Une revue de l’INRAE consacrée à l’efficience alimentaire des bovins allaitants - La Semaine Vétérinaire n° 2021 du 16/02/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2021 du 16/02/2024

ALIMENTATION

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Ségolène Minster

L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) a publié en octobre dernier dans sa revue dédiée aux productions animales, un dossier consacré aux résultats du programme BEEFALIM 2020.

De 2013 à 2021, ce programme, en partie financé par l'INRAE, a travaillé sur la notion d’efficience alimentaire (EA) des bovins allaitants, qui se définit comme la capacité des animaux à transformer les ressources alimentaires en produits animaux. L’objectif était, d'une part, de connaître les implications de l’efficience digestive et de l’efficience métabolique et, d'autre part, de manière plus appliquée, de produire des indicateurs de l’EA utilisables à grande échelle et d'aboutir à une sélection génomique de ce caractère. Les expérimentations ont été uniquement menées sur la race charolaise, car elle est la première race allaitante française, et en raison de la disponibilité de troupeaux expérimentaux.

Dans le cadre d’une demande croissante en produits animaux et de la disponibilité finie des ressources alimentaires, l’amélioration de l’efficience alimentaire prend toute son importance. Mais, pour un régime alimentaire donné, il existe une forte variabilité de l’EA d’un individu à l’autre. « Le déterminisme physiologique de l’EA est complexe et combine au niveau d’un animal cinq processus biologiques majeurs : la capacité d’ingestion, la capacité digestive, l’efficacité métabolique, la production de chaleur et la thermorégulation. »

Mécanismes digestifs et métaboliques associés aux différences individuelles

Le premier article du dossier de l'INRAE synthétise l'axe d'étude portant sur les mécanismes biologiques associés aux variations individuelles de l’EA, exprimée à travers la consommation moyenne journalière résiduelle (CMJR). Ce critère a été retenu en raison de son utilisation préférentielle par la filière bovine comme critère pour la sélection génétique. « Les analyses fines des mécanismes biologiques associés à la CMJR ont mis en évidence certains déterminants de l’EA chez le jeune bovin, quel que soit le régime alimentaire (émissions de méthane, efficience d’utilisation de l’azote, rendement de carcasse) et d’autres qui ne sont observés qu’avec des régimes riches en amidon (turnover protéique et rapport muscle/gras dans les carcasses. » Chez les animaux efficients avec un régime riche en amidon, un renouvellement des protéines tissulaires plus lent semble expliquer le meilleur taux de conversion de l’azote alimentaire en muscle. Les résultats montrent également un lien modéré et négatif entre les émissions de méthane et l’EA chez le jeune bovin en engraissement. L’article précise qu’une stratégie visant l’amélioration de l’EA des animaux conduirait à une baisse des émissions de méthane du fait d’une ingestion plus faible.

Déterminants génétiques de l’EA

L’efficience alimentaire était modérément héritable au sein de la population des taureaux et de jeunes bovins du dispositif. Du fait de cette corrélation génétique défavorable entre la CMJR et le gain moyen quotidien constatée dans la population expérimentale de jeunes bovins, il ne serait donc « pas souhaitable de pratiquer une sélection sur la seule CMJR pour ne pas dégrader la croissance ».

L’efficience alimentaire est un caractère déterminé par de nombreux gènes et fonctions biologiques, notamment le métabolisme des acides gras, le métabolisme protéique et une voie en rapport avec l’insuline. Les résultats du programme n’ont pas permis à ce jour de déterminer des applications dans les schémas de sélection ou les pratiques d’élevage.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr