- La Semaine Vétérinaire n° 2030 du 19/04/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2030 du 19/04/2024

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Ségolène Minster

Gestion de la douleur lors de pyélonéphrite chez la vache

Article rédigé d’après une conférence organisée par Axience, le 21 mars 2024, animée par Guillaume Belbis (A 06), DVM, PhD, Dipl. ECBHM, praticien rural et ancien maître de conférences à l’unité de pathologie des animaux de production de l’ENVA.

Pathogénie

La pyélonéphrite est une infection des voies urinaires hautes par voie ascendante. Elle s’établit en trois étapes : inoculation vaginale, puis migration progressive vers l’urètre, la vessie, puis le rein (bassinet puis parenchyme). L’accumulation de pus dans le bassinet et l’inflammation sont à l’origine de la douleur, intense. La pyélonéphrite s’accompagne de l'atrophie du parenchyme et d'une diminution de la fonction rénale.

Établir le diagnostic

Dans plus de neuf cas sur dix, l’examen clinique et l’analyse urinaire (a minima macroscopique) permettent de diagnostic. Le degré d’extension de l’infection, et notamment le caractère unilatéral ou bilatéral, informe sur le pronostic. Le degré d’extension est connu de manière optimale par échographie. L’examen est réalisé par abord transabdominal pour le rein droit et par voie rectale pour le gauche, à l’aide d’une sonde échographique semi-convexe à faible fréquence. Sans échographe à disposition, la laparotomie exploratrice est une option. La biochimie sanguine peut être peu informative.

Prise en charge

La prise en charge repose sur 3 axes : traiter l’infection bactérienne, soulager la douleur, favoriser l’élimination des particules des voies urinaires.

La douleur est causée par la distension de l’urètre, de l’uretère, de la capsule et par l’inflammation. Le praticien doit raisonner en se fondant sur sa connaissance de la pathogénie pour choisir les molécules antalgiques, car on dispose de peu d’études cliniques. La scopolamine, associée ou non au métamizole, sont choisis en raison de leur activité antispasmodique. Le métamizole ne dispose pas de temps d’attente lait. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont déconseillés sur un animal a priori en insuffisance rénale.

La fluidothérapie intraveineuse est indispensable afin de provoquer une diurèse forcée favorisant l’élimination des particules des voies urinaires. Le volume doit couvrir la correction de la déshydratation (poids vif x % de déshydratation) et le besoin d’entretien (60 ml/kg de poids vif/24 h). La diurèse forcée est provoquée en perfusant 1,5 à 2 fois le besoin d’entretien. Pour une vache de 600 kg, cela représente 54 à 72 l/jour. Le vétérinaire réalise la fluidothérapie en préparant lui-même les solutés de perfusion.

Quand proposer la chirurgie ?

La néphrectomie est envisageable, si l’éleveur est intéressé ! Elle est proposée exclusivement si l’atteinte des reins est unilatérale, si le traitement médical a échoué, et en l’absence d’autres atteintes (ex : péritonite par contiguïté).

Cette intervention requiert le matériel de laparotomie classique, du matériel de ligature des vaisseaux (fil non résorbable 5 décimal, élastiques ou colliers de serrage d’électricien colson), et un sac-poubelle de 100 l très résistant, désinfecté au préalable, pour recueillir le rein septique lors de l’intervention. De gros volumes de perfusion sont recommandés (40 l de NaCl à 0,9 %, 3 l de NaCl à 7,2 %).

Le rein gauche est abordé par la fosse paralombaire droite. En pratique, l’artère est ligaturée en premier par la pose de 2 colliers de serrage colson, puis par une ou deux ligatures au fil chirurgical, distalement au rein. D’autres praticiens utilisent les élastiques pour réaliser les ligatures. Ensuite, la veine et l’uretère sont ligaturés. Les vaisseaux sont sectionnés en aval des ligatures et le rein est collecté dans le sac désinfecté.

Le rein droit est abordé par la voie paracostale droite. Une incision de 20 cm de long est réalisée 4 cm sous les processus transverses, en arrière de K13. L’espace rétropéritonéal est disséqué au doigt afin d’isoler les structures d’intérêt. La suite de l’intervention est réalisée comme pour le rein gauche.

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