Les plantes à l’origine de troubles hépatiques - La Semaine Vétérinaire n° 2018 du 26/01/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2018 du 26/01/2024

Intoxications

Auteur(s) :

Stéphanie Aubanel, directrice du Centre national d'informations toxicologiques vétérinaires (CNITV) de VetAgro Sup à Lyon.

D’après la conférence intitulée « Intoxications à l'origine de troubles hépatiques », présentée lors des journées annuelles de l’Association vétérinaire équine française (Avef), qui se sont tenues du 8 au 10 novembre 2023, à Toulouse (Haute-Garonne).

Les intoxications liées aux plantes sont la plupart du temps chroniques, insidieuses, d'installation progressive, avec des évolutions potentiellement mortelles, après une exposition qui peut être longue. Le cheval n’est pas en forme mais on ne sait pas pourquoi. La destruction progressive du foie se traduit cliniquement par un ictère et des urines foncées, voire une forme nerveuse terminale, quand ce n’est pas réversible. On a parfois une photosensibilisation secondaire.

Pour certaines plantes, on peut doser les alcaloïdes pour établir un diagnostic. Pour les autres, on aura recours à l'histologie du foie.

On distingue 4 grands groupes de plantes hépatotoxiques.

Les plantes à alcaloïdes pyrrolizidiniques

Le chef de file le plus connu est le Séneçon du Cap, une plante importée, très envahissante (le long des autoroutes, des canaux, des fleuves, des voies de chemin de fer). On peut avoir une atteinte hépatique après une ingestion modérée sur plusieurs jours. La lésion typique est une mégalocytose. Théoriquement, ces plantes sont rarement consommées fraîches car leurs lactones sesquiterpéniques sont un facteur d’amertume répulsif. Les lésions du foie sont réversibles quand on intervient assez vite.

Le Séneçon de Jacob nécessite d’être ingéré sur de plus longues périodes pour provoquer une intoxication. Le meilleur moyen de lutte est l’arrachage.

L’Héliotrope d’Europe est réputé contenir des alcaloïdes pyrrolizidiniques, mais on n’a pas encore identifié de cas en France. 

La Consoude officinale possède des alcaloïdes pyrrolizidiniques, mais pour l’instant, il n'y a pas de cas répertoriés en France, bien qu'elle soit présente partout, notamment dans les prés humides et au bord des cours d’eau.

Les plantes à carboxyatractylosides

La Lampourde (Xanthium spp.). Cette plante est toxique par ses graines et ses cotylédons. Sa signature cellulaire, différente, peut être à l'origine d'une nécrose centrolobulaire sévère. Il est nécessaire de surveiller sa présence, même si on la trouve surtout le long des rivières.

Les plantes à saponosides stéroïdiques

La Narthécie des marais est une plante hépatotoxique connue notamment chez les bovins (néphrotoxicité). D'éventuels cas pourraient donc survenir chez les chevaux. 

Le Tribule terrestre est très peu présent en France. Cette espèce est envahissante.

Le Lantanier (Lantana camara) est le plus connu des saponosides stéroïdiques. C’est une plante ornementale à la mode, les feuilles et les fruits sont hépatotoxiques. Il n'y a pas de cas avérés en France pour l'instant.

Les plantes à autres toxiques

Les graminées tropicales du type Panicum coloratum et Brachiaria spp. sont des plantes qui, du fait des changements climatiques, peuvent se retrouver à être cultivées pour l’alimentation. Elles sont responsables d’eczéma facial chez les petits ruminants. Un cas est en cours d’instruction sur des chevaux. On suspecte qu'un endophyte (Pithomyces chartatum) serait à l'origine de cette réaction cutanée. L’eczéma facial serait dû à une photosensibilisation de type 2, avec des lésions de cholestase.

Les Trèfles sont connus pour provoquer une trifoliose. Cette intoxication est souvent associée à une photosensibilisation secondaire comme signe d’appel, révélant une atteinte hépatique. Globalement, on considère que tous les trèfles peuvent être responsables de cette maladie. Ils ont tendance à avoir une colonisation explosive des pâtures.

La Fétuque rouge serait à la source de cas survenus dans un centre d’entraînement, où les chevaux avaient des enzymes hépatiques élevées. Le laboratoire Labéo a identifié la formule d'une substance qui pourrait être celle d’un alcaloïde. Mais ce n'est encore qu'au stade de l’analyse.

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