Médicament vétérinaire : comment, et dans quelles limites, le rendre plus « vert » ? - La Semaine Vétérinaire n° 2013 du 01/12/2023
La Semaine Vétérinaire n° 2013 du 01/12/2023

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Chantal Béraud

Trouver des alternatives afin de rendre le médicament vétérinaire plus « vert » est un enjeu d’avenir pour la profession. Mais ce vaste sujet suppose davantage d’engagement et de réflexion, notamment au plan collectif.

Nancy Savoye (L 06)

Praticienne mixte à dominance rurale à Épinac (Saône-et-Loire)

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Il y a plusieurs leviers d’action

Une utilisation raisonnée du médicament passe par une juste prescription. C’est pourquoi nous réalisons des analyses coproscopiques pour poser un meilleur diagnostic. Le coût n’est pas forcément plus élevé, car on aboutit parfois à la prescription d’un moindre traitement. Grâce au suivi de notre clientèle et au bilan sanitaire, nous faisons aussi de la pédagogie, en incitant notamment les éleveurs à ne pas trop faire d’automédication. Pas besoin, par exemple, qu’ils testent trois antibiotiques avant de nous téléphoner ! Les former – et nous former en formation continue – nous semble également important. De plus, concernant les molécules, nous privilégions celles qui semblent les plus respectueuses de l’environnement, bien qu'il ne soit pas toujours possible de trouver ces données… Nous essayons aussi de délivrer aux éleveurs un conditionnement en produit qui corresponde le mieux à leurs besoins. Enfin, nous prenons en considération le coût carbone dans notre politique d’achat, mais il est malheureusement encore rare de pouvoir le connaître ! 

Sophie Le Drean-Quenec’hdu (N 93)

Praticienne en canine à Melesse (Ille-et-Vilaine)

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Quel niveau de risque accepter ?

Le choix des médicaments prescrits sera de plus en plus accompagné par les praticiens en fonction de chaque client. Il est essentiel de discuter avec le propriétaire, non seulement du niveau de risque réel mais également du niveau de risque acceptable, sans négliger d’aborder le risque environnemental. Pour n’avoir aucun parasite, est-on prêts à avoir des résidus d’antiparasitaires dans la maison et à nuire à la biodiversité de notre environnement proche ? Certains propriétaires ne seront pas du tout réceptifs à ce discours mais de plus en plus de personnes y sont sensibilisées… En élevage, des consensus seront à élaborer au niveau des filières. Pour employer une comparaison, un MacDonald, c’est top au niveau sanitaire, mais est-ce vraiment le seul critère à prendre en compte ? Le niveau de bénéfice/risque acceptable en matière de santé pour l’animal suivi mais également en ce qui concerne l’ensemble des conséquences notamment environnementales d’un médicament – sous réserve d’en avoir une information pertinente – devraient conditionner nos choix.

Alain Moussu (A 84)

Président de Vétérinaires pour la biodiversité (VPB)

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Adhérez à Vétérinaires pour la biodiversité !

À l’initiative du groupe Vétérinaires Faune Sauvage, nous venons de créer l’association VPB*, parce que nous pensons que la profession doit pouvoir peser davantage dans l'avenir sur les grands enjeux de biodiversité. Les vétérinaires agissent déjà en ce sens mais en ordre dispersé, ce qui les prive du « bonus » de l’« agir ensemble ». Nous appelons donc tous les vétérinaires – des étudiants aux retraités – à adhérer à VPB. Il s’agit de créer un mouvement représentatif de la profession, concerné par les enjeux liés à la biodiversité, mobilisé pour que les décisions publiques soient prises en regard des constats scientifiques et non des pressions exercées par des groupes d'intérêts particuliers. Dans ce cadre, évaluer l’incidence des prescriptions de médicaments fera évidemment partie de nos angles de travail. En bonne intelligence avec l’association ÉcoVeto et l’ensemble des autres acteurs vétérinaires déjà mobilisés.

* urlz.fr/o734

https://www.helloasso.com/associations/veterinaires-pour-la-biodiversite/adhesions/bulletin-d-adhesion

Contact : vpbiodiv@gmail.com (pour statuts et première Newsletter). 

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