Actualités autour des diurétiques de l’anse - La Semaine Vétérinaire n° 2023 du 01/03/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2023 du 01/03/2024

Cardiologie

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Amandine Violé

Marine Roche-Catholy s’intéresse dans son mémoire de thèse aux mécanismes de résistance aux diurétiques, encore peu documentés en médecine vétérinaire, et précise l’usage du torasémide chez le chat.

Les diurétiques, dont les diurétiques de la branche ascendante de l’anse de Henlé (furosémide, torasémide), sont la pierre angulaire du traitement d’une détresse respiratoire aiguë chez les chiens et chats souffrant d’insuffisance cardiaque congestive (ICC). Chez des animaux naïfs présentant une fonction rénale conservée, cette approche fonctionne généralement bien. Toutefois, en médecine humaine, l’existence d’une diminution progressive de leur effet a été démontrée (17 % des cas)1. Diverses études se sont alors attelées à définir des marqueurs urinaires et/ou sanguins permettant sa détection précoce, dont l’hypochlorémie, qui constitue un facteur pronostique négatif2.

Un mémoire de recherche sur la résistance aux diurétiques en médecine vétérinaire

En médecine vétérinaire, ce phénomène est encore peu décrit. Néanmoins, il est établi que tous les animaux ne présentent pas une réponse clinique similaire aux diurétiques. Par ailleurs, à l’exception de quelques rares études menées chez le chien, peu de données concernant la pharmacocinétique de ces molécules sont disponibles. De ce fait, leur usage (choix de la molécule, dose, fréquence d’administration) reste variable, en l’absence de recommandations consensuelles. Le travail de PhD de Marine Roche-Catholy (L 16) 3 s’est articulé autour de deux études. La première, rétrospective, consiste à documenter les anomalies électrolytiques référencées à l’admission chez 46 chiens et 34 chats présentés pour un premier épisode de décompensation cardiaque (dont 33 chiens et 11 chats déjà sous traitement pour leur ICC, incluant pour certains des diurétiques) et d’évaluer la relation entre ces données électrolytiques et la dose de diurétiques administrée, la durée d’hospitalisation et le temps de survie. La seconde, prospective, vise à préciser les données pharmacocinétiques et pharmacodynamiques du torasémide administré par voie orale à 6 chats sains et de définir des recommandations préliminaires quant à son utilisation, des données étant déjà disponibles chez le chien.

L’hypochlorémie, marqueur d’une baisse d’efficacité des diurétiques ?

L’hypochlorémie est l’anomalie électrolytique la plus documentée (9/46 chiens, 10/34 chats). Les chiens avec une hypochlorémie à l’admission (médiane 113 mmol/l [97 – 125]) nécessitent l’administration de doses de furosémide significativement plus élevées à leur sortie d’hospitalisation (médiane 5,2 mg/kg/jour [1,72-9,57]) puis en entretien. Aucun lien similaire n’a été établi chez le chat. Aucune association significative n’a pu être mise en évidence concernant la durée d’hospitalisation et le temps de survie, tant chez le chien que le chat. Ces résultats suggèrent que l’hypochlorémie pourrait être un marqueur prédictif d’une baisse d’efficacité des diurétiques chez les chiens atteints d’ICC et ainsi préjuger de la sévérité de la maladie. Il pourrait ainsi faire partie des paramètres à évaluer à l’admission de chiens présentant une décompensation cardiaque.

Nouvelles données sur le torasémide chez le chat

Les résultats de l’étude prospective confirment une supériorité du torasémide par rapport au furosémide dans l’espèce féline, sur un plan pharmacocinétique. Sa biodisponibilité orale apparaît nettement supérieure (88 % versus 48 ± 23 %) et aucun effet secondaire n’a été mis en évidence. Les analyses pharmacodynamiques révèlent qu’une dose quotidienne de 0,27 mg/kg/j semble appropriée chez le chat. Il convient de rappeler que ces résultats ont été obtenus sur un faible échantillon de chats sains et se doivent d’être confrontés aux résultats de futures études cliniques prospectives. Le torasémide apparaît néanmoins indiqué dans la prise en charge d’individus présentant une ICC chronique avancée, sur la base de sa meilleure biodisponibilité et d’une meilleure réponse clinique, plus particulièrement chez ceux réfractaires au furosémide.

  • 1. Doering A., Jenkins C.A., Storrow A.B., et al. Markers of Diuretic Resistance in Emergency Department Patients with Acute Heart Failure. Int. J. Emerg. Med. 2017;10:17. bitly.ws/3dRUo
  • 2. Broughton J.S., Hanberg J.S., Rao S.V., et al. Hypochloremia and Diuretic Resistance in Heart Failure: Mechanistic Insights. Circ. Heart Fail. 2016;9:e003180. bitly.ws/3dRWc
  • 3. Marine Roche-Catholy Loop diuretic therapy for congestive heart failure in dogs and cats : what are we missing? UGent (2023). bitly.ws/3dRQp 
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