Le profil des vétérinaires en Europe - La Semaine Vétérinaire n° 2022 du 23/02/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2022 du 23/02/2024

DOSSIER

Auteur(s) : Par Karin de Lange

La Fédération vétérinaire européenne (FVE) vient de publier les résultats de sa troisième enquête sur la profession. Réalisée auprès de quelque 12 000 vétérinaires et dans 37 pays, elle passe à la loupe la composition démographique, les conditions de travail et les tendances futures du secteur. Décryptage.

Premier constat d’importance, la profession continue de croître. En 2018, le nombre de vétérinaires en Europe s’élevait à 309 144 vétérinaires. Il est aujourd’hui d’environ 328 500, soit 0,42 par 1 000 habitants (voir figures 1 à 3), ce qui représente une augmentation de 6 %. Cette enquête à grande échelle – elle portait sur plus de 12 000 confrères dans 37 pays – dresse un état des lieux de la profession grâce à des données sur sa démographie, ses conditions de travail, son état d’esprit et, enfin, ses perspectives.

Le vétérinaire européen est une femme

Les résultats montrent que le (la !) vétérinaire européen(ne) « typique » est une femme, âgée de 35 à 39 ans avec 6 à 10 ans d’expérience professionnelle et employée à temps partiel, soit dans une clinique soit dans l’industrie. Elle exerce le plus souvent dans le secteur des animaux de compagnie et gagne 48 000 € par an (revenu médian en équivalent temps plein).

Le pourcentage de femmes dans la profession augmente en Europe. Il approche des deux tiers. Jusqu’à 65 % des vétérinaires à temps plein et plus de la moitié (56 %) des propriétaires et/ou associés de structures sont des femmes. Ce dernier point met en évidence une évolution notable. Non seulement les femmes représentent 81 % des vétérinaires en début de carrière (avec 5 ans ou moins d’expérience), mais elles prédominent aussi chez les plus expérimentés. Elles sont 74 % parmi les professionnels ayant 6 à 10 ans d’expérience et 58 % parmi ceux qui en ont 11 ou plus.

La montée des "corporates"

La répartition des emplois par secteur est la suivante : 67 % exercent dans des établissements de soins vétérinaires privés (dont 16 en "corporate"), 14 % dans la fonction publique, 6 % dans l’enseignement et la recherche. Les 13 % restants se partagent notamment entre l’industrie agroalimentaire et pharmaceutique et le petfood.

 La corporatisation ou consolidation, c’est-à-dire le regroupement des établissements de soins au sein de groupes privés, est un phénomène qui existe depuis plus de 20 ans au Royaume-Uni. Il y emploie à l’heure actuelle 44 % de la main-d’œuvre vétérinaire, taux inégalé en Europe continentale. Seuls 6 des 28 pays étudiés dans ce domaine affichent un taux supérieur à 20 %. En Suède et en Norvège, ce pourcentage y atteint respectivement 34 et  27 %. En France, il est de 16 %.

Dans toute l’Europe, un peu plus d’un quart (27 %) des vétérinaires sont des propriétaires de structures ou des associés. Le nombre de petits cabinets baisse. En 2018, les structures composées de 1 ou 2 employés représentaient 43 %, contre 32 % aujourd’hui. En revanche, le nombre de structures comptant de 11 à 30 employés augmente légèrement. Elles représentent maintenant 12 % tandis que celles de 31 à 50 employés se hissent à 4 %.

De 14 à 85 000 € pour plus de 40 heures par semaine

Si un vétérinaire européen touche en médiane 48 000 € par an (55 000 € en France), ce chiffre varie considérablement selon les pays et les secteurs. La Suisse et l’Irlande arrivent en tête du classement avec un revenu annuel de plus de 85 000 € tandis que la Serbie et la Roumanie ferment la marche avec un revenu inférieur à 14 500 €. D’après l’étude, les praticiens qui travaillent dans de grandes structures gagnent mieux leur vie. Les salaires annuels dans les cabinets de 31 à 50 employés sont les plus hauts. Ils s’élèvent à 72 000 € en médiane. En deuxième place pointent les vétérinaires exerçant dans des structures de 51 à 100 employés (60 000 € ). Les écarts de rémunération perdurent entre les sexes (même en ajustant la rémunération sur la base d’un temps plein). Le salaire médian pour les hommes est de 55 360 € et de 46 400 € pour les femmes, soit 16 % de moins.

