Avantages et inconvénients de la vaccination contre l’influenza porcin  - La Semaine Vétérinaire n° 2015 du 15/12/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2015 du 15/12/2023

Prévention élevage porcin

FORMATION MIXTE

Auteur(s) :

Tanit Halfon

Conférencière :

Gaëlle Simon, responsable du Laboratoire national de référence (LNR) influenza porcin de l'Anses1

D'après une présentation faite lors de la journée de conférences du 12 octobre 2023 sur les virus influenza aviaire, porcin et humain, organisée par l’Académie vétérinaire de France (AVF) et l’Académie nationale de médecine, à l'ÉNV d'Alfort.

Les virus responsables de l’influenza porcin touchent tous les types d’élevage, et les animaux de tout âge quel que soit leur stade physiologique. Ils circulent toute l’année. La maladie (grippe porcine) évolue selon deux modes : la forme dite classique, à caractère épizootique, et la forme récurrente, à caractère enzootique. Pour la première, le virus se propage et est éliminé rapidement au sein d’un lot ; pour la deuxième, l’évolution de la propagation est plus lente, favorisant des infections successives de bandes d’animaux (lors de croisements par exemple ou par le biais de la ventilation, éventuellement). Le risque est d’aboutir à des co-infections et donc, potentiellement, à des réassortiments de virus. Un des moyens de lutte est la vaccination. Deux vaccins inactivés disposent actuellement d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) : un vaccin trivalent, le Respiporc Flu3 (RPFlu3) combinant trois souches H1avN1, H3N2 et H1huN2 ; et un vaccin monovalent, le Respiporc Flupan H1N1 contenant la souche pandémique H1N1pdm de 2009.

Deux vaccins utilisés surtout chez les truies

Le protocole de vaccination consiste en deux injections de primovaccination à trois semaines d’intervalle. Les rappels sont possibles. Deux profils de porcs sont visés par l’AMM : le porc en croissance (porc charcutier) et le porc reproducteur (truie), quel que soit le stade de la gestation. Pour le premier, la vaccination ne peut se faire qu’à partir de 56 jours d’âge, afin d'éviter toute interférence avec les anticorps d’origine maternelle ; l’immunité est acquise au bout de 7 jours après la primovaccination, et dure 4 mois, voire 6 mois si la vaccination est réalisée à partir de 96 jours d’âge. Pour le deuxième, la vaccination débute chez les cochettes, avec des rappels pendant la gestation (14 à 21 jours avant la mise bas), voire pendant la lactation. La transmission d’une immunité passive aux porcelets devrait permettre de les protéger pendant 33 jours.

Sur le terrain, les programmes de vaccination visent généralement les truies, avec une vaccination à chaque cycle de reproduction. Plusieurs objectifs sont visés : la protection clinique des porcs reproducteurs (moins d’incidences sur les performances, limitation des avortements), la réduction de la circulation virale dans l’élevage, le transfert des anticorps d’origine maternelle (AOM) aux porcelets via le colostrum. Mais cette vaccination fait aujourd’hui l’objet de controverses. En effet, le suivi des virus influenza porcins via le réseau de surveillance Résavip2, a mis en lumière l’absence de relation significative entre la vaccination et la probabilité de trouver un élevage positif ou négatif. De la même manière, il n’a pas été identifié d’effet de la vaccination des reproducteurs sur l’intensité des signes cliniques. Par ailleurs, une association statistique a été montrée entre les déclarations de grippe récurrente et la vaccination, sans que le lien de cause à effet ne soit établi.

Un impact des anticorps d’origine maternelle sur l’excrétion virale

Dans ces conditions, une première question était de savoir s’il existait un lien entre la persistance virale et les AOM. Pour y voir plus clair, des essais en conditions expérimentales ont été menés à l’Anses. Plusieurs essais se sont penchés sur la question de l’impact des AOM sur l’infection du porcelet. Dans l'un d'eux, un groupe de truies a été vacciné avec le RPFlu3, puis leurs porcelets (AOM+) ont été infectés avec le virus H1avN1 à 5, 7 ou 11 semaines d’âge. La protection clinique était bien présente mais dépendante de l’âge des porcelets en lien avec leur taux d’AOM. Mais ces anticorps n’avaient pas d'incidence sur les cinétiques d’excrétion ni sur les quantités de virus excrétés, quel que soit le statut des porcelets (AOM+ ou AOM-). À noter toutefois qu’à 5 semaines d’âge, il y a eu une baisse significative de la quantité de particules virales infectieuses excrétées par les porcelets ayant le plus fort taux d’AOM, par rapport à ceux qui n’en ont pas.

