Le soutien aux jeunes vétérinaires à l'ordre du jour à Bruxelles - La Semaine Vétérinaire n° 2018 du 26/01/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2018 du 26/01/2024

Assemblée générale de la FVE

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Karin de Lange

La pénurie de praticiens a été un sujet de préoccupation fort lors de la dernière assemblée générale de la Fédération vétérinaire européenne, alors que les vétérinaires sont aussi un pilier de la surveillance sanitaire. Décryptage des sujets qui préoccupent la profession en Europe.

« Vous êtes un élément clé de la surveillance sanitaire et un partenaire de première ligne pour les services vétérinaires », a souligné Chantal Rettigner, directrice des services vétérinaires (CVO) de Belgique, s’adressant à l'assemblée générale de la Fédération vétérinaire européenne (FVE) à Bruxelles le 17 novembre dernier. « Il est donc alarmant de voir autant de vétérinaires quitter leur emploi. Alors qu'il y a quelques années, la pénurie de main-d'œuvre touchait principalement les zones rurales et éloignées, elle s'étend aujourd'hui aux zones urbaines », a observé le président de la FVE, Siegfried Moder. C'est donc naturellement qu'une session sur les jeunes diplômés et comment les soutenir était à l'ordre du jour, en tant que point principal.

Des jeunes qui se détournent de la pratique

« Il y a eu pas mal de développements depuis la sortie de notre précédente enquête en 2018 », a déclaré Nancy De Briyne, directrice exécutive de la FVE, en présentant en avant-première les résultats de la troisième enquête sur la démographie vétérinaire (rendue publique début décembre). Les données ont montré une augmentation du personnel auxiliaire vétérinaire (+45 %), ainsi qu'une hausse de vétérinaires employés (+25 %), surtout au sein des structures plus grandes (les “corporates”). « Point surprenant, une majorité (62 %) de vétérinaires employés par ces structures a estimé « peu probable » qu'ils travaillent comme vétérinaire jusqu'à la retraite. Alors que 9 % seulement des vétérinaires exerçant dans des cabinets indépendants étaient de cet avis ». Floriane Chapuis, étudiante à l'École nationale des services vétérinaires d'Alfort (Val-de-Marne), a présenté les résultats de ses travaux sur les raisons pour lesquelles les vétérinaires se détournent du travail en clientèle. « Un tiers des vétérinaires change en raison d'une opportunité qui se présente, un tiers cherche un changement du fait d'une insatisfaction liée à la répétitivité des tâches, et le tiers restant regrette le manque d'évolution de carrière ou un mauvais équilibre travail/vie personnelle ».

Une rémunération insuffisante et une durée de travail excessive

« La mauvaise rémunération et les mauvaises conditions de travail sont les principales raisons pour lesquelles les vétérinaires quittent la profession », a confirmé Léonard Théron, vétérinaire et expert auprès du bureau d'études belge RumeXperts. « Notre enquête a montré que les vétérinaires payés moins de 4 000 € brut par mois – environ 2 000 € net en Belgique – et travaillant plus de 50 heures par semaine sont les plus susceptibles de quitter la profession ». Actuellement, « c'est le cas de plus de la moitié de tous les jeunes diplômés », a-t-il déclaré. Le fardeau administratif non rémunéré s'avère également une préoccupation pour les vétérinaires belges, a-t-il ajouté, au point que ceux-ci ont lancé un mouvement national appelé « No, we can't ».

Des représentants d'Allemagne, de Finlande, d'Irlande, du Royaume-Uni et de la Fédération des associations européennes de vétérinaires équins (FEEVA) ainsi que des vétérinaires de l'European Association of Zoo and Wildlife Veterinarians (EAZWV) ont présenté les initiatives prises pour soutenir les jeunes diplômés, notamment par la mise en place d’un réseautage, de programmes de mentorat, de lignes d'assistance téléphoniques, de guides pour les nouveaux diplômés (et leurs employeurs) et à travers une plus grande attention portée à la diversité et à la santé mentale. La veille, lors de l'assemblée générale de l'Union européenne des praticiens vétérinaires (UEVP), Julien Le Tual (Liège 05), vice-président du Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral (SNVEL) avait d’ailleurs présenté les initiatives prises en France pour maintenir un réseau vétérinaire en milieu rural.

L'article 106, « pomme de la discorde »

« Les médicaments doivent toujours être utilisés conformément au résumé des caractéristiques du produit (RCP) du fabricant », a rappelé Luben Goranov, responsable de la politique des médicaments vétérinaires à la Direction générale santé de la Commission européenne, citant la « pomme de la discorde » de l'article 106, paragraphe 1, du nouveau règlement sur les médicaments vétérinaires (2019/6)*. « Les autorisations de mise sur le marché sont désormais sans durée et la qualité, la sécurité et l'efficacité doivent être surveillées et assurées tout au long du cycle de vie du produit. »

« En tant que vétérinaires équins, cela signifie que nous sommes confrontés à un problème, a commenté Heidi Kellokoski-Kiiskinen, présidente de la FEEVA. « Même si le RCP des vaccins contre la grippe équine indique que les rappels annuels suffisent, la Fédération équestre internationale (FEI) exige que les chevaux de compétition soient vaccinés tous les six mois ». « Les RCP devraient être à la hauteur des connaissances scientifiques », a répliqué Luben Goranov. « Si les preuves scientifiques sont là, les informations sur le produit doivent être mises à jour. Cette législation a été conçue pour être pérenne », a-t-il déclaré, tout en admettant qu'il s'agissait d'un « travail en cours ».

