Analyses sanguines : les particularités chez le jeune - La Semaine Vétérinaire n° 2028 du 05/04/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2028 du 05/04/2024

Biologie médicale

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Gwenaël Outters

CONFÉRENCIER

BENOÎT RANNOU (N 01), Diplom. ACVP et ECVCP, spécialiste en biologie médicale, responsable du laboratoire Azurvet-Lab, à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes)

Article rédigé d’après des conférences présentées au congrès de l’Afvac, en décembre 2023 à Lille (Nord).

Immaturité organique et croissance, à l’origine d’une expansion volumique, caractérisent le jeune. Ainsi, plusieurs variables hématologiques et biologiques diffèrent de l’adulte. Cependant, les données de la littérature sont peu nombreuses, notamment chez le chaton, et sont limitées à certaines variables, chez certaines races, et ne donnent pas d’intervalles de référence mais des tendances en fonction des âges (voir tableau).

Hématologie

Il semblerait que le nombre d’hématies et la valeur de l’hématocrite et de l’hémoglobinémie à la naissance soient dans l’intervalle de référence de l’adulte, puis chutent rapidement. Pendant la croissance, cet intervalle atteint un minimum entre 2 semaines pour les hématies et 4 à 6 semaines pour l’hémoglobine et l’hématocrite. Ensuite, les valeurs atteignent l’intervalle de référence des adultes entre 3 et 6 mois. Le remplacement progressif des globules rouges fœtaux et l’expansion du système vasculaire par un effet de dilution expliquent ces variations.

Le volume globulaire moyen (VGM) est élevé à la naissance puis chute progressivement pour atteindre les valeurs de l’adulte vers 2 à 4 mois. La concentration corpusculaire moyenne en hémoglobine (CCMH) semble peu différente entre le jeune et l’adulte. Le remplacement des globules rouges fœtaux, plus gros que ceux produits après la naissance, induit ces variations : 95-100 fl chez le fœtus versus 55-75 fl chez l’adulte.

L’hématopoïèse, soutenue chez le jeune pour compenser les pertes de globules rouges fœtaux et répondre à l’expansion du secteur circulant, donne lieu à un comptage réticulocytaire plus élevé que chez l’adulte. Les réticulocytes sont polychromatophiles au frottis. Appliquer les valeurs de référence de l’adulte risquerait de conclure faussement à une anémie régénérative chez le jeune.

Chez le chiot, le comptage leucocytaire est rapporté comme étant dans l’intervalle de référence de l’adulte. Chez le chaton, il en va de même à la naissance, puis la valeur augmente pour être au-dessus de l’intervalle entre 2 et 4 mois. Elle revient dans l’intervalle de référence vers l’âge de 5 à 6 mois.

Chez le chiot, des polynucléaires non segmentés sont identifiés dans les premières semaines de vie. Les granulocytes neutrophiles sont généralement dans l’intervalle de référence à la naissance puis augmentent entre 1 et 3 mois, comme les lymphocytes, avec un comptage rapporté entre 2000 et 10 000 lymphocytes/ml. Chez le chaton, les lymphocytes sont dans l’intervalle de référence de l’adulte à la naissance puis augmentent pour passer au-dessus de l’intervalle entre 2 et 4 mois. Le retour aux valeurs de l’adulte se situe vers 5 à 6 mois.

Le comptage plaquettaire du chiot ou du chaton ne diffère pas de celui de l’adulte.

Biologie

Chez le jeune, le foie est immature et les mécanismes de régulation de la glycémie sont moins efficaces. Chez le chiot, la glycémie est plus basse juste après la naissance avec une grande variabilité chez les nouveau-nés en fonction des repas. La glycémie reste souvent supérieure à celle de l’adulte jusqu’à 6 à 9 mois. Chez le chaton, une glycémie supérieure à celle de l’adulte est notée jusqu’au sevrage.

Chez le chiot et le chaton, l’ingestion du colostrum induit une forte activité des phosphatases alcalines (PAL) (x30), avec une diminution progressive en 8 à 14 jours. Puis la croissance osseuse induit une activité supérieure des PAL jusqu’à au moins 4 mois, avec un pic autour de 3 mois (plus long chez les chiots de grande race).

De la même façon, l’ingestion de colostrum conduit à une activité très élevée des gamma-glutamyl transférases (GGT) chez les chiots (moins marquée chez les chatons), avec une diminution progressive entre 8 et 14 jours. Ensuite, la croissance induit une baisse de l’activité de cette enzyme, parfois plus basse que chez l’adulte jusqu’à 6 mois d’âge. Chez le chaton, cette différence n’est pas rapportée.