Dans des essais de transmission (porcelets "naïfs" placés à côté d’individus infectés), il a été montré que la diffusion virale était bien ralentie chez les animaux AOM+ mais encore efficace, avec un taux de reproduction du virus (R0) largement supérieur à 1. Au niveau immunitaire, les AOM avaient un effet significatif sur la réponse humorale post-infectieuse, avec une absence de séroconversion après un challenge infectieux chez les porcelets. La réponse cellulaire était retardée mais restait efficace.

Un autre essai s’est penché sur l'incidence des AOM sur la vaccination et l’infection des porcelets. Le principe était de vacciner des porcelets, AOM+ et AOM-, avec une injection unique à 4 semaines d’âge, puis de les infecter à 17 jours post-vaccination. Il en est ressorti que les porcelets vaccinés AOM+ excrétaient davantage de virus que ceux vaccinés AOM-. De plus, par rapport à des porcelets non vaccinés, le taux de transmission des porcelets vaccinés AOM+ était augmenté ; à l’inverse, ce taux était réduit de 50 % chez les porcelets vaccinés AOM-. Cela serait lié à une période d’excrétion plus longue chez les porcelets vaccinés en présence d’AOM.

Un manque de protection vaccinale vis-à-vis du H1avN2

L'autre question qui se pose est celle de l’adéquation entre les virus circulants et les vaccins, et, par conséquent, d'un possible échappement à l’immunité existante (post-infectieuse ou post-vaccinale). En effet, depuis 2020, a émergé un nouveau sous-type H1avN2, qui est devenu prédominant sur le territoire, au détriment du H1avN1. Côté terrain, le Résavip a montré que, depuis 2021, il y avait davantage de lots de porcs reproducteurs prélevés et trouvés infectés dans des élevages vaccinés que dans ceux non vaccinés. Côté laboratoire, il a été mis en évidence une distance génétique et antigénique du H1avN2 avec les autres souches virales circulantes et avec les antigènes de RPFlu3. Un essai expérimental s’est penché sur la protection conférée par ce vaccin vis-à-vis du nouveau sous-type circulant. Le principe était de vacciner des porcelets AOM- puis de les soumettre à un challenge infectieux à H1avN2 ou H1avN1. Il en est ressorti que la protection clinique était moins marquée pour le H1avN2 par rapport au H1avN1. De plus, l’excrétion du H1avN2 était réduite mais pas inhibée par la vaccination, alors qu’elle l’était pour le H1avN1. Enfin, il y avait peu d’anticorps neutralisants anti-H1avN2 produits après la vaccination ou l’infection d’animaux vaccinés.

Toutes ces nouvelles données doivent faire réfléchir aux programmes de vaccination sur le terrain, en matière de bénéfice/risque. La vaccination peut être utile pour réduire les signes cliniques, voire l’excrétion, uniquement chez les truies ou les porcs charcutiers sans AOM, et à la condition d’une homologie suffisante entre la souche infectieuse circulant dans l’élevage et les antigènes vaccinaux. La vaccination des truies apporte un bénéfice clinique chez les porcelets, grâce à l’immunité passive (AOM+), mais elle va être associée à un allongement de la période d’excrétion virale, ce qui peut contribuer potentiellement à la récurrence de la maladie au sein d’un élevage. Ainsi, il est très clair que la vaccination ne pourra suffire à enrayer la circulation des virus influenza porcins. Dans ces conditions, plusieurs questions restent en suspens : de quelle manière pourra-t-on améliorer les programmes de vaccination ? Ne faudra-t-il pas actualiser les souches vaccinales disponibles ?

  • 1. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
  • 2. Réseau national de surveillance des virus influenza porcins
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