Le Haut Conseil pour le climat encourage la filière de l’élevage à se décarbonner - La Semaine Vétérinaire n° 2025 du 15/03/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2025 du 15/03/2024

CLIMAT

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Ségolène Minster

L’alimentation représente 22 % de l’empreinte carbone des français. Dans un rapport publié en janvier, le Haut Conseil pour le climat (HCC) analyse les politiques alimentaires et agricoles à la lumières des enjeux climatiques et recommande d’adapter et décarboner la filière agricole, mais aussi l’ensemble des secteurs de l’alimentation. L’élevage, déjà fragilisé par le dérèglement climatique, est au cœur de cette transition.

Avec un réchauffement planétaire se dirigeant vers les +2°C à l’horizon 2050, les activités agricoles sont de plus en plus exposées à des dommages liés aux aléas climatiques, à des pertes de productivité et des baisses de ressources alimentaires pour les troupeaux. Le HCC déplore que les politiques agricoles et alimentaires actuelles sont peu mobilisées en appui aux politiques climatiques et recommande de développer une vision claire sur les modèles agricoles qui limitent les émissions de gaz à effet de serres (GES) et adaptées au changement climatique. Des options existent en effet pour toutes les composantes du système alimentaire, y compris les productions animales, et garantissant l’accès à une alimentation durable et saine pour tous. Les vulnérabilités de l’élevage et les solutions techniques pour l’atténuation des émissions et l’adaptation méritent d’être soulignés.

Les vulnérabilités de l’élevage 

Le rapport pointe l’augmentation importante du nombre de jours de stress thermique sur les animaux d’élevage, qui affecte directement leur santé, bien-être et productivité, voire cause une surmortalité en conditions de canicule. La fréquence, la durée et l’intensité des sécheresses ainsi que le déficit (ou l’excès) de précipitations peuvent causer des difficultés à produire des fourrages. « Les effets du changement climatique entraîneront vraisemblablement une réduction de la productivité laitière à l’herbe en Europe de l’Ouest et du Sud », indique ainsi le rapport. Autre incidence prévue : une modification de l’aire de répartition des agents pathogènes et de leurs vecteurs. En 2015, le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) a lancé le programme Climalait1 pour évaluer les incidences du changement climatique, à l’horizon 2050, sur les systèmes d’élevage laitier français. L’Institut de l’élevage (Idele) a, lui, élaboré un outil (ClimAléas-Test2) d’analyse de la vulnérabilité des exploitations. Les critères de diagnostic incluent le stress thermique des animaux, les abreuvements, la sécurisation du système alimentaire (choix culturaux, autonomie en protéine, origine des fourrages achetés, volume des stocks de sécurité, etc.).

Solutions pour remédier au stress thermique

Pour diminuer le stress thermique des animaux, le HCC met en avant plusieurs solutions. D’abord, améliorer l’ombrage des bâtiments et des pâturages à l’aide d’arbres et de haies. Il prône aussi la sélection génétique d’animaux plus robustes et résilients. Enfin, il recommande de concevoir des bâtiments adaptés. Cela passe par une réduction de la chaleur émise à l’intérieur des bâtiments et à une adaptation de ceux-ci par différentes options techniques : limitation du rayonnement des parois, ventilation, brumisation, douchage. Ces deux dernières solutions sont efficaces pour diminuer la température, mais le douchage comporte un risque de mal-adaptation. Comme il consomme plus d’eau, il est susceptible d’être moins ou irrégulièrement disponible. L’estive est également une piste en montagne, avec des précautions à prendre pour préserver les écosystèmes d’altitude.

Solutions relevant de l’agroécologie

L’agroécologie est définie par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire comme « une façon de concevoir des systèmes de production qui s’appuient sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes ». Il peut s’agir de systèmes fondés sur l’agroforesterie, la gestion de la matière organique, la polyculture-élevage, le pastoralisme, la sylvo-aquaculture (mangroves), etc. Tous sont considérés comme efficaces pour rendre les filières agricoles moins vulnérables au changement climatique. Par ailleurs, « les approches agroécologiques peuvent atteindre un haut niveau de productivité et de rentabilité en réduisant les externalités environnementales négatives associées à l’agriculture conventionnelle », indique le rapport du HCC. Le texte encourage aussi le maintien et le développement des prairies, qui sont à la fois une source d’alimentation et de stockage de carbone. « Le stockage de carbone étant réversible, son caractère pérenne dépend de la durée des pratiques stockantes. La conservation des stocks de carbone des sols est essentielle, en évitant le retournement des prairies permanentes […] », souligne le HCC.

Solutions issues de l’agroforesterie

Le projet L’ARBre dans les exploitations d’ELEvage herbivore : des fonctions et usages multiples (ARBELE) a étudié l’effet des pratiques agroforestières (haies, plantations intraparcellaires, sylvopastoralisme) dans l’élevage herbivore. Il en ressort qu’en période chaude, la température peut diminuer de l’ordre de 6 °C sous leur canopée ; les produits des arbres peuvent être utilisés dans l’alimentation animale en période de sécheresse. Et la productivité en fourrage de la prairie resterait stable, même en présence d’arbres.

Solutions zootechniques pour limiter les émissions de GES

En plus des mesures d’adaptation, il est nécessaire de réduire les émissions de GES (dioxyde de carbone, méthane, oxyde nitreux, etc.). Dans cette optique, le HCC liste des solutions zootechniques. Ajouter des additifs dans les rations des ruminants (algues rouges, graines de lin extrudées, 3-nitrooxypropanol) réduirait les émissions de méthane à hauteur de 25 % ; leur innocuité pour les animaux et l’environnement reste à confirmer. Prolonger la carrière des vaches laitières est également envisagé en avançant l’âge du premier vêlage et en augmentant le nombre de lactations. D’après les travaux de l’unité expérimentale du Pin3 (Inrae), passer d’un taux de renouvellement de 40 à 25 % en troupeau laitier réduirait de 14 % les émissions de méthane par litre de lait. Diminuer les apports protéiques dans les rations des vaches laitières et des porcs limiterait la teneur en azote des effluents et donc les émissions d’oxyde nitreux associées.

Afin de mettre en œuvre les solutions décrites dans son rapport, le HCC recommande de renforcer les politiques publiques au service de la transition. La stratégie nationale bas carbone fixe une trajectoire de réduction des émissions carbone jusqu’en 2050. Le HCC propose de définir des jalons intermédiaires (2030 et 2040) et d’intégrer la transition des modèles agricoles dans la prochaine politique agricole commune (PAC). Les sujets d’atténuation et d’adaptation au changement climatique mériteraient aussi d’être intégrés de manière systématique dans l’enseignement agricole.

Raison d’être du Haut Conseil pour le climat

Créé par le décret du 14 mai 2019, le Haut Conseil pour le Climat est un organisme indépendant chargé d’évaluer l’action publique de la France en matière de climat et d’examiner sa cohérence avec ses engagements internationaux, tels que l’Accord de Paris, l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 et le respect des budgets carbone. Il est composé de 12 membres choisis pour leur expertise scientifique.

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