La vaccination contre l'influenza aviaire

« Avant, la vaccination était interdite sauf autorisation. Maintenant, c'est autorisé à moins d'être interdit », a déclaré Francisco Reviriego-Gordejo, chef de l'unité G.2 Préparation aux crises en santé animale, rattachée à la Direction générale santé de la Commission européenne, évoquant la vaccination contre la grippe aviaire hautement pathogène (IAHP). De fait, « Depuis 2022, l'IAHP est devenue persistante pendant les mois d'été, avec des conséquences dévastatrices pour le secteur avicole ». Face à cette réalité, les États membres peuvent désormais proposer des plans de vaccination, en décrivant quel vaccin sera utilisé (pas de vaccins vivants), quelles mesures seront prises pour une surveillance renforcée, pour l'atténuation des risques (contrôle des mouvements) et pour la traçabilité et la certification. « La vaccination ne remplacera pas la dépopulation, cela viendra en plus de la dépopulation », a-t-il souligné. « Le processus décisionnel a été rationalisé et les États membres peuvent commencer à vacciner avant même que le plan de vaccination officiel ne soit soumis aux autres États membres et à la Commission », a-t-il également expliqué. « Cependant, si le plan de vaccination s'avère non conforme, la Commission mettra en œuvre des barrières commerciales de façon immédiate. Nous pouvons réagir dans les deux heures ! »

Les vétérinaires, piliers du One Health

One Health et One Welfare figuraient en tête de l'ordre du jour de l'assemblée générale de l'Union européenne des praticiens vétérinaires (UEVP), qui s'est tenue le 16 novembre. « Il est impératif d'agir et de s'assurer que l'approche One Health est mise en œuvre de façon pratique », a déclaré Jean-Baptiste Moreau, consultant pour l'agence d'affaires publiques RPP Group, en présentant le Livre blanc pour une politique française du One Health. « Une Seule Santé et un Seul Bien-être sont liés », a-t-il ajouté. Cependant, « One Health et One Welfare ne sont pas une seule et même chose », a commenté Hans Spoolder, spécialiste du bien-être animal à l'université de Wageningen (Pays-Bas). « Les éleveurs ne vous appelleront pas tant que leurs animaux sont en bonne santé ». Il a par ailleurs expliqué que le concept de bien-être, associé au principe des « cinq libertés », et qui visait dans un premier temps à réduire les souffrances (faim, inconfort, douleur), avait évolué vers l'idée « d'une vie digne d'être vécue ».

Giovanbattista Guadagnini, vétérinaire porcin et vice-président de l'UEVP, a rappelé que la récente enquête Eurobaromètre avait montré une préoccupation sociétale croissante pour le bien-être des animaux, en particulier des animaux de rente. « En tant que vétérinaires, nous avons beaucoup à dire sur One Health et nous ne devrions pas nous en détourner », a souligné Hugo Fernández, représentant de l'Association européenne des vétérinaires de zoos et d'animaux sauvages (EAZWV). Les vétérinaires sont en première ligne pour identifier les zoonoses émergentes, qu'il s'agisse de la maladie du Nil occidental, de la fièvre de la vallée du Rift ou de la grippe aviaire hautement pathogène. « Nous sommes en bonne position pour avoir un impact majeur. »

Mais quid de nos collègues professionnels en santé humaine ?

Au cours du débat qui a suivi, la déléguée britannique Krista Arnold, membre de la British Small Animal Veterinary Association (BSAVA), a rappelé que l'approche One Health incluait également les animaux de compagnie. « Les infections à Brucella chez les chiens importés ou le commerce illicite de chiots montrent que One Health ne doit pas se limiter aux animaux de rente ». Beaucoup ont également regretté le manque d'implication de la profession en médecine humaine concernant l'approche One Health. « Lorsque nous avons contacté pour la première fois notre association sœur médicale [le Comité permanent des médecins européens, CPME], il y a vingt ans, sur le sujet de l'antibiorésistance, nous lui avons demandé quelles initiatives elle avait prises à ce sujet, et elle n'a pas pu donner de réponse », a rappelé Nancy De Briyne, en charge du bien-être animal au sein de la FVE. Depuis lors, il y a eu plusieurs protocoles d'entente, des réunions sur le contrôle des infections et un webinaire conjoint sur la santé mentale. « Ils y arrivent », a-t-elle conclu, ajoutant qu'un communiqué de presse conjoint serait publié à l'occasion de la Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens.

Et aussi…

Parmi les autres sujets à l'ordre du jour : les nouveautés sur le bien-être animal, les médicaments, les initiatives de la FVE sur le bien-être mental et la diversité, l'égalité et l'inclusion, la mise en place d'un organisme statutaire vétérinaire en Géorgie, la décision de la FVE de démissionner en tant que membre de l'association Veterinary Continuing Education in Europe (VetCEE) et l'adoption d'un code de conduite pour un « comportement acceptable ». Les sections FVE ont également présenté leurs synthèses, en particulier sur leur session conjointe One Health et One Welfare.

La prochaine assemblée générale de la FVE se tiendra à Héraklion, en Grèce, du 13 au 15 juin 2024.

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