans des postes outre-mer, sur des îles tropicales. J’y ai notamment appris à faire des campagnes de stérilisation « à la chaîne », acte que je viens de reproduire début 2024 en accompagnant le Dr Jean-Claude Laurent (*) dans une mission en Ukraine…  À l’avenir, je rêve donc de pouvoir continuer à me sentir épanouie en pratiquant toujours de temps en temps de l’humanitaire, idéalement une fois par an. Mais je reconnais que ce n’est pas simple à organiser quand on a un statut de salarié limité à cinq semaines de congé... C’était évidemment plus facile auparavant, quand je prenais des postes en CDD et que je n’avais pas de poste fixe en métropole ! Mais partir ainsi en mission humanitaire permet de se sentir pleinement utile tout en développant des compétences en chirurgie. C’est donc une expérience que je recommande vivement, y compris à de jeunes professionnels.

William Addey (A03), Vice-président de Vétos-Entraide

Demander de l’aide et rester à l’écoute

Épanoui vient de la racine « espan » (étendu). Donc il s’agit de ne pas se recroqueviller. Père à 23 ans, j’ai été privilégié toute ma vie. J’essaie de rendre un peu de ce que j’ai reçu d’abord en témoignant chaque jour de ma gratitude à mes collègues, à mes familles et aux autres vivants. Toutefois, comme nous côtoyons beaucoup de souffrance, il y a deux options pour réagir. Soit l’on met une armure de plus en plus épaisse. Soit on ose être vulnérable et demander de l’aide. Donc soigner commence toujours par prendre soin de moi en arrêtant de courir pour me mettre vraiment à l’écoute. Également conscient que notre métier est à l’intersection de dominations d’espèces, de genres, de classes… j’essaie de me mettre à la place des autres en sortant fréquemment de mon milieu.

Pour finir, je vais de l’avant en agissant contre l’effondrement du vivant via mon hygiène de vie, en étant actif dans le milieu associatif, en reprenant des études universitaires.  Et surtout en donnant et en recevant des câlins de toutes les espèces vivantes consentantes !

  • (*) Un(e) bénévole est recherchée pour une prochaine mission, fin juillet-début août. Contact : vet4ukraine@gmail.com
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