Gestion de l’abdomen aigu chez le bovin - La Semaine Vétérinaire n° 2029 du 12/04/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2029 du 12/04/2024

DOULEUR

FORMATION MIXTE

Auteur(s) :

Conférencier 

Guillaume Belbis (A 06), DVM, PhD, Dipl. ECBHM, praticien rural et ancien maître de conférences à l’unité de pathologie des animaux de production de l’ENVA.

Article rédigé d’après la conférence « Gestion de l’abdomen aigu » organisée par Axience, le 14 mars 2024.

Le terme « abdomen aigu » caractérise un animal présentant des signes de coliques, d’évolution aiguë. Il constitue une urgence de prise en charge, pour stopper la douleur, le développement de l’étiologie.

Diagnostic différentiel

L’affection peut être de nature diverse. ElIe peut avoir une origine abdominale digestive : réticulopéritonite traumatique, volvulus de caillette, ulcères de caillette, occlusion intestinale ;

elle peut être abdominale et non digestive : urinaire (pyélonéphrite, obstruction), péritonite ;

et elle peut également être extra-abdominale : douleur thoracique, fourbure.

Il est nécessaire d’identifier la cause de l’abdomen aigu. Cela détermine la prise en charge, sachant que certaines affections se traitent nécessairement par chirurgie.

Antalgiques disponibles

L’arsenal thérapeutique est limité. Peu de médicaments sont disponibles avec l’indication douleur chez les bovins. Il est possible d’utiliser le butorphanol dans le cadre de la cascade.

Bien que l’on dispose de peu de données scientifiques sur l’intérêt de la flunixine-méglumine et des antispasmodiques, ceux-ci présentent probablement un intérêt selon la physiopathologie de l’affection traitée. Il sera nécessaire de veiller aux effets indésirables et contre-indications possibles : ne pas utiliser la flunixine-méglumine lors d’ulcères de la caillette ni d’antispasmodiques lors d’occlusions intestinales totales.

La gestion médicale de l’abdomen aigu doit inclure la fluidothérapie intraveineuse et/ou orale.

Cas de prise en charge d’un syndrome hémorragique jéjunal

Des critères ont été établis par le Dr Nicolas Sattler (vétérinaire rural) pour déterminer la prise en charge médicale vs chirurgicale : un traitement médical avec réévaluation est possible lorsque la maladie évolue depuis moins de 24 heures, que la motilité ruminale et la fréquence cardiaque sont normales, qu’il n’y a pas de déshydratation et en présence de bouses. La chirurgie immédiate est indiquée si la maladie évolue depuis plus de 48 heures, que le traitement médical a échoué, avec un rumen atone, une fréquence cardiaque supérieure à 100 bpm, une déshydratation supérieure à 10 % et absence de bouses.

Si la situation est mitigée, l’échographie peut trancher : réalisée avec l’échographe de suivi de gestation, à condition d’avoir une fréquence comprise entre 2,5 et 3,5 MHz, cela permet de localiser la lésion.

Le traitement médical inclut AINS, antispasmodiques, fluidothéraphie (NaCl 7,5 %). L’animal est isolé en box avec de l’eau à disposition, avec surveillance de la prise d’eau.

Cas de prise en charge d’une atteinte du cæcum

Trois atteintes du cæcum sont décrites : la dilatation, la torsion, la rétroflexion.

Les critères cliniques proposés par Nicolas Sattler permettent de déterminer la prise en charge. Un autre critère s’avère pertinent pour évaluer l’affection du cæcum. Si l’apex du cæcum est palpable et mobilisable, le diagnostic ira en faveur de la prise en charge médicale avec réévaluation. Si, au contraire, le corps du cæcum est palpable, ainsi que des bandes de tension, cela conduit à choisir l’intervention chirurgicale. Les bandes de tension sont en effet le signe d’une torsion ou d’une rétroflexion nécessitant une chirurgie immédiate.

Si la situation est mitigée, les critères paracliniques orientent le diagnostic. Une chlorémie inférieure à 80 mEq/L conduit à privilégier la chirurgie. L’échographie peut aussi permettre d’évaluer la dilatation, sans toutefois donner d’indications sur l’intégrité pariétale.

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