Incidences et bénéfices de l’élevage ovin sur l’environnement - La Semaine Vétérinaire n° 2022 du 23/02/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2022 du 23/02/2024

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Par Ségolène Minster

L’équipe du projet Life Green Sheep et l’Institut de l'élevage (Idele) ont présenté le 14 décembre 2023 les premiers résultats de leur étude sur les répercussions de l’élevage ovin européen sur l’environnement et de leurs actions pour décarboner la filière. 

Les ovins émettent des gaz à effet de serre (GES) principalement du fait de la fermentation entérique. À l’échelle mondiale, cela représenterait 7,4 % des émissions de GES provenant des activités humaines (FAO, 2017). Lancé en 2020, Life Green Sheep a pour objectif d’établir en 2025 la feuille de route climatique et durable de la filière ovine et vise une réduction de 12 % de ses GES d’ici 10 ans. Le projet, qui se déroule dans cinq pays européens (France, Espagne, Irlande, Italie et Roumanie), a mis en place un cadre commun pour mesurer les GES émis, formé des techniciens aux méthodes d’évaluation et testé des leviers d’action bas-carbone.

Des émissions variables selon le système d’élevage

En France, 211 fermes, des élevages viande et laitier, ont fait l'objet d'un diagnostic initial. Il a été établi avec l’outil CAP2ER (calcul automatisé des performances environnementales en élevage de ruminants). Ces exploitations ont ensuite testé des leviers potentiels de baisse des GES.

Les diagnostics ont permis de classer les différents postes émetteurs de GES. La fermentation entérique arrive en tête. Elle est suivie de la gestion des effluents et de l’achat d’aliments. Les proportions diffèrent entre les élevages d'ovins allaitants ou laitiers. Viennent ensuite la fertilisation azotée, la consommation de carburant et d’électricité. En parallèle, les élevages ovins ont aussi la capacité de stocker du carbone dans les prairies et les haies. En effet, la prairie a une pousse d’herbe importante, continue, et lorsqu’elle est maintenue plusieurs années, elle stocke dans le sol plus de carbone qu’une culture labourée (action qui déstocke du carbone dans l’atmosphère). L’empreinte carbone des produits, viande ou lait, correspond donc aux émissions de GES de l’élevage auxquelles on soustrait le niveau de capture de CO2. Elle est exprimée en kg CO2/kg équivalent carcasse ou en kg CO2/L de lait selon la filière. L’étude révèle de grandes disparités dans les niveaux d’émissions et de stockage selon les systèmes d’élevage. La valeur moyenne française d’empreinte carbone est 18 kg équivalent CO2 pour un kilo de viande ovine et, pour le lait de brebis, de 2,2 kg équivalent CO2/  par litre de lait.

À ce stade de l’étude, dans les élevages de viande ovine, le stockage de CO2 le plus élevé a été relevé dans les systèmes pastoraux. Il y dépasse même les émissions brutes de GES. L’empreinte carbone de la viande produite en système pastoral est donc négative. Dans les systèmes en bergerie, à l’opposé, le stockage de carbone, très faible, ne compense pas les émissions brutes de GES.

En complément, l’étude a présenté les résultats techniques des 10 % d’exploitations ayant les plus faibles émissions de CO2. En système herbager pour la production de viande, ces élevages ont une meilleure prolificité, une meilleure productivité pondérale par rapport aux élevages qui ont des émissions dans la moyenne ou dans le décile supérieur. Le nombre de jours pâturés pour les brebis est le plus élevé (308 jours/an).

Des leviers de réduction de GES

Le programme Life Green Sheep a dégagé des mesures de réduction de GES. Elles se répartissent en quatre catégories. La première concerne l'énergie et la gestion des effluents (par exemple, réduire la consommation de carburant) ; la seconde la gestion des surfaces (par exemple, implanter des légumineuses) ; la troisième la gestion du troupeau et la quatrième l'alimentation. Les deux dernières, en lien direct avec la santé animale, méritent une attention toute particulière.

Dans les élevages laitiers, le premier levier choisi par les éleveurs du projet concerne la gestion de l’alimentation, avec l’optimisation de la consommation de concentré et l’augmentation de la durée de pâturage. En lien avec le niveau de production, les éleveurs doivent fournir la juste ration de concentré, sans excès, ou travailler sur la qualité des fourrages afin de limiter le recours au concentré. Certains ont choisi de réintroduire quelques hectares de céréales sur leur ferme, afin de produire localement leur concentré.

L’étude montre que l'empreinte carbone des produits de la filière varie selon le système d’élevage et les pratiques des exploitations. Le potentiel de compensation par le stockage de CO2 dans les prairies est important en filière ovine. Les plans d’action réalisés dans les 211 fermes innovantes du projet Life Green Sheep ont permis de constater une baisse de l’ordre de 10 % en moyenne des émissions de GES. Ces résultats s’accompagnent de gains économiques. Le vétérinaire a toute sa place pour accompagner les élevages ovins dans la réduction des GES, notamment en améliorant sa gestion sanitaire, ce qui s'inscrit dans la continuité des objectifs économiques et techniques déjà poursuivis.

  • Source : bitly.ws/3daLG
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