Grands troupeaux de bovins : de nouvelles missions pour le vétérinaire - La Semaine Vétérinaire n° 2017 du 09/01/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2017 du 09/01/2024

Conférence

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Par Clothilde Barde

À l'occasion de la Journée vétérinaire normande des Groupements techniques vétérinaires du 10 octobre 2023, Bruno Dalez, membre de la commission vaches laitières de la SNGTV, a présenté les caractéristiques des grands troupeaux de bovins que l'on rencontre de plus en plus fréquemment sur le territoire français. Quels rôles spécifiques peut jouer le vétérinaire dans le suivi de ces nouveaux types d'élevages ?

« Il n’existe pas réellement de définition des grands troupeaux (GT), a noté Bruno Dalez (Liège 03), vétérinaire dans les Deux-Sèvres, en guise d'introduction. Toutefois, ces élevages, qui comportent plus de 100 vaches et disposent de plus de 2 unités de travail humain (UTH)*, ont généralement une gestion individuelle difficile ». Ainsi, dans les GT laitiers français, il est encore rare qu'il y ait plus de 350 à 400 animaux. Le plus souvent il y a une centaine de vaches laitières (vl) en lactation et 2 ou 3 robots de traite dans l'élevage. Comme l'a ajouté le conférencier, « ces GT sont de plus en plus nombreux sur le territoire en raison de la diminution progressive du nombre d’élevages et du regroupement de ceux qui persistent. Ce phénomène conduit à une plus grande robotisation des élevages ainsi qu'à une réduction de la main-d’œuvre et, par conséquent, à une évolution des missions du vétérinaire vers moins d’urgences et plus de suivis d’élevages et d'activités de conseil ». Or, de nombreuses enquêtes menées en élevage ont montré l'importance du rôle du vétérinaire en élevage comme « personne de confiance » . Il peut dès lors se positionner au sein des GT laitiers en répondant aux préoccupations sanitaires des éleveurs, tant sur la santé des pieds, la qualité du lait ou l’élevage du jeune troupeau. Dans les GT allaitants, il s'intéressera plus particulièrement aux pathologies des jeunes bovins ainsi qu'aux troubles de la reproduction (fertilité et fécondité).

Un rôle de référent santé en élevage

De plus, selon le conférencier, pour améliorer les performances des GT, il est intéressant d'optimiser la gestion du personnel et l'organisation du travail de l’éleveur, mais aussi de comprimer les charges de l’éleveur en les mutualisant et en mettant en place des mesures de prévention (règles de biosécurité, vaccination, etc.). À cet égard, de par son rôle de référent de la santé de l’élevage, le vétérinaire peut, grâce à ses choix techniques et à son rôle d'accompagnement, aider l’éleveur à atteindre un certain niveau de production en lui apportant ses conseils en médecine individuelle et en médecine de troupeau. Pour cela, comme l'a indiqué le conférencier, il peut être amené à collaborer avec un réseau d’experts de l'élevage. En pratique, le Dr Dalez recommande que le vétérinaire référent de chaque GT ait au moins un contact par mois avec le responsable de l’élevage et qu'ils fixent ensemble des objectifs SMART (spécifique, mesurable, acceptable, ambitieux/atteignable, réaliste et temporel) pour l'élevage. Par exemple, pour améliorer le « retour sur investissement » (ROI) dans les GT, le vétérinaire peut suggérer la mise en place de mesures préventives et correctives. En ce qui concerne la marge brute sur coût alimentaire (MCA), soit la production laitière par vache et par jour multipliée par le prix actuel du lait vendu (euros par litre) auquel on soustrait le coût de la ration (euros par vache et par jour) et qui doit être calculée par rapport à l’élément limitant de l’élevage (calcul à la vache, à la place ou au troupeau et par unité de main-d’œuvre), cette mesure permet de calculer les efficiences alimentaires par rapport à la production laitière vendue et, ainsi, de juger si l’élevage est performant. De même, la reproduction ou la qualité du lait et de l’alimentation peuvent être évaluées et améliorées pour augmenter indirectement la marge brute sur le coût alimentaire. Ainsi, comme l'a indiqué le conférencier, « avant de tarir les vaches, il est intéressant de maîtriser le stade de lactation puisque diminuer le stade de lactation permet de gagner en lait produit. Gagner 11 jours en lactation équivaut à un litre de lait produit en plus ».

Des objectifs à atteindre

Par ailleurs, pour évaluer les performances d'un GT, le vétérinaire peut se servir des données d'élevage (robots de traite ou examens complémentaires, par exemple). Il peut calculer l’intervalle vêlage-vêlage (IVV) – l'objectif est de 365 jours pour avoir une bonne fécondité – ou le taux de gestation (en %) par cycle de 21 jours – en multipliant le taux d’insémination avec le taux de conception du GT. Selon le Dr Dalez, « Pour améliorer le taux de gestation, l'éleveur devra inséminer les vaches entre 40 jours et 200 jours de lactation et, pour avoir un meilleur taux de conception, il pourra modifier l’alimentation, le contexte sanitaire et les techniques d’IA ». Le vétérinaire doit donc poursuivre trois grands objectifs en GT : améliorer la marge brute de l’élevage pour qu’elle soit en adéquation avec les besoins financiers de l’élevage ; viser une mortalité nulle par un investissement rapide ; enfin, être réactif pour répondre aux besoins et aux priorités de l’éleveur. En pratique, le suivi de l’élevage peut se faire en deux visites mensuelles : une visite complète (suivi de reproduction et suivi global du GT) et une visite allégée pour les vaches taries et les vaches en lactation. Celles-ci se préparent la veille, en compilant les documents et les données disponibles, notamment grâce aux logiciels de l’élevage. Comme l’a indiqué le conférencier, le jour même il est important de définir les priorités de la visite et ses besoins. Il est également recommandé de rédiger un compte rendu de visite et un plan d’action synthétiques.

Une organisation du suivi de reproduction

Pour le suivi de reproduction, le vétérinaire devra s’intéresser aux vaches en début de lactation (0 à 45 jours) puis à celles en période de reproduction, afin de mettre en place, si nécessaire, des protocoles hormonaux. Pour les vaches taries et en préparation au vêlage, il est important de limiter les chutes d’immunité et l’hypocalcémie et de privilégier la qualité du lait. Pour cela, le vétérinaire s'intéressera au score de remplissage du rumen, à la note d’état corporel (NEC), au pH urinaire, au comportement alimentaire (ingestion < 11 UFL) et au logement des animaux. Enfin, pour les vaches en début de lactation, les critères d'intérêt sont les boiteries, la qualité du lait (taux cellulaire de tank < 200 000 cellules par ml ; taux de mammites inférieur ou égal à 2 % par mois) et de l’alimentation. Selon le conférencier, les indicateurs économiques d’importance pour un GT laitier sont la production, la mortalité, le taux de β-hydroxybutyrate du lait, le taux de nouvelles gestantes (>10 % des vl), le taux de mammites cliniques (< 2 %), la MCA et le taux de vaches improductives. Parmi les autres services que peut proposer le vétérinaire en GT, le conférencier a cité le suivi de santé des pieds (séances de parages mensuelles), l'offre de nutrition complète ou la formation continue du personnel des élevages. « Pour réaliser les suivis de GT, le vétérinaire devrait donc, en collaboration avec un réseau d’experts exhaustif, être pragmatique, être disponible et à l’écoute, se former continuellement, être rigoureux et méthodique, promouvoir la prévention et avoir une vision d'avenir de l'élevage », a conclu Bruno Dalez.

  • * En France, en moyenne, on compte 50 à 55 vaches pour une UTH.
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