Eluracat contre la perte de poids liée à une maladie chronique - La Semaine Vétérinaire n° 2016 du 05/01/2024
La Semaine Vétérinaire n° 2016 du 05/01/2024

Innovation

PHARMACIE

Auteur(s) : Par Valentine Chamard

Avec la mise au point d’une molécule innovante, qui stimule l’appétit et le métabolisme, Elanco entend révolutionner la prise en charge des animaux atteints de maladies chroniques, en combattant la délétère perte de poids.

Changer les habitudes de prescription en cas de maladie chronique chez le chat, en traitant la perte d’appétit ou de poids, à part entière et au long cours : c'est l’ambition d’Elanco avec son nouveau médicament, Eluracat, dont le principe actif innovant est la capromoréline, développée spécifiquement pour le marché vétérinaire. La capromoréline appartient à une nouvelle classe de médicaments, les agonistes des récepteurs de la ghréline*, une hormone naturelle de la faim produite par l’estomac lors d'un jeûne. La molécule agit sur l’hypothalamus, principal centre de régulation de l’appétit, où elle active les neurones orexigènes et inhibe les neurones anorexigènes, ce qui se traduit par une stimulation de l’appétit. En parallèle, elle stimule la production de l’hormone de croissance (GH) par l’hypophyse, qui à son tour induit la sécrétion du facteur de croissance de type insuline-1 (IGF-1) par le foie. La combinaison de ces deux actions conduit à une augmentation de la masse musculaire et du poids. Le gain de poids résulte donc de la hausse de la prise alimentaire et des changements métaboliques médiés par la GH et l’IGF-1.

Les conséquences délétères de l'amaigrissement

La perte de poids est un facteur pronostique défavorable en raison de son lien avec une baisse d'efficacité du système immunitaire, un retard de cicatrisation, la fonte de la masse musculaire et, à terme, la diminution de l’espérance de vie. L’amaigrissement pouvant opérer de manière insidieuse, Elanco rappelle l’importance de réaliser régulièrement des courbes de poids. Par ailleurs, selon une étude du laboratoire, en cas de maladie rénale chronique (MRC), 73 % des vétérinaires estiment compliquée la gestion de la perte de poids. De fait, si 70 % des chats atteints reçoivent un médicament pour la maladie rénale, ils ne sont que 30 % à recevoir un traitement spécifique visant la perte de poids (alimentation adaptée en première intention, orexigène en seconde intention). Or, « cette pratique constitue une perte de chance pour l’animal, car la perte de poids et/ou de masse musculaire peut se poursuivre malgré une prise en charge médicale de la MRC et une adaptation du régime alimentaire », indique Céline Carles, responsable technique chez Elanco.

Un traitement efficace sur la prise de poids et l’appétit

L’efficacité d’Eluracat a été démontrée dans une étude multicentrique, randomisée, en aveugle et contrôlée par placebo. Cette étude a inclus 176 chats atteints de MRC, avec une perte de poids involontaire d’au moins 5 %. Pendant 56 jours, 118 chats ont été traités avec Eluracat et 58 avec un placebo. Dès J15, les chats traités ont montré un gain de poids significatif (+ 3,3 %), et à J55 cette hausse était de 5,2 %. La différence observée par rapport aux chats du groupe témoin qui, eux, ont continué à perdre du poids, s'élève à 6,8 %. À la fin de l’étude, plus de 80 % des chats du groupe Eluracat ont conservé ou pris du poids au cours des 56 jours de l’étude, contre 40 % pour les chats du groupe témoin. Par ailleurs, une autre étude, menée chez 32 chats sains, montre l’efficacité de la capromoréline sur la stimulation de l’appétit, avec une augmentation des ingesta de 45,5 % après 21 jours de traitement. À noter, parmi les effets secondaires observés, une hypersalivation, fréquente, qui disparaît quelques minutes après l’administration.

Un nouveau marché potentiel

En considérant la population de chats en France (15 millions), son taux de médicalisation de 49 % (soit 7,5 millions), le fait qu’un chat sur cinq (soit 1,5 million) perd du poids de façon involontaire (voir encadré) et que dans 25 % des cas cela soit dû à une maladie rénale chronique, Elanco projette de créer un nouveau marché pour 375 000 chats insuffisants rénaux, sans compter les autres indications du médicament. Elanco souligne par ailleurs que les experts de l'International Renal Interest Society (IRIS) intègrent la capromoréline dans leurs recommandations dès le stade 2 de MRC. « La prise en charge complète du parcours de soins des maladies chroniques repose désormais sur le triptyque : traitement médical de l'affection chronique-prise en charge de la perte d'appétit et de poids-alimentation à visée thérapeutique », conclut Elanco.

1 chat médicalisé sur 5 concerné

En février 2023, Elanco a mené une enquête quantitative sur la perte de poids chez le chat auprès de 603 vétérinaires, dont 151 en France. Parmi eux, 70 % sont des généralistes et 30 % ont une appétence pour la médecine interne. Les vétérinaires français ont répondu « Oui » à 21 % à la question : « La perte de poids chez le chat est-elle fréquente ? ». Les vétérinaires constatent que 17,9 % des chats vus en consultation manifestent une perte de poids (19 % d’entre eux ont une perte estimée à moins de 5 %, 25 % de 6 à 10 %, 14 % de 11 à 15 % et 16 % de 16 à 20 %). Concernant leur âge, 46 % de ces chats ont entre 11 et 14 ans et 25 % entre 9 et 10 ans. Les causes les plus fréquemment rapportées sont la maladie rénale chronique (26,7 % des chats amaigris sont insuffisants rénaux), une maladie endocrinienne (21,2 %) ou un cancer (12,1 %).

  • *en humaine, l’anamoréline, appartenant à la même classe, possède une AMM au Japon pour lutter contre la cachexie associée à certains cancers.
Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr