Prise en charge d’un animal arthrosique - La Semaine Vétérinaire n° 2018 du 26/01/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2018 du 26/01/2024

Orthopédie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Mylène Panizo

Conférencière

Eva Thouvenot Oudart (Dublin 18), résidente de l’European College of Veterinary Surgeons au Centre hospitalier vétérinaire (CHV) Frégis de Gentilly (Val-de-Marne).

Article rédigé d’après la webconférence intitulée « Ralenti par l’arthrose ? Comment accélérer sa prise en charge ? », organisée par le CHV Frégis, en partenariat avec Zoetis, le 14 septembre 2023.

L’arthrose est une maladie dégénérative et progressive, à la physiopathologie complexe. Elle est secondaire à des microtraumatismes qui peuvent être dus à une anomalie de développement ou à une instabilité articulaire (rupture du ligament croisé, dysplasie de la hanche, etc.), ce qui provoque des lésions ostéoarticulaires (remodelage de l’os sous-chondral, fissuration puis perte de cartilage, formation d’ostéophytes, inflammation de la membrane synoviale, distension capsulaire, etc.). Un cercle vicieux s’installe : la douleur et l’inconfort entraînent une baisse d’activité, qui induit une fonte musculaire, engendrant davantage d’instabilité articulaire et des contraintes anormales, favorisant la dégradation du cartilage et l’inflammation des tissus mous. Ces phénomènes conduisent à une douleur chronique et à une sensibilisation centrale. L’obésité, l’âge et la race sont des facteurs de risque.

Établir un diagnostic précoce

Le diagnostic repose en grande partie sur l’anamnèse. Il est intéressant de poser des questions précises et fermées au propriétaire, du type : « Votre chat fait-il moins sa toilette ? », « Votre chien continue-t-il à monter les escaliers ? ». L’utilisation de grilles d’évaluation de la douleur1, 2 permet d’augmenter la sensibilité du diagnostic et d’objectiver l’inconfort de l’animal.

Il est important de sensibiliser les propriétaires aux signes de douleur chez un animal. Chez le chien, l’inconfort peut se traduire par une diminution du temps de jeu, un entrain réduit lors des promenades, des difficultés à monter ou descendre les escaliers, une raideur à froid, etc. Chez le chat, on observe une diminution du comportement de chasse, d’usure des griffes, du comportement de toilettage, d’utilisation de la litière. L'animal est moins enclin à sauter et des changements d’humeur (vocalises ou agitation soudaine), voire de l’agressivité, peuvent être constatés. Des trémulations lors de caresses en bas du dos sont parfois observées. Il peut être utile de demander au propriétaire de filmer son animal chez lui.

En consultation, la première étape est d’observer l’animal à distance. La posture, le positionnement des membres (une supination lors de douleur du coude, par exemple), la démarche (déplacements libres, allers-retours à la marche puis au trot) apportent des informations précieuses (raideur, boiterie, etc.). Un examen orthopédique rapproché est ensuite pratiqué. Il convient de noter toute amyotrophie, gonflement, effusion ou fibrose articulaire. L’amplitude de mouvement peut être diminuée. On peut constater la présence de craquements et/ou de douleur à la manipulation des articulations. Les tests spécifiques (test de Campbell, signe du tiroir, etc.) sont ensuite effectués. Un examen nerveux succinct (proprioception, dorsalgie) est également conseillé. Chez le chat, l’examen orthopédique peut s’avérer plus difficile, aussi est-il important de s’assurer de la répétabilité des signes d’inconfort.

Les examens d’imagerie permettent d’obtenir un diagnostic et parfois d’identifier la cause sous-jacente. La radiographie révèle généralement des anomalies (changements osseux, gonflements tissulaires et articulaires, ostéophytes, enthésophytes, sclérose sous-chondrale, minéralisations intra-articulaires, etc.) mais celles-ci ne sont pas forcément représentatives de la gêne occasionnée. La clinique de l’animal prévaut. Dans certains cas, un scanner peut être conseillé en première intention, notamment en cas de forte suspicion de dysplasie du coude.

Traiter de façon multimodale, individualisée et évolutive

Le choix du traitement dépend de plusieurs critères : validation scientifique, comorbidités, réponse clinique, implication du propriétaire. Après avoir traité la cause sous-jacente éventuelle (rupture d’un ligament croisé, par exemple), le plan thérapeutique sera multimodal. Il comprend généralement :

- Un traitement hygiénique : il est scientifiquement démontré qu’un apport adapté en oméga-3 améliore le confort des animaux atteints d’arthrose. Il est recommandé de supplémenter l’animal à vie. Pour faciliter l’observance, il peut être conseillé d’administrer une alimentation à visée arthrosique, correctement complémentée en acide eicosapentaénoïque (EPA) et acide docosahexaénoïque (DHA).

Il n’existe à ce jour que peu, voire pas, de preuves scientifiques sur l’efficacité d’autres compléments alimentaires, tels que la chondroïtine, les sulfates de glucosamine ou la vitamine C.

La mise en place d’un régime est fondamentale en cas d'excédant corporel. Une perte de poids de seulement 6 % améliore considérablement et rapidement la mobilité.

Des modifications environnementales sont recommandées afin d’augmenter le confort de l'animal, comme disposer d’une rampe ou d’une marche intermédiaire pour faciliter les déplacements.

- Une rééducation fonctionnelle : l’application de chaleur le matin et de froid après les périodes d’activité améliore le confort de l’animal. La physiothérapie (laser, hydrothérapie, stimulation électrique transcutanée, mouvements passifs, etc.) et les médecines complémentaires (ostéopathie, acupuncture) peuvent également être envisagées (en dehors des crises de douleur).

L’activité modérée et régulière augmente l’amplitude articulaire et aide à maintenir la musculature. Plusieurs balades courtes d’intensité modérée (marche, marche dans l’eau, nage) sont préconisées. Les activités soudaines à fort impact articulaire sont à proscrire (frisbee, jeux intenses avec d’autres chiens, escaliers à répétition, etc.).

- Des traitements médicamenteux : les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont indiqués en cas de crise douloureuse et en l’absence de comorbidité. Le grapiprant est une bonne alternative en cas d’insuffisance rénale. Sur un animal très douloureux, des opioïdes (patch de fentanyl) peuvent être envisagés.

Les anticorps monoclonaux (bedinvetmab chez le chien, frunévetmab chez le chat) représentent une réelle révolution dans la gestion de l’arthrose. Ils constituent le traitement de choix pour soulager la douleur chronique. Peu d’effets secondaires sont rapportés (1 à 10 % de cas de réactions cutanées localisées chez le chat). Une injection mensuelle est préconisée.

D’autres traitements peuvent être utilisés, plutôt en seconde intention car ils bénéficient d’une moindre validation scientifique : gabapentine, amantadine, tramadol, cannabidiol, injection intra-articulaire de concentré plaquettaire ou de cellules souches, etc.

- Un traitement chirurgical palliatif intervient en dernier recours, sur des animaux très douloureux, qui ne répondent pas aux traitements précédents. Il peut s’agir par exemple de la pose d’une prothèse de hanche en cas de dysplasie de stade terminal, ou d’effectuer une arthrodèse sur des articulations distales.

La première consultation de suivi intervient en général un mois après la mise en place du plan thérapeutique, voire avant en cas d’aggravation des symptômes. Utiliser les grilles de douleur permet de mesurer objectivement l’évolution et l’efficacité du traitement. Un avis orthopédique spécialisé peut être conseillé en complément, tous les 3 à 6 mois.

  • 1. Grilles d’évaluation de la douleur chronique pour les chiens : CSOM, CBPI, LOAD, HCPI, COAST, HRQol.
  • 2. Grilles pour les chats : CSOM, FMPI, MICAT-C, MiPSC, HrQol
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