Le temps de travail hebdomadaire a diminué depuis 2015. Les vétérinaires sont en moyenne engagés contractuellement à travailler 36,9 heures par semaine, mais en effectuent en réalité 42,4 heures. Il y a huit ans, ils étaient engagés pour 40,2 heures par semaine contre 46,8 heures effectives. En moyenne, les vétérinaires européens consacrent 45 heures par an à la formation permanente, ce qui représente une augmentation  en comparaison des 40 heures de 2018. Le webinaire est la méthode la plus populaire dans ce domaine, mais la formation en face à face reste très attrayante.

90 % des vétérinaires sont stressés

Les vétérinaires  expriment un taux élevé de satisfaction concernant leur choix de profession. Ils lui attribuent une note moyenne de 7/10 (10 étant la note la plus élevée). Les vétérinaires de Suisse, du Danemark et de Finlande sont les plus contents. Cependant, les sondés sont plus modérés quand on les interroge sur leur équilibre travail-vie personnelle (5/10) et leurs revenus (5,5/10). La grande majorité des médecins vétérinaires (plus de 90 %) se disent stressés. Près d’un quart (23 %) ont dû prendre plus de deux semaines d’arrêt de travail en raison d’une dépression, d’un épuisement professionnel ou d’une fatigue de compassion au cours des trois dernières années. Lorsqu’on leur a demandé s’ils envisageaient de quitter le milieu vétérinaire pour une autre profession, 25 % ont déclaré que c’était probable et 18 % ont jugé une telle décision « peu probable ». Point surprenant, une majorité (62 %) de vétérinaires employés par des grands groupes privés ont estimé « très peu probable » de rester vétérinaires jusqu’à leur retraite. C’est le cas pour seulement 9 % de leurs collègues travaillant dans des structures indépendantes.

Attentes actuelles et défis futurs

Interrogés sur l’avenir de la profession, les sondés ont déclaré s’attendre à une augmentation de la demande en matière de soins aux animaux de compagnie et de NAC, mais à une baisse dans les secteurs équin et petits ruminants. Les services spécialisés et la télémédecine sont identifiés comme les domaines les plus susceptibles de croître. Autre prévision révélée par l’étude : une demande croissante de formation en communication, en gestion d’affaires et en compétences numériques. Enfin, les répondants perçoivent une plus grande spécialisation ainsi qu’une expansion plus agressive des corporates.

Les charges de travail élevées et les pénuries de personnel sont les principaux défis cités par les vétérinaires. Les structures craignent, elles, l’augmentation des coûts des produits et des médicaments, les clients dans l’incapacité de régler leurs factures et l’administration.

Enfin, les vétérinaires soutiennent fermement l’objectif d’atteindre un programme One Health (« Une seule santé »). 8 sur 10 sont d’accord avec l’énoncé suivant : « En tant que profession, nous devons nous démarquer à l’échelle mondiale et démontrer notre engagement en matière de One Health. »

Les points à retenir

Le rapport met en évidence plusieurs caractéristiques :

• La profession rajeunit et se féminise.

• Un diplôme de vétérinaire offre un large éventail de carrières.

• La taille des structures augmente dans tous les pays et un nombre croissant de vétérinaires travaillent en tant qu’employés tandis que le nombre de propriétaires baisse.

• Une demande croissante d’auxiliaires vétérinaires et de soignants est à prévoir, et la profession devrait faire davantage pour réglementer les normes de formation et les tâches que cette catégorie de personnel peut accomplir.

• De nombreux pays et secteurs sont confrontés à des pénuries de main-d’œuvre. Les niveaux de stress et le besoin de pauses pour soutenir la santé mentale et le bien-être restent tout aussi élevés qu’en 2018, d'où la nécessité pour la profession de continuer à travailler sur le bien-être mental et à améliorer la diversité, l’équité et l’inclusion.

• Les attentes des clients ont changé. Les progrès de la science et de la technologie vétérinaires accélèrent encore. La profession va devoir s’assurer qu’elle « reste à l’avant-garde de ces nouveaux développements » et que « les clients comprennent le coût des soins ».

  • Pour en savoir plus : Survey of the Veterinary Profession in Europe 2023. FVE (par CM Research), 171 p. Le rapport (en anglais) est disponible gratuitement sur le site de la FVE. Il contient de nombreux chapitres, comparant souvent les résultats avec ceux de 2015 et de 2018, séparant parfois les résultats par tranche d’âge ou par type de structure. Les dernières 30 pages sont consacrées aux données démographiques vétérinaires par pays. bitly.ws/3dcBG
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