Penser au syndrome cervico-thoraco-brachial lors d’anomalies locomotrices inhabituelles - La Semaine Vétérinaire n° 2028 du 05/04/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2028 du 05/04/2024

Troubles locomoteurs

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Marine Neveux

CONFÉRENCIER

JEAN-MARIE DENOIX (L 77), professeur à l’École nationale vétérinaire d’Alfort (Enva), fondateur et directeur du Cirale, le pôle équin de l’Enva.

Article rédigé d’après la conférence sur le syndrome cervico-thoraco-brachial présentée lors des journées annuelles de l’Association vétérinaire équine française (Avef) à Toulouse (Haute-Garonne), en novembre 2023.

« Beaucoup de manifestations cliniques que j’ai rencontrées chez les chevaux ne correspondaient pas à ce que je connaissais de la pathologie des membres, aux causes habituelles de boiterie. Je me suis posé la question si quelque chose d’autre ne pouvait pas expliquer les troubles locomoteurs », explique en introduction de sa conférence Jean-Marie Denoix.

Plusieurs formes

En effet, le syndrome cervico-thoraco-brachial peut être observé chez des chevaux présentant des anomalies locomotrices inhabituelles.

Le directeur du Cirale a réalisé une étude rétrospective de cas qui lui a permis de constater que ce syndrome est associé à des altérations de la locomotion des membres thoraciques liées à des lésions de la colonne cervicale caudale de la jonction cervico-thoracique et des premières côtes. Ces éléments anatomiques sont en contact avec le plexus brachial. Des lésions de ces régions peuvent avoir une incidence sur la conduction nerveuse, motrice, sensitive et proprioceptive.

La forme articulaire du syndrome concerne principalement la colonne vertébrale cervicale, et la forme costale s’intéresse à la première articulation costo-vertébrale et aux premières côtes. 

Analyse de cas

Jean-Marie Denoix a détaillé plusieurs cas cliniques. Un premier cas montre l’importance de l’examen au pas. Un cheval montre une boiterie de l’antérieur caractérisée par une forte réduction de sa protraction, en particulier au pas. Le vétérinaire avait effectué toutes les anesthésies locales qui étaient toutes négatives. Ce cheval montre une fragmentation ostéochondrale juvénile au niveau des vertèbres cervicales. Comment une lésion des cervicales peut-elle expliquer une boiterie antérieure gauche ? La fragmentation a provoqué une hypertrophie des processus articulaires, ce qui engendre une sténose, un rétrécissement du foramen intervertébral où il y a une racine nerveuse, le nerf C7 qui donne un rameau dorsal et un rameau ventral. Le rameau ventral va former la racine du plexus brachial. Donc, dans ce cas, on a bien une arthropathie cervicale, mais la boiterie n’y est pas liée. Elle est due à la conséquence neurologique de l’arthropathie sur la racine C7 du plexus brachial. En faisant l’association entre les connaissances anatomiques et les lésions, on peut expliquer les signes cliniques. Il y a eu une amélioration clinique après le traitement de ce cheval.

Autre cas : un cheval avec un galop à droite difficile et court, qui sort en épreuves d’obstacles de haut niveau, montre au pas, une protraction des membres antérieurs un peu asymétrique. La descente du boulet de l’antérieur gauche est plus marquée. Dans certaines situations, ce cheval a un défaut de protraction antérieur droit qui apparaît dans la phase de soutien (quand le membre ne touche pas le sol), donc ce n’est pas lié à une douleur d’appui, mais à un déficit, une réduction de la capacité à faire la protraction. Les radios de la région cervicale basse révèlent une asymétrie morphologique des processus articulaires caudaux de C7. L’examen échographique montre un espace articulaire béant avec du liquide synovial au milieu et une capsule articulaire soulevée par le liquide synovial. Si une hernie synoviale est visible par un abord extérieur des processus articulaires, on peut imaginer qu’à l’intérieur du canal vertébral on a la même pression synoviale qui peut interférer avec le contenu canalaire. Le bilan est celui d’une arthropathie C7-T1 que l’échographie objective du côté droit du déficit du cheval, et qui interfère avec la grosse racine du plexus brachial.

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