À la naissance, une concentration de bilirubine plus élevée est rencontrée pour certains chiots et chatons. Une diminution rapide s’ensuit entre 1 et 4 semaines pour atteindre la concentration de l’adulte. Ceci pourrait être expliqué par une demi-vie des globules rouges fœtaux plus courte ou une immaturité du foie.

Il n’a pas été montré de différence d’intervalle pour les acides biliaires entre le jeune et l’adulte (chiot et chaton).

L’immaturité du foie induit une activité enzymatique des alanines aminotransférases (ALAT) dans l’intervalle de référence de l’adulte ou plus basse, puis une augmentation progressive jusqu’à 6 mois. Chez le chaton, la présence d’ALAT dans le colostrum pourrait être à l’origine d’une activité plus élevée à la naissance.

Aspartates aminotransférases (ASAT), créatines kinases (CK) et lactates déshydrogénases (LDH) ont une activité élevée à la naissance, secondaire au traumatisme musculaire engendré lors de la mise bas. L’activité des ASAT diminue en quelques jours, celle des CK et LDH reste plus élevée que chez l’adulte jusqu’à 6 mois.

La concentration en triglycérides et en cholestérol dépend de la prise alimentaire, mais les concentrations sont élevées jusqu’au sevrage puis diminuent rapidement pour atteindre celles de l'adulte.

Les concentrations en calcium sont plus élevées chez le jeune : l’alimentation lactée induit un apport supplémentaire en calcium et une absorption stimulée par la présence de la parathyroid hormone-related peptide (PTH-rP) et de l’hormone de croissance (GH) dans le lait et la forte activité du métabolisme osseux pendant la croissance. Chez le chiot, la concentration en calcium total est plus élevée jusqu’à 1 an, et en calcium ionisé au moins jusqu’à 84 jours. Le chaton présente une concentration en calcium total plus élevée que l’adulte jusqu’à 3 mois.

Les concentrations en phosphore sont plus élevées chez le jeune que chez l’adulte, du fait du métabolisme osseux soutenu. Chez le chiot, cette concentration est basse entre 1 et 3 jours, puis dépasse les intervalles de référence jusqu’à environ 1 an. Chez le chaton, la concentration en phosphore est supérieure à l’intervalle de référence de l’adulte jusqu’à environ 1 an.

L’urémie du chiot est dans les intervalles de référence de l’adulte à la naissance, puis baisse entre 2 et 12 semaines pour un retour aux valeurs de l’adulte vers 6 mois. Chez le chaton, l’urémie est inférieure jusqu’à environ 2 à 3 mois, mais les données sont peu nombreuses. Ces variations pourraient s’expliquer par l’immaturité du foie, le faible apport en protéines et une augmentation du volume plasmatique.

Aucune donnée n’est publiée concernant les modifications de la diméthylarginine symétrique (SDMA) chez le jeune. Le laboratoire Idexx propose un intervalle de référence du chiot de 0 à 16 mg/dl (vs adulte 0-14), et identique à celui de l’adulte chez le chaton.

La concentration en protéines totales est basse à la naissance. Elle augmente significativement avec la prise colostrale, puis baisse suite à son catabolisme. La concentration redevient similaire à celle de l’adulte entre 6 et 12 mois. L’albuminémie du chiot est plus basse que celle de l’adulte jusqu’à 4 semaines, avant de revenir dans les valeurs de l’intervalle de référence de l’adulte ; il n’y a pas de données chez le chaton. Chez le chiot et le chaton, après une basse concentration à la naissance, la concentration en globulines augmente suite à la prise de colostrum, mais reste inférieure à celle de l’adulte jusqu’à 1 an.

Les données concernant la kaliémie du chiot sont contradictoires, elle serait élevée avec un pic entre 15 jours et 6 à 8 semaines selon les études. Peu de données sont récoltées chez le chaton chez qui la kaliémie semble plus basse que chez l’adulte jusqu’aux 6 mois. La natrémie est plus basse que chez l’adulte chez le chiot avec une augmentation progressive de la concentration ; elle semblerait identique à l’adulte chez le chaton. Chez le chiot, la chlorémie est plus basse que chez l’adulte avec une augmentation à 16 jours et reste dans les valeurs basses de l’intervalle de référence de l’adulte jusqu’à au moins 84 jours ; elle est plus basse chez le chaton jusqu’à 4 à 6 mois.

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