Reconnaître une lésion osseuse agressive à la radiographie chez le jeune chien - La Semaine Vétérinaire n° 2019 du 02/02/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2019 du 02/02/2024

Imagerie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Mylène Panizo

CONFÉRENCIER

Mathieu Harel (A 14), diplômé de l’European College of Veterinary Diagnostic Imaging (ECVDI), spécialiste en imagerie médicale au cabinet Sonhar d'Écully (Rhône).

Article rédigé d’après la conférence : « Lésion osseuse agressive chez le jeune chien : ostéomyélite versus tumeur osseuse ? », présentée lors du congrès de l’AFVAC des 1er et 2 décembre 2023, à Lille (Nord).

Une approche rigoureuse et méthodique permet d’identifier les lésions osseuses agressives à la radiographie. Chez le jeune chien, elles sont dues à un processus infectieux ou néoplasique, deux entités pathologiques qui diffèrent considérablement en matière de traitement et de pronostic.

Caractéristiques radiologiques 

Il est fondamental de décrire de façon exhaustive les lésions visibles à la radiographie, afin d’aboutir à un bon diagnostic différentiel. Pour cela, il faut procéder systématiquement et méthodiquement par étapes, en localisant les lésions puis en évaluant leur caractère agressif ou non. Il est nécessaire d’identifier le/les membre(s) atteint(s), d’observer si la lésion est localisée sur un seul os (atteinte monostotique), ou sur plusieurs (polyostotique), ainsi que sa position sur l’os : lésion sous-chondrale, épiphysaire, atteignant le cartilage de croissance, métaphysaire ou diaphysaire. La lésion est ensuite caractérisée : elle peut être focale, multifocale ou diffuse, symétrique ou asymétrique.

L’agressivité de la lésion est ensuite examinée, en s’aidant de critères décrits dans le tableau 1. La présence d’un seul des trois premiers critères (en gras sur le tableau) suffit pour conclure à une lésion osseuse agressive. Les trois derniers permettent d’affiner le diagnostic différentiel.

Les étapes à suivre sont les suivantes :

- Évaluer la présence d’une destruction osseuse (ostéolyse). Il convient de déterminer sa sévérité et son aspect : ostéolyse en carte de géographie, à l’emporte-pièce, punctiforme ou mixte.

- Caractériser la réaction périostée : il en existe de plusieurs types, révélant dans l’ordre croissant l’agressivité de la lésion : réaction périostée continue (lisse ou lamellaire), irrégulière (palissadique, en feu de brousse, spiculée) ou amorphe.

- Décrire la zone de transition, c’est-à-dire la limite entre la région saine et celle anormale : une zone de transition longue (difficulté d’en situer les contours) évoque des remaniements osseux rapides et importants, et donc une lésion agressive.

- Évaluer les tissus mous adjacents : tuméfaction, amyotrophie, présence de gaz ou de minéralisations.

À l’aide de l’anamnèse (mode de vie, antécédents de morsure dans la région atteinte, durée de la boiterie, réponse aux traitements, vitesse d’évolution, etc.), de l’examen clinique (fièvre, examen orthopédique, etc.), du diagnostic radiographique et des résultats d’autres examens complémentaires (bilan sanguin, notamment), un diagnostic différentiel restreint des lésions osseuses agressives chez le jeune animal peut être établi. Il se limite en effet aux atteintes infectieuses et tumorales. Les caractéristiques de ces deux types d’affections sont présentées dans le tableau 2.

Diagnostic différentiel

L’ostéosarcome est la tumeur osseuse primitive la plus fréquente chez le chien (80 % des tumeurs primitives osseuses chez les chiens de grand format, 50 % chez les petits). Elle touche davantage les chiens de grande race. L’âge moyen d’apparition est de 2 ans (un deuxième pic est constaté entre 8 et 10 ans). Des fractures pathologiques sont parfois observées (surtout sur le fémur, et, dans une moindre mesure, sur le tibia et le radius). Les métastases (sur les poumons et le squelette) sont très fréquentes : 90 % des cas ont des métastases au moment du diagnostic, mais seulement 10 % peuvent être détectées à la radiographie (les métastases sont visibles radiographiquement si le diamètre est supérieur à 6 mm).

Les ostéomyélites peuvent être dues à :

- Une inoculation directe due à une fracture ouverte, une morsure (parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant le diagnostic), une plaie accidentelle, un corps étranger, une chirurgie (implants orthopédiques, par exemple).

- Une inoculation indirecte causée par une extension à l’os depuis une infection des tissus mous (corps étranger, plaie chronique).

- Une dissémination par voie hématogène, très rare chez les jeunes chiens, qui est principalement due à une infection pulmonaire.

Pour différencier avec certitude une ostéomyélite d’un ostéosarcome, il est nécessaire d’effectuer une ponction osseuse échoguidée, qui permettra de réaliser une culture bactérienne et/ou fongique, ainsi qu’une analyse cytologique. En cas de résultat équivoque, une biopsie (sous contrôle échographique) doit être envisagée. En cas de lésion tumorale, un bilan d’extension doit être conseillé, avant de proposer un traitement.

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