Le rythme des études vétérinaires, source de tension - La Semaine Vétérinaire n° 2014 du 08/12/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2014 du 08/12/2023

Enquête ENV

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Tanit Halfon

Dans son récent focus tiré de l’enquête sur la santé mentale des étudiants des écoles nationales vétérinaires, Vétos-Entraide montre que les axes d’amélioration du cursus ne manquent pas. La question du rythme de travail apparaît comme un facteur fortement négatif pour les élèves.

Que pensent les étudiants des quatre écoles nationales vétérinaires de leur cursus ? Cette question est explorée dans le focus1 tiré de l’enquête sur la santé mentale des élèves vétérinaires, portée par l’Association internationale des étudiants vétérinaires (IVSA) Nantes et Vétos-Entraide. Pour 60 % des répondants, ce qui est appris à l’école servira dans le futur métier ; pour 25 %, une minorité des enseignements seulement est jugée utile et le programme devrait évoluer ; il n'y a que 3 % des personnes interrogées qui estiment perdre leur temps. La tendance est la même concernant la durée du cursus : environ 60 % des étudiants pensent qu’elle est adaptée ; presque 30 % considèrent les études trop longues ; pour moins de 10 %, elles sont trop courtes. Pour près de 60 % des étudiants, l’exigence de l'enseignement est adaptée ; pour 35 %, elle s’avère trop élevée. L’enquête montre un lien significatif entre la souffrance physique due à la charge de travail et la perception du niveau d’exigence des études. Pour les auteurs, Marie Babot (L 98) et Thierry Jourdan (A 89), « l’exigence des études constitue un risque psychosocial car soit elle est à l’origine d'une souffrance physique ou psychologique, soit les étudiants qui souffrent ne sont pas prêts à affronter l’exigence universitaire ».

Un rythme de travail trop soutenu ?

Dans la même idée, les facteurs relatifs au bien-être des élèves (tristesse, confiance en l’avenir, confiance en soi, enthousiasme, image corporelle, sentiment d'être intelligent) sont aussi statistiquement reliés à cette perception d'exigence. Si 75 % des élèves considèrent que les études sont épanouissantes, ce n’est pas le cas pour près de 10 % d’entre eux. Environ 40 % des étudiants ne s’attendaient que peu ou pas du tout à un rythme aussi soutenu. Cette question est également reliée aux facteurs relatifs au bien-être des étudiants, ce qui pour les auteurs illustre le fait que « faire face à un rythme soutenu est un indicateur très pertinent pour suivre le bien-être ».

Le cursus est également analysé au travers des relations avec le personnel encadrant. Pour environ 30 % des étudiants, les professeurs, les cliniciens et l’administration de l’école se soucient de leur bien-être et les traitent avec respect, de manière adéquate. Ils sont 25 % à penser que c’est fortement le cas. Mais 45 % d'entre eux ne ressentent que peu ou pas du tout cette attention. Il est intéressant de noter que ce sont les élèves des trois premières années du cursus qui ont l'appréciation la plus positive sur leurs liens avec le personnel encadrant ; à l’inverse, les internes ont une perception très négative. « Cela ne veut pas dire que, à titre personnel, les enseignants n’accompagnent pas les élèves. (…) Le sentiment collectif qui prédomine est que l’école n’est pas globalement aidante, que les élèves ne sont pas vraiment au centre des préoccupations ».

Écouter les élèves

Au final, deux aspects peuvent résumer l’appréciation globale du cursus. D'une part, les questions qui visent à identifier les aspects les plus positifs des études, et, d’autre part, les plus négatifs, dans une double liste prédéfinie par les enquêteurs. En ce qui concerne les points positifs, « la bonne entente générale avec les étudiants » est le premier élément qui ressort, avec 66,6 % des étudiants qui le cochent. Il est suivi par « les associations étudiantes » (57,9 %), « les traditions festives » (57 %) et par l'item « les cours sont intéressants » (46,8 %). Les aspects les moins plébiscités dans cette liste sont « les professeurs (passionnants, pédagogues, compréhensifs) » (22,8 %), « les moyens mis en place par les écoles » (20,8 %) et « le rythme » (6,7 %). Pour le volet des points négatifs, c’est « le rythme » qui ressort en premier (68 %), suivi des items « pas assez de moyens mis en place par l’école » (47,3 %) et « les professeurs (pas à l’écoute, exigeants, non communicants, etc.) ». Les points qui ont été les moins choisis sont « les cours sont inintéressants » (25,2 %), puis, loin derrière, « la mauvaise entente générale avec les autres étudiants » (8,2 %), « les traditions festives » (5,2 %) et « les associations d'étudiants (pas assez intéressantes, pas assez de moyens) » (3,4 %).

Ce constat posé, quelles améliorations sont possibles ? Pour les auteurs, on a tout intérêt à écouter les principaux intéressés, c’est-à-dire les étudiants. Ils sont près de 300 à avoir proposé des axes d’amélioration du cursus. Au-delà de ces verbatims, quelques recommandations sont suggérées par les deux auteurs, notamment en ce qui concerne le « rythme », qui apparaît comme le point le plus bloquant pour les répondants. « Un accompagnement des élèves, avant de commencer l’enseignement scientifique et médical, pour les préparer à la charge de travail et à la méthodologie, et afin de leur permettre de savoir à qui s’adresser efficacement pour un soutien scolaire ou social, serait une démarche gagnant-gagnant pour que les élèves soient performants et endurants, à la fois au niveau universitaire et en situation de bien-être, cela en vue de ménager leur présent et leur avenir. » Un effort doit aussi être fait en matière de relation entre encadrants et élèves, au niveau du « soutien scolaire ou psychologique, l’aide, l’accompagnement, le parcours de soins ».

À propos du rythme, certains étudiants proposent des pistes2 à contre-courant de l’orientation voulue de l’enseignement vétérinaire : allonger la durée du cursus pour réduire la densité de travail, mais aussi pour avoir davantage de temps de pratique et faire plus de stages. 

  • 1. Rapport disponible sur : vetos-entraide.com/category/ivsa/ivsa2022/ ou urlz.fr/nCmb
  • 2. Propositions des élèves pour améliorer la formation et la vie étudiante : urlz.fr/oHVG
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