Les collaborateurs en quête de sens - La Semaine Vétérinaire n° 2021 du 16/02/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2021 du 16/02/2024

Management

ENTREPRISE

Auteur(s) : Par Françoise Sigot

Près de la moitié des actifs se disent prêts à changer de travail pour peu que le nouveau soit plus porteur de sens. Un défi pour les employeurs qui doivent s’interroger sur les attentes de leurs collaborateurs et créer les conditions idoines.

Le Covid a allumé la mèche et c’est peu dire que la combustion s’ancre dans la durée. Selon une étude menée par Projet Sens, un collectif d’entreprises, intitulée « Du sens à l’ouvrage »*, 43 % des salariés envisagent de quitter leur emploi dans les deux ans. Une tendance de plus en plus marquée depuis la pandémie. Cette quête de sens se manifeste dans tous les types de structures, de la fonction publique aux multinationales en passant par les petites entreprises. Les cliniques vétérinaires sont donc elles aussi concernées par ce phénomène. La recherche de sens va de pair avec une importance plus relative accordée au travail ces dernières années. En 2022, seuls 21 % de la population active disent considérer leur travail comme un élément très important dans leur vie. Il y a 32 ans, 60 % des actifs estimaient que leur occupation professionnelle était le pilier de leur vie et le sens ne s’invitait pas encore dans les critères pour sélectionner la structure au sein de laquelle faire carrière.

La fidélité fait long feu

Aujourd’hui, la tendance s’inverse et personne n’y échappe, même si les jeunes et les cadres sont ceux qui aspirent le plus au changement. Ainsi, 59 % des moins de 35 ans disent envisager de changer d’emploi pour un poste et une entreprise plus porteurs de sens. D’ailleurs, 42 % des cadres de moins de 35 ans ont déjà quitté un poste en CDI dans les deux ans suivant leur embauche. La moitié des femmes qui ont répondu à cette étude se disent prêtes à franchir le pas. Il en va de même pour 52 % des managers. Si le sens s’invite au travail, la rémunération ne perd pas pour autant son attractivité. Il y a trente ans, un tiers des actifs plaçaient la rémunération au rang de motivation numéro un. Ils sont aujourd’hui 45 % à affirmer que le salaire est leur motivation principale selon l’étude réalisée par Projet Sens. Pourtant, un bon salaire ne suffit pas et même bien payés les salariés hésitent moins aujourd’hui à regarder ailleurs.

Le sens rend moins zappeur

L’enjeu est de taille car les salariés qui considèrent que leur travail a du sens sont trois fois plus susceptibles de rester dans leur entreprise. Et le scénario se corse, 54 % des sondés considèrent aujourd’hui leur travail comme une contrainte plutôt qu'un épanouissement, soit 4 points de plus qu’en 2006. Le défi pour l'employeur consiste donc à trouver ce qui donne du sens au travail, puisque 90 % des salariés estiment cet aspect important ou essentiel. Reste que les dirigeants ne sont pas encore totalement partants pour relever ce pari. Selon l’étude, 14 % déclarent vouloir s'y mettre, mais 85 % n'envisagent pas de le faire à court terme, soit parce qu'ils considèrent que réunir ces conditions n'est pas important pour eux (23 %), soit parce qu’ils pensent avoir déjà mis en place une organisation qui permet au sens d’entrer dans leur entreprise (62 %).

Déterminer ce qui fait sens

Au-delà de l’analyse de la situation, les acteurs du collectif Projet Sens se sont interrogés sur ce qui fait sens aujourd’hui pour un salarié. Ils ont d’abord dressé un constat. « Les points de repère stables se sont effrités, sauf peut-être l’entreprise qui a un rôle croissant à jouer. Les clients et les salariés expriment que l’entreprise n’a pas de sens pour eux quand elle est focalisée sur un objectif uniquement financier », notent-ils. « L’engagement demandé au salarié a longtemps reposé sur le levier de la récompense : rémunérations, avantages, prestige et perspectives de carrière. On « s’investissait » pour obtenir quelque chose en retour. Ce ressort ne suffit plus. C’est la raison pour laquelle se sont développés des discours et des pratiques sur le bien-être, voire le bonheur, au travail », poursuivent-ils. C’est pourquoi fleurissent désormais au sein des entreprises de toutes tailles des animations, des espaces dédiés à la pratique du sport ou de loisirs, mais aussi une offre de services, de la blanchisserie à la livraison des courses, souvent regroupés au sein de conciergeries. Sans compter les aménagements du temps de travail avec des horaires à la carte. Mais désormais, il s’agit d’aller au-delà de ces éléments du bien-être en entreprise pour donner du sens au travail. Selon le rapport, « le sens du travail est une réponse à la triple question : Que signifie le périmètre de mes activités, à quoi contribue notre production collective et comment va prospérer ce que j’ai peiné à construire ? C’est une prise de recul dans trois dimensions par rapport à l’activité immédiate : un fil conducteur entre une multitude de missions et de projets ; un sentiment de contribuer à quelque chose de plus grand, donnant une direction à l’entreprise au-delà d’une production immédiate ; une transmission entre mes prédécesseurs et mes successeurs ».

Mettre en place une organisation qui fait sens

Ce faisant, l’alignement des planètes entre aspirations personnelles et environnement professionnel est de nature à motiver les salariés. De quoi démultiplier leur implication et leur fidélité. Un équilibre difficile à trouver pour l’employeur car le sens n’est pas le même pour tous. De fait, les attentes diffèrent d'un individu à l'autre, et tout l’art d'un bon manager consiste à savoir quelles sont celles à privilégier pour créer les bonnes conditions de travail. En la matière, même si la marque employeur donne le La, le dialogue avec les collaborateurs permet de mieux cerner leurs desiderata. De façon générale, pour apporter du sens aux missions des collaborateurs, il est d’abord indispensable d’être transparent sur la stratégie et la vision de l’entreprise. Par ailleurs, au-delà du collectif, chaque salarié doit avoir une vision précise de son rôle et de sa contribution à l’organisation. Mais les aspirations des uns et des autres n’étant pas figées dans le temps, le dialogue est là encore la seule bonne méthode pour déterminer avec le collaborateur les missions et/ou les conditions d’exercice de ces missions qui font donner du sens à son rôle. Sans oublier de faire un retour au salarié sur la façon dont ses actions et initiatives ont permis à l’ensemble de l’organisation d’évoluer. En impliquant ainsi les salariés tout en donnant le cap, le sens trouve sa place au sein de l’organisation du travail. L’enjeu est crucial, car il s’agit pour l’employeur de faciliter le recrutement, de fidéliser, de pouvoir compter sur des équipes motivées et donc d’assurer ainsi le développement de sa structure.

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