Quand les plantes sont cardio- et neuro- toxiques - La Semaine Vétérinaire n° 2016 du 05/01/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2016 du 05/01/2024

Intoxications

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Marine Neveux

GILBERT GAULT (L 92), spécialiste des plantes toxiques et chercheur au Centre national d'informations toxicologiques vétérinaires (CNITV) de VetAgro Sup à Lyon.

D’après la conférence intitulée « Intoxication à l’origine de troubles neurologiques et cardiaques », présentée lors des journées annuelles de l’Association vétérinaire équine française (Avef) du 8 au 10 novembre 2023, à Toulouse (Haute-Garonne).

Lors du récent congrès de l'Avef à Toulouse, Gilbert Gault (L 92) a fait le tour d’horizon des plantes susceptibles de présenter une cardiotoxicité et/ou une neurotoxicité chez les équidés.

Les plantes cardiotoxiques

- Le laurier-rose est le chef de file des plantes cardiotoxiques. il suffit de 3 à 4 feuilles pour tuer un cheval. La plante est à l’origine de contaminations discrètes, notamment des foins. Les animaux sous la mère peuvent ainsi être intoxiqués.
Le dosage de l’oléandroside peut s’effectuer sur le foie et le sang pour confirmer le diagnostic de l’exposition et de l’intoxication. 

- L'adonis (et autres espèces de Renonculacées) est connue pour sa présence lors des moissons estivales et dans la luzerne. Elle est responsable d’intoxications et de décès de chevaux (60 à 80 % de mortalité). L’intoxication est encore plus violente que celle du laurier-rose et la mort est rapide. Cette plante messicole, discrète, avait disparu sous la pression des herbicides. Brutalement, depuis 2018, des mortalités sont à nouveau constatées. Le traitement est l’élimination de la toxine et la prévention des risques cardiaques.

- La digitale à hétéroside cardiotonique. En utilisant le cheval pour débarder les sous-bois, on les réexpose à cette plante.

- Le muguet fait aussi partie des hétérosides cardiotoniques mais, pour l’instant, il n’y a pas de cas répertorié chez le cheval.

- L’hellébore (ou rose de Noël) est une renoncule irritante qui doit dissuader le cheval d’en consommer. Il y a peu de cas d'intoxication en France. 

- Les autres plantes à hétérosides cardiotoniques telles que les scilles, le tylecodon, l'asclépiade, le cheiranthus, etc., mais pour l’instant le coefficient d’exposition des chevaux à ces plantes est faible.

- L'avocatier ou Persea americana provoque une cardiotoxicité. Un seul cas a été décrit en France, dans une avocateraie désherbée par les chevaux. La relance de la culture de l’avocat dans le sud-ouest pourrait favoriser l’émergence d’intoxications.

- L’if est à l’origine de troubles neurologiques et cardiaques.

Les plantes neurotoxiques

- L’œnanthe safranée est une puissante plante neurotoxique, qui provoque des convulsions particulièrement violentes précédant la mort.

- La fougère aigle et la prêle sont des neurotoxiques (thiaminase) qui causent des maladies lentes. L’intoxication est réversible par administration de vitamine B1. Cela touche les chevaux et les porcs. La fougère aigle profite des mégas feux, car elle est la première plante à ressortir après les incendies. Depuis qu’il y a des périodes de sécheresse, les chevaux mangent des prêles.

- Le coquelicot est revenu plus vite que la disparition des herbicides et il a aussi une résistance génétique à certains herbicides. Cette résistance lui confrère une capacité à se redévelopper dans des zones où il y avait préalablement des coquelicots. Attention au foin contaminé, qui peut rendre les chevaux positifs aux morphiniques lors d'un contrôle antidopage.

- Le pavot à opium dont la culture a été relancée en France. Une colonisation des pâtures est à craindre. 

- Le datura est une plante récréative. La pomme épineuse (Datura stramonium) sent mauvais et les chevaux ne s’en approchent pas, mais suite à la dessiccation, on peut avoir une intoxication par les feuilles sèches. Le cheval peut se contaminer au contact de la sève de la plante contre la peau, soit en se léchant, soit éventuellement par voie transcutanée. Pupilles dilatées, bouche sèche, arrêt du transit sont les premiers symptômes d’intoxication au datura. Suivent une dépression neurologique, voire des convulsions puis une dépression respiratoire.

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